‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 10 sur 398 · aicaucT · texte numérisé non relu

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le croyaient semé sur le chêne par une main divine, et trouvaient dans l’union de leur arbre sacré avec la verdure éternelle du gui, un vivant symbole du dogme de l'immortalité. Pu le cueillait en hiver.

1 à l’époque de la floraison, lorAjiie la plante est le 1 plus visible, et que scs longs rameaux verts, ses feuilles el les touffes jaunes de scs fleurs, enlacés j à l'arbre dépouillé, présentent seuls l’image de la J vie, au milieu d’une nature morte et stérile 9.

C'était le sixième jour de la lune que le gui de- | vait être coupé ; un druide en robe blanche montait sur l’arbre , une serpe d’or à la main , et tranchait la racine do la plante que d'autres druides recevaient dans une saie blanche; car il ne fallait pas qu'elle touchât la terre ,0. Alors on immolait deux taureaux blancs dont les cornes étaient liées pour la première fois.

Les druides prédisaient l’avenir d’après le vol des oiseaux, et l'inspection des entrailles des victimes. Ils fabriquaient aussi des talismans , comme les chapelets d'ambre que les guerriers portaient sur eux dans les batailles, et qu'on retrouve souvent à leur côté dans les tombeaux. Mais nul talisman n’égalait l'œuf de serpent ". Ces idées d’œuf et de serpent rappellent l’œuf cosmogonique des roythologies orientales, ainsi que la métempsycose et l’éternelle rénovation dont le serpent était l’emblème.

Des magiciennes et des prophélcsses étaient affiliées à l'ordre des druides, mais sans en partager les prérogatives. Leur institut leur imposait des lois bizarres et contradictoires ; ici la prêtresse ne pouvait dévoiler l’avenir qu'à l’homme qui l'avait profanée; là elle se vouait à une virginité perpétuelle; ailleurs, quoique mariée, elle était astreinte

Plin., I. XVI, c. 44.

** Plin., I. XXIX, c. 44. Cet œuf prétendu parait n’a- ; voir clé autre chose qu'une échinilc, ou pétrification d'oursin de mer.

Durant l'été, dit Pline , on voit se rassembler dans certaines cavernes de la Gaule des serpents sans nombre qui se mêlent, s'entrelacent, el avec leur salive, jointe à l'écume qui suinte de leur pean , produisent j celte espèce d’œuf. Lorsqu'il est parfait, ils l'élèvent et le soutiennent en l'air par leurs sifflements ; c’est ’ alors qu’il faut s’en emparer avant qu’il ait touché In terre. Un homme, aposté & cet effet, s’élance, reçoit l'œuf dans un linge , saute sur un cheval qui l'attend, et s’éloigne à toute bride, car les serpents le poursuivent jusqu'à ce qu'il ait mis une rivière entre eux et lui. Il fallait l'enlever à une certaine époque de 1a lune ; on l’éprouvait en le plongeant dans l'eau ; s’il surnageait , quoique entouré d’un cercle d’or, il avait la vertu de faire gagner les procès , et d’ouvrir un libre accès auprès des rois. Les druides le portaient au col , richement enchàsfê, et le vendaient à très-haut prix.

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à de longs célibats. Quelquefois ces femmes devaient assister à des sacrifices nocturnes, toutes nues, le corps teint de noir, les cheveux en désordre, s'agitant dans des transports frénétiques *. La plupart habitaient des écueils sauvages, au milieu des tempêtes de l’archipel armoricain. A Séna (Sein) était l’oracle célèbre des neuf vierges terribles appelées Sènes du nom de leur Ile *. Pour avoir le droit de les consulter, il fallait être marin et encore avoir fait le trajet dans ce seul but s. Ces vierges connaissaient l’avenir; elles guérissaient les maux incurables; elles prédisaient cl faisaient la tempête.

