LIVRE IV. — ONZIÈME SIÈl
Charlemagne avait fondée en Saxe pour discipliner les anciens Saxons. Nulle pari le clergé n'eut si forte part; aujourd’hui encore le revenu de l’Église anglicane surpasse à lui seul ceux de toutes les Églises du inonde mis ensemble '. Cette Église eut son unité dans l’archevêque de Kenlerhury. Ce fut comme une espèce de patriarche ou de pape , qui ne tint pas toujours compte des ordres de celui de Rome, et qui d’autre part s'interposa souvent entre le roi et le peuple , quelquefois même au profit des Saxons, des vaincus *. « L’archevêque Lanfranc, conseiller et confesseur de Guillaume , animé cl armé de la faveur du pape et de celle du roi , attaqua , écrasa les prélats et les grands qui se montraient rebelles à l'autorité royale 8. » C’est lui qui gouvernait l'Angleterre; lorsque Guillaume passait sur le continent.
Cette forte organisation de la royauté et de l'Église anglo- normande fut un exemple pour le monde. Les rois envièrent la toute-puissance de ceux de l’Angleterre, les peuples la police tyrannique, mais régulière, qui régnait dans la Grandc- Brelagne.
Les vaincus avaient, il est vrai, chèrement paye cet ordre et celle organisation. Mais à la longue les villes se peuplèrent de la désolation des campagnes 1 * * 4. Leur forte et compacte population prépara à l'Angleterre une destinée nouvelle. Le roi avait maintenu les tribunaux saxons des comtés et des hundred, pour resserrer d’autant les juridictions féodales 5, qui d’autre part rencontraient par en haut un obstacle dans l’autorité souveraine de la cour du roi. Ainsi l'Angleterre, enfermée par la conquête dans un cadre de fer, commença à connaître l’ordre public. Cet ordre développa une prodigieuse force sociale. Dans les deux siècles qui suivirent la conquête, malgré tant de calamités, s'élevèrent ces merveilleux monuments que toute la puissance du temps présent pourrait à peine égaler. Les basses et sombres églises saxonnes s'élancèrent en (lèches hardies, en majestueuses tours.
Si la diversité des races cl des langues relarda l’essor de la littérature, l'art du moins commença. C’est sur ces monuments , sur la force sociale qu’ils révèlent, qu’il faut juger la conquête, et non sur les calamités passagères qui l'ont accompagnée. C’est elle qui a complété l'Angleterre, c’est le point d’où elle a pris l'essor. Voilà qui absout l’invasion.
1 D’après un journal anglais , traduit par le Tcmpt}
n° du 8 nov. 1831, le revenu de l'Église anglicane est
de 330,489,123 francs ; celui du clergé chrétien dans
le reste du inonde, est de 324,075.000.
* / 'oy. plus bas Lanfranc, saint Anselme, Th. Beckel, Et. Lsnglon , etc.