LIVRE IV. — ONZIEME SIECLE. — GRÉGOIRE VIL ETC
rédima de la chair en la maudissant. C'est alors qu'elle allaqua i'Einpire. Alors , dans la üerlé sauvage de sa virginité, ayant repris sa vertu et sa force, elle iuterrogoa le siècle, cl le somma de lui rendre la primatic qui lui était due. L'adultère et la simonie du roi de France *, l'isolement schismatique de l'Église d'Angleterre, la monarchie féodale clic -même personnifiée dans l'empereur, furent appelés à rendre compte. Celle terre, que l'empereur ose inféoder aux évêques, de qui la (ieul-il, si ce n'est de Dieu? De quel droit la matière entend-elle dominer l'esprit? La vertu a dompté la nature; il faut que l'idéal commande au réel, l’intelligence à la force, l'élection à l'hérédité. Dieu a rais au ciel deux grands luminaires, le soleil , et la lune qui emprunte sa lumière au soleil ; sur la terre, il y a le pape, cl l’empereur qui est le reflet du pape 2 ; simple reflet , ombre pâle , qu'il reconnaisse ce qu'il est. Alors, le monde revenant à l'ordre véritable. Dieu régnera, et le vicaire de Dieu : il y aura hiérarchie selon l'esprit et la sainteté. L'élection élèvera le plus digne. Le pape mènera le monde chrétien à Jérusalem , et sur le tombeau délivré du Christ son vicaire recevra le serment de l'empereur, et l’hommage des rois.
1 Gregor. VII, epist. ad episc. Francorum lies vester qui non rex, sed tyrannus dicemlus est, nmnem aetatem •uara flagitiis et facinoribus pot lui t . . . Quod si vos audirc iioluerit, per universam Francia») oraue divinurn oflicium publicè célébra ri interdicite. — Bruno , de Bcllo Sax., p. 121, ibid.: Quod si in lus sacris canonibus nûluisset rex obedieus existero... se eum velut putre membrum analhemalis gladio ab unitate S. Malus Ecclcsiæ minabatur abscindere.
2 Id., epist. ad reg. Angl.,ibid., 6 : Sicut ad tnundi pulchriludinem oculis carneis diversis leutporibus reprsscntamiam , Solcm et I.unam omnibus aliisemiueutiora disposuil (Deus) luminaria, sic... — t'oyes aussi loiioc. 111, 1. I, epist. 401. — Bonifacii V I 11 epist., ibid., 107 : Fccit Drus duo luminaria magna, sciiicel Solcm , id est , ecclcsiasticam poteslalem , et Lunam . hoc est, tcmporalera et imperialem. Et sicut Luna uul- Jum lumen babel nisi quod rccipit à Sole, sic... — La glose des Décrétales fait le calcul suivant : * Cum terra ait septies major luuA, sol autem oelies major terrA , restât ergù ut pontilicatùs dignilas quadragies septies sit major regali dignitate.* — Laurent ius va plus loin : « ... Papam esse millies septingenties quater imperatore et regibus sublimiorem. » Girseler, II, P. 2, p. 08.
9 Paul. Bernried., c. 110. Otto Frising., I. VI, c. 30: Dilexi justitiam et odrvi iniquitatem ; proptercà morior in exilio. — Il écrivait à l'abbé de Cluuy. • Ma douleur et ma désolation sont au comble lorsque je vois l'Église d'Oricnt séparée, par la fourbe du‘ Diable, de la foi catholique ; et si je tourne mes regards vers l'Occident, vers le Midi ou vers le Nord , je n'y trouve presque plus d'éveques qui le soient légitimement , soit par leur
Ainsi sc détermina dans l'Eglise , sous la forme du pouliücat et de l’empire , la lutte de la loi et de | la nature. L'empereur, c'était le fougueux Henri IV, aussi emporté dans la nature, que Grégoire Vil fut dur dans la loi. Les forces semblaient d'abord bica inégales. Henri III avait légué à son fils de vastes Étals patrimoniaux, la toute-puissance féodale eu : Allemagne , une immense influence en Italie , et la i prétention de faire les papes. Hildcbrand u'avait pas même Rome; il n’avait rien, et il avait tout. C'est la vraie nature de l'esprit de n'occuper aucun lieu. Chassé partout et triomphant, il n'eut pas une pierre à me tire sous sa tête, et dit en mourant ces paroles : « J'ai suivi la justice el fui l'iniquité; voilà pourquoi je meurs dans l'exil *. » (1073-8(1.)
Ou a accusé l'obslinalioii des deux partis; el fou n'a pas vu que ce u’elait pas là une lutte 1 d'hommes. Les hommes essayèrent de se rapprocher, et ne purent jamais. Lorsque Henri IV rcsla trois jours eu chemise sur la neige dans les cours
< du château de Cauossa 4, il fallut bien que le pape ' l'admit. Des deux côtes on voulait la paix. Gré- 1 goire communia avec sou ennemi, demandant la I mort s'il était coupable, cl appelant le jugemeiil de ! Dieu *. Dieu ne décida pas. Le jugement, comme
| conduite dans l'épiscopat , soit par la manière dont ilt | y sont parvenus. Ils gouvernent leurs troupeaux , non pour l'amour de Jésus, mais par une ambition toute ; profane, et parmi les princes séculiers je u'en trouve i aucun qui préférât l’honneur de Dieu au sien propre .
< et la justice i son intérêt. Les Romains, les Lombards et les Normands , parmi lesquels je vis, seront bientôt (et je le leur dis souvent j, plus exécrables que les juifs
i et les païens. Et lorsque mes regards se reportent sur { moi-même , je vois que ma vaste entreprise est au-des- ! sus de mes forces ; de sorte que je dois perdre toute | espérance d’assurer jamais le salut de l’Église , si la i miséricorde de Jcsus-Chrisi ne vient A mon secours; i car si je n'espérais une meilleure vie, et si ce u’étail pour le aalul de la sainte Église, j'en prends Dieu A témoin, je ne resterais plus A Rome, où je vis déjà depuis vingt ans malgré moi. Je suis donc comme frappé de : mille foudres, comme un homme qui soutire d'une douleur qui se renouvelle sans cesse, et dont toutes les espérances ne sont malheureusement que tropéloiguées.»
9 Grcgor. ep., ap. Gicseler, II, 21. Ad oppidum Cai nusii cum paucis advenit... ibique per Iriduum, deposilo oraui regio cultu, miscrabiliter, utpolè discalceatus et lancis indulus, persistent... cum uiulto fletu. — Donizo, vita Mal liildis , ap. Muratori, V, 506. Il se jeta aux pieds du pape, les bras étendus en croix, et demandant pardon. — » C'était la première fois, dit Ottou de Frcysingen, qu'un pape avait osé excommunier un empereur. J'ai beau lire et relire nos histoires, je n'en trouve pas un exemple. » Citron., I. VI, c. 35. De geslis Friderici 1, 1. I, c. 1.
9 l'oy. l'Histoire de M. Villemain.