ILE. — GRÉGOIRE VII, ETC
Quoique les Normands fussent loin de tenir tout ce que l'Église de Rome s'était promis de leurs victoires, clic y gagna néanmoins infiniment. Ceux de Naples dès leur origine, ceux d’Angleterre au temps de Henri II et de Jean, se reconnurent pour feudataires du saint -siège. Les Normands d'Italie tinrent souvent en respect les empereurs d’Orient et d’Occident. Les Normands d’Angleterre, vassaux formidables du roi de France, l’obligèrent longtemps de se livrer sans réserve aux papes. En même temps , les Capétiens de Bourgogne concouraient aux victoires du Cid, occupaient par mariage le royaume de Castille et fondaient celui de Portugal ( 1091 ou 1095). De toutes parts l'Église triomphait dans l'Europe par l'épée des Français. En Sicile et en Espagne, en Angleterre et dans l’empire grec, ils avaient commencé ou accompli la croisade contre les ennemis du pape et de la foi.
Toutefois , ces entreprises avaient clé trop indépendantes les unes des autres , et aussi trop égoïstes, trop intéressées, pour accomplir le grand but de Grégoire VII cl de scs successeurs : l’unité de l'Europe sous le pape, et rabaissement des deux empires. Pour approcherdece grand but de l’unité, il fallait que l'Église s'en mêlât, que le christianisme vint au secours. Le monde du onzième siècle avait dans sa diversité un principe commun de vie, la religion ; une forme commune , féodale cl guerrière. Une guerre religieuse pouvait seule l’unir ; il ne devait oublier les diversités de races et d’intéréls politiques qui le déchiraient , qu'en présence d’une diversité générale et plus grande; si grande qu’en comparaison toute autre s'effaçât. L’Europe ne pouvait se croire une et le devenir, qu’en se voyant en face de l’Asie. C’est à quoi travaillèrent les papes, dès l’an 1000. Un pape français, Gerberl, Sylvestre 11, avait écrit aux princes chrétiens, au nom de Jérusalem. Grégoire VU eût voulu se mettre à la tête de cinquante mille chevaliers pour délivrer le saint sépulcre. Ce fut Urbain 11, Français comme Gcrbert, qui en eut la gloire. L’Allemagne avait sa croisade en Italie; l’Espagne chez clle-inéine. La guerre sainte de Jérusalem, résolue en France au concile de Clermont, prèchéc par le Français Pierre l'Ermite, fut accomplie surtout par des Français. Les croisades ont leur idéal en deux Français : Godefroy de Bouillon les ouvre ; elles sont fermées par saint Louis. Il ap-
5 Matth.Tus Paris , libro tic Àbbat , 8. Albani , p. 20, et ap. Scr. fr., XIII, p. 52.
4 Dans les premiers temps de la conquête, la population des villes avait décru rapidement. Ilallam, l’Europe au moyen Age. Il, 50.
5 I»L, ihitl., 08.
partenait à U France de contribuer plus que tous les autres au grand événement qui fit de l’Europe une nation.