‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 11 sur 398 · LIVRE I. — CELTES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CELTES

par ccs divisions, la vie solitaire à laquelle la plupart des membres de l’ordre semblent s’ôlre voués, devait le rendre peu propre à agir puissamment sur le peuple. Ce n’était pas d’ailleurs ici comme rn Égypte une population agglomérée sur une étroite ligne. Les Gaulois étaient disperses dans les Forêts, dans les marais qui couvraient leur sauvage pays, au milieu des hasards d’une vie barbare et guerrière. Le druidisme n’eut pas assez de prise sur ccs populations disséminées , isolées. Elles lui échappèrent de bonne heure.

Ainsi lorsque César envahit la Gaule elle semblait convaincue d’impuissance pour s’organiser elle-même. Le vieil esprit de clan , l’indisciplinaliilité guerrière, que le druidisme semblait devoir comprimer, avait repris vigueur; seulement la différence des forces avait établi une sorte de hiérarchie entre les tribus; certaines étaient clientes des autres, comme les Carnutes des Rhèmes, les Sénons des Édues, etc. ( Chartres, Reims, Sens, Autun).

Des villes s’étaient Formées, espèces d’asiles au milieu de celte vie de guerre. Mais tous les cultivateurs étaient serfs, et César pouvait dire : Il n'y a que deux ordres en Gaule, les druides et les cavaliers ( équités). Les druides étaient les plus faibles. C’est un druide des Éducs qui appela les Romains.

J’ai parlé ailleurs de ce prodigieux César, et des motifs qui l’avaient décidé à quitter si longtemps Rome pour la Gaule, à s’exiler pour revenir maître. L’Italie était épuisée, l’Espagne indisciplinable ; il fallait la Gaule pour asservir le monde. J’aurais

1 Sur les révolutions de la province romaine , entre Marius et César, roy. Am. Thierry. Une grande partie de l'Aquitaine suivit l'exemple de l'Espagne , et se déclara pour Sertorius ; c'est de la Gaule que Lépidus envahit l'Italie. Mais le parti de Sylla l’emporta. L'Aquitaine fut réduite par Pompée. Il y fonda des colonies militaires & Toulouse , à Bi terra? ( Béziers ) , h Narbonne (an 75), et réunit tous les bannis qui infestaient les Pyrénées dans sa nouvelle ville de Convcnœ (réunion d'hommes rassemblés de tous pays); c'est Saint-Bertrand de Comminges. Le principal agent dos violences du parti de Sylla en Gaule avait été un Fonleïus , que Cicéron trouva le moyen de faire absoudre (roy. le Pro Fonteio). La Gaule romaine eut tant à souffrir, que les députés des Allobroges furent au moment d'engager leur patrie dans la conjuration de Catilina. Voy. mon Histoire romaine.

2 Sueton., in J^Cjes., c. 45. Fuisse tradilur colore candido,

9 Id.,ibid. Comitiali quoque morbo bis inter res geremlascorreptus est,

4 Suet., Plut., passim. — Plin., VII , 25. Onze cent quatre-vingt-douze mille hommes avant les guerres

— IBERES. — ROMAINS. 23

voulu voir ccttc blanche cl pâle ligure *, fanée avant l’âge par les débauches de Rome, cet homme délicat et épileptique s, marchant sous les pluies de la Gaule, à la tète des légions, traversant nos fleuves à la nage; ou bien à cheval entre les litières i où scs secrétaires étaient portes, dictant quatre, six , lettres à la fois, remuant Rome du fond de la Belgique, exterminant sur son chemin deux millions d'hommes4, et domptant en dix années la Gaule, le Rhin et l'Océan du Nord ( 38-49).

