‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 120 sur 398 · U VUE III. - ECLAIRCISSEMENTS · texte numérisé non relu

U VUE III. - ECLAIRCISSEMENTS

gotht. Ce seraient aluns des Golhs. Cependant le nom de CagoU ne se trouve que dans la nouvelle coutume de Béarn, réformée en 1351, tandis que les anciens fors manuscrits donnent celui de Chrestiaas , ou chrétien» ; dans l'usage on les appelle plus souvent Chrétiens que Cagots. Le lieu où ils habitent s’appelle le quartier des Chrétiens.

Oihenart conjecture que les Cagots étaient autrefois appelés ChréLiens (crétins) par les Basques, lorsque ceux-ci étaient encore païens. On les appelait aussi pelluli et cotnati; cependant les Aquitains laissaient également croître leurs cheveux.

Ce qui pourrait encore les faire considérer comme les débris d’une race germanique , c'est que les familles agotes , chez les Basques , sont généralement blondes et belles. Selon M. Barraut, médecin, les Cagots de sa ville sont de beaux hommes blonds ( Laboulinière, 1 ,80).

Marra pense que ce sont des descendants des Sarrasins , restés après la retraite des inüdèles , surnommés peut-être Caas-Goths, par dérision, dans le sens de chasseurs des tioths. On les aurait appelés Chrétiens en qualité de nouveaux convertis. L'isolement où ils vivent semblent rappeler la retraite des catéchumènes. Il est dit dans les actes du concile de Mayence, chap. V : » Les catéchumènes ne doivent point manger avec les baptisés ni les baiser; encore moins les gentils. » F.l d’nn autre côté, une lettre de Benoit XII , adressée en janvier 1340 à Pierre IV d'Aragon , prouve que les habitations des Sarrasins , comme celles des Cagots , étaient situées dans des lieux écartés. « Nous avons appris, dit le pape , par le rapporL de plusieurs fidèles habitants de vos États, que les Sarrasins , qui y sont en grand nombre , avaient dans les villes et les autres lieux de leur demeure , des habitations séparées et enfermées de murailles, pour être éloignés du trop grand commerce avec les chrétiens et de leur familiarité dangereuse ; mais à présent ces infidèles étendent leur quartier ou le quittent entièrement , et logent péle-mêle avec les chrétiens, et quelquefois dans les mêmes maisons. Ils cuisent aux mêmes feux, se servent des mêmes bancs, et ont uiiecommunication scandaleuse et dangereuse. »(f 'ayez Laboulinière, 1,82.)

Le inol de Crétin, selon Fodéré (ap. Dralel, t. I), vient de Chrétien , bon Chrétien , Chrétien par excellence , titre qu'on donne à ces idiots , parce que , dit on , ils sont incapables de commettre aucun péché. On leur donne encore le nom de Bienheureux , el après leur mort, on conserve avec soin leurs béquilles et leurs vêlements.

Bans une requête qu'ils adressèrent en 1514 A LéonX,

• Hullvl croit trouver «Uns ce fait un rapport avec l'histoire de Bcrthe, la m'w prdauqu « (pci a tu* , pied d'oie, /ojf. plus loin, p. 210). Lu pa^uge de Kabelais indique qu'on voyait une image de la reine IVJauque à Toulouse

sur ce que les prêtres refusaient de les ouïr en confession , ils disent eux-mêmes que leurs ancêtres étaient Albigeois. Cependant dès l'an 1000, les Cagots sont appelés Chrétiens dans le Cartulaire de l'abbaye de Luc et l'ancien for de Navarre. Mais ce qui vient à l'appui de leur témoignage c’est que, dans le Dauphiné et les Alpes, les descendants des Albigeois sont encore appelés ( 'oignards , corruption de canards, parce qu'on les obligeait de porter sur leurs habits le pied de canard dont il est parlé dans l'histoire des Cagots de Béarn. Rabelais , pour la même raison , appelle Canards dr Saroie les Vaudois Savoyards ’.

Les descendants des Sarrasins, continue Marca , auraient été aussi nommés Gèstlains , comme ladres, du nom du Syrien Giézi, frappé de la lèpre pour sou avarice. Les Juifs et les Agaréniens ou Sarrasins croyaient, selon les écrivains du moyen âge, échapper à la puanteur inhérente à leur race, en se soumettant au baptême chrétien , ou en buvant le sang des enfants chréj tiens. — Le père Grégoire de Roslrenpn (Dictionnaire I Coll.) dit que caccod en celtique signifie lépreux. El espagnol : gafo , lépreux; gafî , lèpre. L'ancien for de Navarre, compilé vers 1074, du temps du roi Sancbe Rainirez, parle des Gaffa» el les traite comme ladres. Le. for de Béarn distingue pourtant les Cagots des léj preux , le port d'arines leur est défendu , et il est permis 1 aux ladres.

De Bosquet, lieutenant général au siège de Narbonne, dans ses notes sur les lettres d'innocent III, croit reconnaître les Capot » dans certains marchands juifs, désignés dans les capitulaires de Charles le Chauve par le j nom de Capi ( Capit. ann. 877, c. 31 ).

Dralet pense que ce furent des goitreux qui formèrent ces races. Les premiers habitants, dit-il, durent être plus sujets aux goitres , parce que le climat dut être alors plus froid et plus humide. En effet , on trouve peu de goitreux sur le versant espagnol; les nuits y sont moins froides, il y a moins de glaciers et de neiges , el le vent du sud y adoucit le climat. Selon M. Houssingaull cette maladie vient de ce qu'on boit les eaux descendues des hautes montagnes , où elles sont soumises à une très-faible pression atmosphérique et ne peuvent s'impréguer d'air. ( De même on voit beaucoup de goitres à Chantilly , parce qu'on y boit l'eau de conduits souterrains où la pression de l'air a peu d'action. Annal, de Chimie, février 1833. )

Au reste . peut être doit on admettre à la fois les opinions diverses que nous avons rapportées ; tous ces élé- , menls entrèrent sans doute successivement dans ces races maudites , qui semblent les Parias de l'Occident.

Les coûtes (TEulripel nou* apprennent qu'on jurait à Touloute par la quennuille de la reine Ptdaotfue. Cette locution

I rappelle le proverbe : Du tempe que la reine Bcrthe filait (Ritllet, Mythologie française)

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