‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 139 sur 398 · XllIlKM-T · texte numérisé non relu

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qui s’appelaient eux-mêmes Ismaîmtes, se mirent à courir l'Asie, cherchant leur iman invisible, le sabre à In main. Les Abassidcs les exterminèrent |uir centaines de mille ; mais l’un d’eux , réfugie en Egypte, fonda la dynastie fatemile, pour la ruine des Abassides et du Coran.

La mystérieuse Égypte ressuscita scs vieilles initiations. Les Fatemitcs fondèrent au Caire la loge ou uioùou de la sagesse; immense et ténébreux atelier de fanatisme et de science, de religion et d'athéisme 4. Lascule doctrine certaine de ces protêts de l'islamisme, c’était l'obéissance pure. Il n'y avait qu’à se laisser conduire ; il vous menaient par neuf degrés de la religion au mysticisme du

des galeries en colonnes de marbre, lambrissées d’or, et enrichies de sculptures en relief, pavées en mosaïque , et digues dans toute leur étendue de la magnificence royale ; la richesse de la matière et des ouvrages retenait involontairement les yeux, cl le regard avide, charmé par la nouveauté de ce Spectacle, avait peine à s’en rassasier. Il y avait aussi des bassins remplis d’une eau limpide; ou entendait les gazouillements variés d’une multitude d'oiseaux inconnus à notre monde, de forme et de couleur étrange, et pour chacun d’eux une nourriture diverse et selon le goût de son espèce. Admis plus loin encore , sous la ronduîte du chef des eunuques, ils trouvent des édifices aussi supérieurs aux premiers en élégance , que ceux-ci l'emportaient sur la plus vulgaire, maison. Là était une étonnante variété | de quadrupèdes, telle qu’en imagine le caprice des peintres, telle qu’en peuvent décrire les mensonges | poétiques, telle qu'on en voit en rêve, telle enfin qu’on ! en trouve dans les pays de l'Orient et du Midi, tandis que l’Occident n’a rien vu rt presque jamais rirn ouï de pareil. — Après beaucoup de détours et de corridors qui auraient pu arrêter les regards de l’homme le plus occupé, on arriva au palais même, où des corps plus nombreux d’hommes armés et de satellites proclamaient par leur nombre et leur costume la magnificence incomparable de leur maître ; l’aspect des lieux annonçait aussi son opulence et ses richesses prodigieuses. Lorsqu’ils furent entrés dans l’intérieur du palais, le Soudan, pour honorer son maître selon la coutume, se prosterna deux fois devant lui, et lui rendit en suppliant un culte qui ne semblait dà qu’à lui, une espèce d’adoration. Tout à coup s’écartèrent avec une merveilleuse rapidité le» rideaux, tissus de perles et d'or, qui pendaient au milieu de la salle et voilaient ainsi le trône ; la face du calife fut alors révélée : il apparut sur un trône d’or, vêtu plus magnifiquement que les rois , entouré d’un petit nombre de domestiques et d’eunuques familiers. * Willelm. Tyrens., I. XIX, c. 17.

5 Ce mysticisme des Alides leur a souvent fait appliquer à la dévotion le langage de l’amour, comme il leur a donné uuc tendance à s’élever de l'amour du réel à celui de l’idéal.

Un poêle persan dit en s'adressant à Dieu :

« C’est votre beauté, ô Seigneur! qui, toute cachée

mysticisme à la philosophie , au doute , à l'absolue indifférence 1 . Leurs missionnaires pénétraient dans toute l’Asie, et jusque dans le palais de Uagdad , inondant le califat des Abassides de ce dissolvanL destructif. La Perse cuit préparée de longue date à le recevoir. Avant Kannalh, avant Mahomet, sous les derniers Sassanides, des sectaires avaient prêche la communauté des biens et des femmes, et l'indifférence du juste cl de rii\juste.

Cette doctrine ne porta tout son fruit que quand elle fut replacée dans les montagnes de la vieille Perse, vers Casbin, au lieu même d’où sortirent les anciens libérateurs , le forgeron Kawc , avec son fameux tablier de cuir, cl le héros Fcridun, avec sa massue à tête de buffle 3. Ce protestantisme roaliomélan , porte au milieu de ces populations intrépides, s’y associa avec le génie de la résistance nationale, et leur enseigna un exécrable héroïsme d’assassinat. Ce fut d’abord un certain Hassanben -Sabah-llomairi , rejeté des Abassides cl des Paternités , qui s’empara, en 1090, de la forteresse d’Alamut (c'est -à-dirc Repaire des vautours ) ; et l’appela dans son audace la Demeure de la fortune s. Il y fonda une association dont le fateraisme était le masque, mais dont la secrète pensée semble avoir été la ruine de toute religion. Celle corporation

qu’elle est derrière un voile , a fait un nombre infini d'amants et d'amantca ;

■ C'est par l'attrait de vos parfums, que Lcyla ravit le cœur de Medjnouu ; c’est par le désir de vous posséder, que Vamck poussa tant de soupirs pour celle qu'il adorait. • Reinaud, 1, 33.

