‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 130 sur 398 · IN · texte numérisé non relu

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la réconciliation, était impossible. Rien ne réconciliera l'esprit cl la matière, la chair et l'esprit, la loi et la nature.

Le parti de la chair fut vaincu, et nous, hommes de chair, notre cœur saigne en y songeant; la i nature fut vaincue, mais d’une façon dénaturée. Ce fut le fils de Henri IV qui exécuta l’arrêt de l'Église. ! Quand le pauvre vieil empereur fut saisi à l'entrevue de Mayence, cl que les évêques qui étaient rcs- , tes purs de simonie, lui arrachèrent la couronne cl les vêtements royaux ‘, il supplia avec larmes ce fils qu’il aimait encore, de s’abstenir de ces vio- | Icnccs parricides dans l'intérêt de son salut éter- i nel. Dépouillé, abandonné, en proie au froid et à [ la faim, il vint à Spire, à l'église même de la Vierge, qu'il avait bâtie, demandera être nourri comme clerc ; il alléguait qu'il savait lire et qu’il pourrait chanter au lutrin. Il n'obtint pas cette faveur. La terre même fut refusée à son corps; il resta cinq ans sans sépulture dans une cave de Liège.

Dans celte lutte terrible que le saint-siège poursuivit dans toute l’Europe , il eut deux auxiliaires , deux instruments temporels : d’abord la fameuse comtesse Mathilde, si puissante en Italie , la chaste et fidèle amie de Grégoire VII. Celte princesse, Française d'origine, avait grandi dans l’exil cl sous la persécution des Allemands. Elle était alliée à la ; famille de Godefroy de Bouillon. Mais Godefroy était pour Henri IV. Il portail le drapeau de l'Empire à la bataille où fut tué Rodolphe, le rival de Henri, ! et c’est Godefroy qui le tua. Mathilde au contraire '

1 11 écrivit au roi de France, en 1106 : « Sitôt que je le vis, touché jusqu'au fond du cœur , de douleur autant que d'alleclion paternelle, je me jetai à ses pieds, l le suppliant, le conjurant au nom de son Dieu, de sa foi , du 9alut de sou Ame, lors même que mes péchés auraient mérité que je fusse puni par la main de Dieu , 1 * 3 de s'abstenir, lui du moins, de souiller, A mon occa-

sion, son Ame, son honneur et son 110m; car jamais aucune sanction, aucune loi divine, 11'établit les fils vengeurs des fautes de leurs pères. » Sigekert. Gemblac., ap. Struv., 1, 850. Sismondi , Républiques italiennes, I, 108.

3 A l’entrevue de Canossa. f 'oy. Donizo , vita Ma- I thildis , ap. Muratori , V, 566.

8 rotf. la tapisserie de Bayeux. Elle a été décrite dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. VIII, j p. 002, et plus exactement dans Ducarel , Antiquités j anglo-normandes.

4 Guill. Gemelic.,1. III, 0. 8. Qucm (Richard I ) con- } festim pater Raiocas mi tiens... ut ibi linguA eruditus danicA suis exterisque hominibus sciret apertè darc

responsa. — Vay. Depping, Hist. des Expéditions normandes, t. II ; Estrup, Remarques faites dans un voyage 1 en Normandie. Copenhague, 1821 ; et Antiquités des

A nglo* Normands. — Ou trouveaux environsde Bayeux, I

ne connut pas d’autre drapeau que celui de l'Église. Elle réhabilitait la femme aux yeux du inonde. Pure et courageuse comme Grégoire lui -même, celte femme héroïque faisait la grâce et la force de son parti. Elle soutenait le pape , combattait l'empereur et intercédait pour lui *.

Après celte princesse française, les meilleurs soutiens du pape étaient nos Normands de Naple* et d’Angleterre. Longtemps avant la croisade de Jérusalem, ce peuple aventureux faisait la croisade par toute l'Europe. Il est curieux d’examiner comment ces pieux brigands devinrent les soldats du saint-siège.

J’ai parlé ailleurs de l’origine des Normands. C’était un peuple mixte, où l'élément ncustrien dominait de beaucoup l'élément Scandinave. Sans doute à les voir, sur la tapisserie de Bayeux, avec leurs armures en forme d'écailles , avec leurs casques pointus cl leurs nazaircs *, on serait tenté de croire que ces poissons de fer sont les descendants légitimes et purs des vieux pirates du Nord. Cependant ils parlaient français dès la troisième génération, et n’avaicnl plus alors parmi eux personne qui entendit le danois; ils étaient obligés d'envoyer leurs enfants l’apprendre chex les Saxons de Bayeux 4 *. Les noms de ceux qui suivent Guillaume le Bâtard , sont purement français &. Les conquérants de l’Angleterre abhorraient, dit Ingulf, la langue anglo-saxonne *. Leur préférence était pour la civilisation romaine et ecclésiastique. Ce génie de scribes et de légistes qui a rendu leur

Saon et Sthmel. Plusieurs familles portent le nom de Satané, Setne. Un capitulaire de Charles le Chauve (Scr. fr., VII, 610 ) désigne le canton de Bayeux parle mol d'Oitingna Sa ion m . — Le nom de Caen est saxou aussi : Catkim , maison du conseil. Mém. de l’Acad. des Iuseript., t. XXXI , p. 242. — Beaucoup de Normands m'ont assuré que dans leur province on ne rencontrait guère le blond prononcé et le roux que dans le pays de Bayeux et de Vire.

5 /'ojr. dans Duchesue, Script. Normann.,1, 1025, le catalogue de l'abbaye de la Bataille : • Aumerle, Archer, Avcnans, Basset, Barba son, Blondel, Breton, Beaucbamp, Bigot , Camos , Colet , Clarvaile , Champaine, Dispeucer, Devaus, Durand, Eatrauge, Gascogne, Jay, Longspes , Lontchampe, Malcbranche. Hasard, Mautravers, Pcrot, Picard, Rose, Bous , Rond. Saint- Amand , Saint-Léger, Sainte-Barbe, Truflot, Trusbut, Taverncr, Valence, Ycrdon, Vilan, etc., etc. Ou remarque dans cette liste plusieurs noms de provinces et de villes de France. 11 reste encore plusieurs autres listes. Dsns quelques-unes, les noms sont groupés par rimes , deux A deux , ou trois A trois , afin d« soulager la mémoire.

8 Ingulf. Croyiand,, ap. Scr. fr., XI, 155. Ipsum (anglicanum ) idioma abliorrebant.

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