Ce chaos barbare et belliqueux de la Gaule était une superbe matière pour un tel génie. De toutes parts, les tribus gauloises appelaient alors l'étranger. Le druidisme affaibli semble avoir dominé dans les deux Brctagncs, et dans les bassins de la Seine et de la Loire &. Au Midi, les Arvcrncs et toutes les populations ibérienues de l'Aquitaine, étaient généralement restés fidèles à leurs chefs héréditaires. Dans la Celtique même , les druides n’avaient pu résister au vieil esprit de clan, qu’en favorisant la ; formation d’une population libre dans les grandes villes, dont les chefs ou patrons étaient du moins électifs, comme les druides. Ainsi deux factions partageaient tous les Étals gaulois; celle de l’hérédité, ou des chefs des clans; celle de l’élection , ou des druides et des chefs temporaires du peuple des villes *. A la tète de la seconde sc trouvaient les Édues ; à la tête de la première, les Arvcrnes et les Séquancs. Ainsi commençait dès lors l’opposition de la Bourgogne (Édues) et de la Franche-Comté (Séquancs). Les Séquanes, opprimés par les Édues qui leur fermaient la Saône et arrêtaient leur grand commerce de porcs 7, appelèrent de la Germanie

civiles. Sublimitatcm omnium capaccm quae ccclo continentur,sed proprium vigorcm ceierilatemquequodam igné volucrem... epistolas tantarum rerum quaternas pari 1er librariis dictarc , aul si siiliil aliud agerct , septenas.

9 Les Carnutes (Chartres), peuple druidique, étaient dans 1a clientèle des Rhcmcs ( Reims ). Les Sénons (Sens), liés avec les Carnutes et les Parisii, avaient été vassaux ou clients des Édues (Autun), comme peutêtre aussi les Bituriges (Berri ). Cres., B. Gall. , lib. VI, c. 1, et pnsiim.

« Cses.,1. 1,c. 10. rergobrrlum ( ver-go-breitb. gaél., homme pour le jugement ) , qui creator annuus et vitre neeisque in suos haket poteslatem. — L. VIT, c. 33. Legibus Æduorum iis qui summum inagistralum obtiuerent, exccderc ex linibus non liceret... quùm loges duo ex uuà familiâ , vivo utroque, non solùm raagistralus creari vetarent, sed ctiam in senalu esse prohibèrent. — L. V, c. 7. Esse ejus modi imperia , ut non minus habcretjuris in se (regulum?), multitudo, quàm se in roultitudine... et pnstim.

2 Strab., liv. VI , p. 172. O0e* al t aptxtTau

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HISTOIRE DK FRANCE.

tics tribus étrangères au druidisme, qu'on nommait du nom commun de Suèves. Ces barbares ne demandaient pas mieux. Ils passèrent le Rhin, sous la conduite d'un Ariovisle, battirent les Kdties, et leur imposèrent un tribut; mais ils traitèrent plus mal encore les Séquancs qui les avaient appelés; ils leur prirent le tiers de leurs terres, selon l'usage des conquérants germains, cl ils en voulaient encore autant. Alors Édiles et Séquancs, rapprochés par le malheur, cherchèrent d'autres secours étrangers. Deux Irères étaient tout-puissants parmi les Educs. Dumnorix, enrichi par les impôts et les péages dont il se faisait donner le monopole de grc ou de force, s’était rendu cher au petit peuple des villes et aspirait à la tyrannie; il se lia avec les Gaulois helvétiens, épousa une llclvétienne, et engagea ce peuple à quitter ses vallées stériles pour les riches plaines de la Gaule. L’autre frère , qui était druide, tilre vraisemblablement identique avec celui de divitiac que César lui donne comme nom propre, chercha pour son pays des libérateurs moins barbares. Il se rendit à Rome, et implora l'assistance du sénat *, qui avait appelé les Educs parent* et ami * du peuple romain. Mais le chef des Suèves envoya de son côté, et trouva le moyen de sc faire donner aussi le titre d'ami de Rome. L'invasion imminente des Helvètes obligeait probablement le sénat à s'u* nir avec Ariovisle.