Les prêtresses des Nannclcs à l'embouchure de la Loire, habitaient un des ilôts de ce fleuve. Quoiqu’elles fussent mariées , nul homme n’osait approcher de leur demeure ; c’étaient elles qui , à des époques prescrites, venaient visiter leurs maris sur le continent. Parties de Plie à la nuit close, sur de légères barques qu’elles conduisaient ellesmêmes, elles passaient la nuit dans des cabanes préparées pour les recevoir ; mais dès que l’aube commençait à paraître, s’arrachant des bras de leurs époux, elles couraient à leurs nacelles, et regagnaient leur solitude à force de rames 4. Chaque année, elles devaient, dans l’intervalle d’une nuit à l’autre, couronnées de lierre cl de vert feuillage, abattre et reconstruire le toit de leur temple. Si l’une d’elles par malheur laissait tomber à terre quelque chose de ces matériaux sacrés, elle était perdue; scs compagnes se précipitaient sur elle avec d’horribles cris, la déchiraient, cl semaient çà et là scs chairs sanglantes *. Les Grecs crurent retrouver dans ces rites le culte de Bacchus; ils assimilèrent aussi aux orgiesdcSamnlhraccd’autrcs orgies druidiques célébrées dans une Ile voisine de la Bretagne *, d’où les navigateurs entendaient avec effroi de la pleine mer, des cris furieux et le bruit des cymbales barbares.

La religion druidique avait sinon institué, du moins adopté cl maintenu les sacrifices humains. Les prêtres perçaient la victime au-dessus du diaphragme, et tiraient leurs pronostics de la pose dans laquelle clic tombait, des convulsions de ses membres, de l’abondance et de la couleur de son sang ; quelquefois ils la cruciliaienl à des poteaux

* Plia., I. XXII, c. 2. Tacit., Annal., I. XIV.

3 Galli Scnns vocaut. Mêla, I. III, c. 5.

* Ibid.

* Strab., I. IV, p. 108.

5 Ibid. — Dionvs. perieget., v. 565 cl aqq.

« Fest. Avieo.peripl. Dionys. perieg. — Strab., I. IV,

3 Strab., 1. IV, p, 108. - Diod., 1. V, p. 308.

8 Cæs., I. VI, c. 10. Strab.. *1. IV, p. 1»8.

dans l’intérieur des temples , ou faisaient pleuvoir sur elle, jusqu’à la mort , une nuée de flèches et de dards 7. Souvent aussi on élevait un colosse en osier ou en foin, on le remplissait d’hommes vivants, un prêtre y jetait une torche allumée, et tout disparaissait bientôt dans des flots de fumée cl de flamme *. Ces horribles offrandes étaient sans j doute remplacées souvent par des dons votifs. Ils , jetaient des lingots d’or et d’argent dans les lacs, ou ; les clouaient dans les temples 9.

Un mot sur la hiérarchie. Elle comprenait trois ordres distincts. L’ordre inférieur était celui des bardes, qui conservaient dans leur mémoire les généalogies des clans, et chantaient sur la rôtie les | exploits des chefs et les traditions nationales; puis venait le sacerdoce proprement dit, composé des ovales et des druides. Les ovales étaient chargés de la partie extérieure du culte et de la célébration j des sacrifices. Ils étudiaient spécialement les scien- : ees naturelles appliquées à la religion, l'astronomie,

! la divination , etc. Interprètes des druides, aucun | acte civil ou religieux ne pouvait s’accomplir sans ; leur ministère tù.

Les druides, ou hommes de* chine» n, étaient le couronnement de la hiérarchie. En eux résidaient ! la puissance et la science. Théologie, morale, législation , toute haute connaissance était leur privilège n. L’ordre des druides était électif. L'inilialion, mêlée de sévères épreuves, au fond des bois { ou des cavernes, durait quelquefois vingt années ; il fallait apprendre de mémoire toute science sacerdotale; car ils n’écrivaient rien, du moins jusqu’à l'époque où ils purent sc servir des caractères grecs ,s.

L’assemblée la plus solennelle des druides sc ! tenait une fois l'an sur le territoire des Carnulcs ,

: dans un lieu consacré qui passait pour le point I central de toute la Gaule; on y accourait des provinces les plus éloignées. Les druides sortaient alors de leurs solitudes, siégeaient au milieu du | peuple et rendaient leurs jugements. Là sans doute , ilschoisissaienlledruide suprême, qui devait veiller au maintien de l'institution. Il n'était pas rare que | l’élection de ce chef cxcilàt la guerre civile.

Quand même le druidisme n’oiit pas été affaibli

* Ainsi à Toulouse, f'oy. plus haut, i® Oûxr«$ Itponoici xeti fwjio)6yoc. Strab., I. IV , p. 197. Diod., I. V, p. 308. Aram. Marc.,1. XV, c. ».

11 Denc (cymrique), Dcru (armoricain), Dair ( gaélique ): chêne.

13 Diod., 1. V, p. 308. Strab., 1. IV, p. 197. Amm. Marc., I. XV, c. 9.

« Cæs., 1. VI, C. H.

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