‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 158 sur 398 · ir.aci.FT · texte numérisé non relu

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• Chronic. Turon., ap. Scr. fr., XII, 468.

1 Itallam , Europe au moyen âge , II, 67. Il eat vrai que ce* possessions étaient dispersée» : 248 manoirs dans le Cornwall , 54 en Susse* , 196 en Torkshire , 99 dans le comté de Northampton , etc.

* Note forttt. C'était un espace de trente milles que le Conquérant avait fait mettre en bois, en détruisant trente six paroisses et en chassant les habitants.

le poursuivait le shérif , gardait sa meilleure llèclie; les forêts ne valaient rien pour les rois normands. C’est contre lui, tout autant que contre les Saxons, que le baron se faisait bâtir ces gigantesques châteaux, dont l'insolente beauté atteste encore combien peu on y a plaint la sueur de l'homme. Ce roi si détesté ne pouvait manquer d'étre un tyran. Aqx Saxons, il lançait des lois terribles sans mesure et sans pitié1 *. Contre les Normands, il y fallait plus de précautions; il appelait sans cesse des soldats du continent, des Flamands, des Bretons; gens à lui, d'autant plus redoutables à l'aristocratie normande, qu'ils se rapprochaient par la langue , les Flamands des Saxons, les Bretons des Gallois. Plusieurs fois il n'hésita pas à se servir des Saxons eux-mémcs3. Mais il y renonçait bientôt. Il n’eùt pu devenir le roi des Saxons qu'en renversant tout l’ouvrage de la conquête.

Voilà la situation où se trouva déjà le fils du Conquérant, Guillaume le Roux. Bouillant d’une tyrannie impatiente, qui rencontrait partout sa limite; terrible aux Saxons, terrible aux barons; passant et repassant la mer; courant, avec la roirieur d'un sanglier, d'un bout à l’autre de ses États; furieux d'avidité , merveilleux marchand de soldai»5 6, dit le chroniqueur. Destructeur rapide de toute richesse; ennemi de l'humanité, de la loi, j de la nature, l’outrageant à plaisir; sale dans les ' voluptés, meurtrier, ricaneur cl terrible. Quand la colère montait sur son visage rouge et couperosé, sa parole se brouillait, il bredouillait des arrêts de mort4. Malheur à qui se trouvait en face!

Les tonnes d’or passaient comme un schelling. Lue pauvreté incurable le travaillait; il était pauvre de toute sa violence, de Loute sa passion. Il fallait payer le plaisir, payer le meurtre. L’homme ingénieux et inventif qui savait trouver l’or , c’élail un certain prêtre, qui s’était d’abord fait connaître comme délateur. Cet homme devint le bras

1 f'oÿ.Thierry, Conq.dc l’Anglct., III, p.2G9,337,sqq.

* Ainsi Guillaume le Roux et son successeur Henri Beauclcrc appelèrent tous deux un instant les Anglais contre les partisans de leur frère allié , Robert Courte- Ueuse. Guill. Malmsb., p. lit), 150. Ilovcd., 461. Chron. ‘ Sax., 195. Math. Paris, 43.

5 Mirabilis mililum mercator et solidator. Suger., j Vita Lud. G rots,, ap. Scr. fr., XII, 13.

4 Lingard, II, 108.

4 Order. Vit., ap. Scr. fr., XII, 055 : Regem incitant J ut totiui Anglix rcviscret descriptionem , Anglncque telluris comprobans iteraret partitionem.

6 Id.,ibid. Undè... FlamburduM cognominatus est,

quod vocabulum ri secundùin mores cjus et aelut quasi

prophétie* collatum est.

droit de Guillaume, son pourvoyeur. Mais c’était un rude engagement que de remplir ce gouffre sans fond. Pour cela il fit deux choses; il refit le Doomsday book , revit et corrigea le livre de la conquête, s’assura si rien n'avait échappé5. Il reprit la spoliation eu sous-œuvre, se mil à ronger les os déjà rongés, et sut encore en tirer quelque chose. Mais après lui , rien n’y restait. On l’avait baptisé du nom de Flambardi. Des vaincus, il passa aux vainqueurs, d’abord aux prêtres; il mit la main sur les biens d'Église. L’archevêque de Kcnlcrbury serait mort de faim , sans la charité de l’abbé de Saint-Àlban7 *. Les scrupules n’arrêtaient point Flambard. Grand justicier, grand trésorier, chapelain du roi encore (c'était le chapelain qu’il fallait à Guillaume), il suçait l’Angleterre par trois bouches. Il en alla ainsi , jusqu'à ce que Guillaume eût rencontré sa fin dans cette belle forélque le Conquérant semblait avoir plantée pour la ruine des siens. « Tire donc , de par le diable, » dit le roi Roux à son bon ami qui chassait avec lui. Le diable le prit au mot, et emporta celte âme qui lui était si bien duc H.

Le successeur, ce lie fut pas le frère aîné, Robert. La royauté du bâtard Guillaume devait passer au plus habile, au plus hardi. Ce royaume volé appartenait à qui le volerait. Quand le Conquérant expirant donna la Normandie à Robert , l’Angleterre à Guillaume: « Et moi, dit Henri, le plus jeune, et moi donc, n’aurai-je rien? » — u Patience, mon fils, dit le mourant, tout (c reviendra tôt ou tard9. » Le plus jeune était aussi le plus avisé. On l'appelait Beauclerc, comme on dirait l'habile, le suffisant, le scribe, le vrai Normand. Il commença par tout promettre aux Saxons , aux gens d'Église ; il donna par écrit des chartes , des libertés, tout autant qu’on voulut10. Il battit Robert avec des soldats mercenaires, l'attira, le garda, bien logé, bien nourri dans un château fort, où il vécut jusqu'à qualrc-vingt-quatrc ans. Robert,

7 Brompt., p. 988, Eatlin., p. 90. Lingard, t. II, p. 158.

8 f 'oy, le beau récit de Thierry , t. III , p. 338 , »qq.

9 Order. Vit., ap. Scr. fr., XII, 021 : • Æquanimus eslo, lili, et conforta re in Domino;... tempore tuo totum honorem quem ego nactus aum, habebis, et fralribus tuis diviliiset poteslate prxstabis. »

18 « Je me propose, leur dit-il, de vous maintenir dans vos anciennes libertés ; j’en ferai, si vous le demandez, un écrit signé de ma main, et je le confirmerai par serment. * — On dressa la charte , on eu fit autant de copies qu’il y avait de comtés. Mais quaud le roi se rétracta, il les reprit toutes; il n’eu échappa que trois. Math. Paris, p. 42. Thierry, III, 311.

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