Nous citerons encore l’ode suivante :

» La tulipe est devenue une coupe de vin (où l'on a puisé les j)lus merveilleuses connaissances), et la rose une beauté au teint frais ( qui fait les délices des amants). Le rossignol , en faisant retentir le jardin de ses accents joyeux, est comme un musicien qui conduit la danse.

* Viens dans le jardin ; car, sans qur ni moi ni toi nous nous en soyons mêlés , tout est prêt pour le plaisir.

• Depuis que la rose a écarté le voile de dessus sa joue ( et qu’elle s'est épanouie), le narcisse est deveuu tout yeux pour la contempler.

» La verdure a succédé aux épines ( le printemps à l’automne); mais(ê toi que j'adore) l’épine que tu avais enfoncée dans mon cœur y cause encore d'étranges ravages.

« Ouvre les yeux pour considérer le narcisse; tu dirais que c’est le collier des pléiades autour du soleil ( le calice est jaune avec des pétales blancs).

» Ou bicu tu dirais que c'est une cou|>e d’or dans la main d'une beauté au teint argenté, la coupc étant entourée de doigts d'argent.

» La violette s’est humiliée et a caché sa tête sous le manteau pourpré qui la couvre : on dirait que la ver-

avait, comme la loge du Caire, ses savants, ses missionnaires ; Alamul était plein de livres et d’instruments de mathématiques 4. Les arts y étaient cultivés; les sectaires pénétraient partout sous millcdéguiscmenls, comme médecins, astrologues, orfèvres, etc. Mais l’art qu'ils exerçaient le plus, c'était l'assassinat. Ces hommes terribles se présentaient un à un pour pour poignarder un sultan, un calife, et se succédaient sans peur, sans découragement, à mesure qu'on les taillait en pièces On assure que, pour leur inspirer ce courage furieux, le chef les fascinait par des breuvages enivrants, les portail endormis dans des lieux de délices, et leur persuadait ensuite qu’il avaient goûté les prémices du Paradis promis aux hommes dévoués *. Sans doute à ces moyens se joignait le vieil héroïsme montagnard, qui a fait de celte contrée le berceau des vieux libérateurs de la Perse, et celui des modernes Wahabites. Comme à Sparte, les mères se vantaient de leurs fils morts, et ne pleuraient que les vivants. Le chef des Assassins prenait pour titre celui de cheik de la montagne ; c’était de même celui des chefs indigènes qui avaient leurs forts sur l’autre versant de la même chaîne 7.

Cet Hassan, qui pendant trente-cinq ans ne sortit pas une fois d’Alamut ui deux fois de sa chambre,

dure a formé sous ses pieds un tapis qui invite à La prière.

■ Vois cette nuée printanière; grâce à sa libéralité , la campagne se couvre de perles et de diamants.

» Mais non , je me trompe; je veux dire que le roi ( Dieu), par un effet de sa bonté , a dressé sous la voûte de cristal une tente destinée aux plaisirs.

» Giami. qui, dans ce nouveau fruit de sa verve, célèbre les charmes printaniers, a tiré du langage muet «les plantes qui ornent le jardin, l'éloge du roi (Dieu). • Iteiuaud, II, 4G8.

1 Le principe de la doctrine ésotérique était : Rien n’est vrai et tout est permit. Il a miner, p. 87. Un iman célèbre écrivit contre les Ilassaiiitcs . un livre intitulé : De la Folie det partisan * de l’indifférence en matière de religion.

1 Haœmer, p. £30.

* Id., p. 97.

4 Id., p. 54.

* Id., p. 103, 104, 109, 153, etc. Pour assassiner un sultan, il en vint, un à un, jusqu'à cent vingtquatre.

*■ Marin. Sanut., 1. III, c. 8. Henri , comte de Champagne, étant venu rendre visite au grand prieur des Assassins, celui-ci le fit monter avec lui sur une tour élevée, garnie à chaque créneau de deux fedavis (dévoués); il fit un signe, et deux de ce» sentinelles sc : précipitèrent du haut de la tour. « Si vous le désirez , i dit-il au comte, tous ces hommes vont eu faire au- ! tant.»

1 nammer, p. £33.

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