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Parqua avec Eléonore. Mais les Grecs qui devaient les défendre, les livrèrent eux-mêmes, ou les réduisirent en esclavage; ceux qui échappèrent le durent au prosélytisme des Turcs qui leur firent embrasser leur religion
Telle fut la honteuse issue de cette grande expédition. Ceux qui s'étaient embarqués formaient pourtant la force réelle de l'armée. Ils pouvaient être de grande utilité aux chrétiens d’Antioche ou de la terre sainte. Mais la honte pesait sur eux, et le souvenir des malheureux qu'ils avaient abandonnés en Cilicic. Louis Vil ne voulut rien entreprendre pour le prince d'Antioche , Raymond de Boîtiers, oncle de sa femme Éléonore. C'était le plus bel homme du temps, et sa nièce semblait trop bien avec lui. Louis craignit qu'il ne voulût l’y retenir, partit brusquement d'Antioche, et se rendit à la terre sainte. 11 n'y fit rien de grand. Conrad vint l'y retrouver. Leur rivalité leur fit manquer le siège de Damas qu'ils avaient entrepris. Ils retournèrent honteusement en Europe, et le bruit courut que Louis, pris un instant par les vaisseaux des Grecs, n'avait été délivré que par la rencontre d’une flotte des Normands de Sicile *.
C'était une triste chose qu’un pareil retour, etune grande dérision. Qu'étaient devenus ces milliers de chrétiens abandonnés, livrés aux infidèles? Tant de légèreté et de dureté en même temps ! Tous les barons étaient coupables, mais la honte fut pour le roi. Il porta le péché à lui seul. Pendant la croisade, la fière et violente Eléonore avait montré le cas qu’elle faisait d'un tel époux. Elle avait déclaré dès Antioche qu'elle ne pouvait demeurer la femme d'un homme dont elle était parente3, que d'ailleurs elle ne voulait pas d’un moine pour mari 4 * * *. Elle aimait, dit-on, Raymond d’Antioche; selon d’autres, un bel esclave sarrasin. On disait qu'elle avait reçu des présents du chef des infidèles *. Au retour elle demanda le divorce au concile de Bcaugcncy. Louis sc soumit au jugement du concile, et perdit d'un coup les vastes provinces qu’Eléonorc lui avait apportées. Voilà le Midi de la France encore une fois isolé du Nord. Une femme va porter à qui clic voudra la prépondérance de l'Occident.
Il parait que la dames’étaitassuréed'avanced’un autre époux. Le divorce fut prononcé le 18 mars;
dès la Pentecôte, Henri Plantagcnct, duc d’Anjou, petit-fils de Guillaume le Conquérant , duc de Normandie, bientôt roi d’Angleterre, avait épousé éléonore, et avec elle la France occidentale, de Nantes aux Pyrénées. Avant même qu’il fût roi d’Angleterre, ses Étals se trouvaient deux fois plus étendus que ceuxdu roi de France. En Angleterre, il ne larda pas à prévaloir sur Étienne de Blois, dont le fils avait épousé une sœur de Louis VU ®. Ainsi tout tournait contre celui-ci, tout réussissait à son rival.
il faut savoir un peu ce que c'était que cette royauté d’Angleterre, dont la rivalité avec la France va nous occuper.
La spoliation de tout un peuple , voilà la base hideuse de la puissance anglo-normande. Celte vie de brigandage et de violence que chaque baron avait exercée en petit autour de son manoir, elle se reproduisit en grand de l'autre côté du détroit. Là le serf fut tout un peuple, et le servage approcha en horreur de l’esclavage antique, ou de celui de nos colonies. Nul lien entre les vaincus et les vainqueurs; autre langue, autre race; l'habitude de tout pouvoir, une exécrable férocité , nul i respect humain , nul frein légal; partout des seigneurs presque égaux du roi, comme compagnons j de sa conquête ; le seul comte de Moreton avait | plus de six cents fiefs 1 *. Ces barons voulaient bien se dire hommes du roi. Mais réellement il n’était que le premier d’entre eux. Dans les gran- I des occasions, ils devenaient les juges de ce roi. Cependant ils auraient trop risqué à être indépendants. Peu nombreux au milieu d’un peuple immense , qu’ils foulaient si brutalement , ils avaient besoin d’un centre où recourir en cas de révolte, d’un chef qui pût les rallier, qui représentât la partie normande au milieu de la conquête. Voilà ce qui explique pourquoi l’ordre féodal fut si fort dans le pays même où les vassaux plus puissants devaient être plus tentés de le mépriser.
La position de ce roi de la conquête était ex (raordinairement critique et violente. Cette société nouvelle, bâtie de meurtres et de vols, elle se maintenait par lui ; en lui elle avait son unité, ("est à lui que remontait ce sourd concert de malédictions, d’imprécations à voix basses. C’est pour lui que le banni saxon dans la Forêt nouvelle 8 où
1 Odo de Diog., p. 71-76.
3 Joann. Ciunam., 1. II , c. 19. t'oy. Sism., p. 355 , note.
* Gnill. Nangii chron., ap. Scr. fr., XIII, 737.
4 Gaill. Ncubrig., 1. 1, tp. Scr. fr., XIII, 102. Se mo-
nacho , non régi nupsisse.
* Vincent. Relvac. specul. biit., t. III, c. 128, ap.
Sium., V, 351.