Ces montagnards avaient fait depuis trois ans de tels préparatifs , qu'on voyait bien qu'ils voulaient s’interdire à jamais le retour. Ils avaient brûlé leurs douze villes et leurs quatre cents villages, détruit les meubles et les provisions qu’ils ne pouvaient emporter. On disait qu'ils voulaient percer à travers toute la Gaule, et s'établir à l’occident, dans le pays des Santoncs (Saintes). Sans doute, ils espéraient trouver plus de repos sur les bords du grand Océan qu'en leur rude Helvctic, autour de laquelle venaient se rencontrer et se combattre toutes les nations de l’ancien monde , Galls , Cimbres, Teutons, Suèves, Romains. En comptant les femmes et les enfants, ils étaient au nombre de trois cent soixante et dix -huit mille. Ce cortège embarrassant leur faisait préférer le chemin de la province romaine. Ils y trouvèrent à l’entrée, vers Genève, César qui leur barra le chemin, et les amusa assez longtemps pour élever du lac au Jura un mur de dix mille pas cl de seize pieds de haut. Il leur

^ Cic., de Divin., I.

3 C.ts., I. 1, c. 38. C.xsar... reductos in hostiura numéro habuit.

* Id . , ibid . , c. 50. Quiim vellct , congrcdcretur ; intellccturum quid invicti Germnni , exercilalitsimi in ormis, qui inter annos xiv tectum non subiissent, vir-

fallul donc s'engager par les âpres vallées du Jura, traverser le pays des Séquancs. et remonter la Saône. César les atteignit comme ils passaient le fleuve , attaqua la tribu des Tigurins isolée des autres, et l’extermina. Manquant de vivres par la mauvaise volonté de l'Edue Dumnorix, et du parti qui avait appelé les Helvètes, il fut obligé de se détourner , vers Ribracte (Autun). Les Helvètes crurent qu'il fuyait, et le poursuivirent à leur tour. César, ainsi { placé entre des ennemis et des alliés malveillants , i se lira d'affaire par une victoire sanglante. Les Hclj vêles, atteints de nouveau dans leur fuite vers le Rhin, furent obligés de rendre les armes, et de s’en I gager à retourner dans leur pays. Six mille d'entre , eux , qui s'enfuirent la nuit pour échapper à cette honte, furent ramenés parla cavalerie romaine, et. dit César, traités en ennemis 3.

Ce n’était rien d’avoir repoussé les Helvètes, si les Suèves envahissaient la Gaule. Les migrations étaient continuelles : déjà cent vingt mille guerriers étaient passés. La Gaule allait devenir Germanie. César parut céder aux prières des Séquanes et des Edues opprimés par les barbares. Le même | druidequi avait sollicité les secours de Rome, guida i César vers Ariovisle, et se chargea d’explorer le rhentin. Le chef des Suèves avait obtenu de César lui-ménic, dans son consulat, le titre d'allic du j peuple romain; il s'étonna d’èlrc attaqué par lui :

! « Ceci , disait le barbare, est ma Gaule à moi ; vous | avez la vôtre... si vous me laissez en repos, vous y gagnerez ; je ferai toutes les guerres que vous vou- ! (Irez, sans peine ni péril pour vous... Ignorez-vous quels hommes sont les Germains? Voilà plus de | quatorze ans que nous n’avons dormi sous un toit5.»

I Ces paroles ne faisaient que trop d'impression sur : l'armée romaine :Hout ce qu’on rapportait de la ! taille et de la férocité île ces géants du Nord, epou- 1 vantait les petits hommes du Midi 4. On ne voyait dans le camp que gens qui faisaient leur testament.

; César leur en fit honte : » Si vous m'abandonnez ,

| dit -il, j’irai toujours : il me suflil de la dixième . légion.» Il les mène ensuite à Besançon, s'en empare. pénètre jusqu'au camp des barbares non loin du Rhin, les force de combattre, quoiqu'ils eussent voulu attendre la nouvelle lune, et les détruit dans une furieuse bataille : presque tout ce qui échappa périt dans le Rhin.

Les Gaulois du Nord, Relges et autres, jugèrent,

lutc possent. — César rassure scs soldais (c. 40), en ! leur rappelant que dans la guerre de Spartacus ils ont déjà battu les Germains.

* C.ts., I. II , c. 50. Les Gaulois disent au siège de Genahum : Quihus viribus pr.xscrlim liomines lautul.istaturx... tanti ouvris turrim collocarc confideicnt ?

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