VUE I. - CELTES
mailrcs. Le règne de Claude fui une sorte «le réaction des esclaves ; ils gouvernèrent à leur tour, et les choses n’en allèrent pas plus mal. Les plans de César furent suivis ; le port d’Ostic fut creusé l’enceinte de Rome reculée, le dessèchement du lac Fucin entrepris, l'aqueduc de Caliguia continué, les Rretuns domptés en seize jours , et leur roi pardonne J. A l'autorité tyrannique des grands de Rome , qui régnaient dans les provinces comme préteurs ou proconsuls, on opposa les procurateurs du prince, gens de rien, dont la responsabilité était d'autant plus sûre, et dont les excès pouvaient être plus aisément réprimés.
Tel fut le gouvernement des affranchis sous Claude : d'autant moins national qu'il était plus humain. Lui-même ne cachait point sa prédilection pour les provinciaux. Il écrivit l'histoire des races vaincues, celle des Etrusques, de T yr et Carthage 1 2 3 * 5 *, réparant ainsi la longue injustice de Rome. Il institua, pour lire annuellement ces histoires, un lecteur et une chaire au Musée d'Alexandrie; ne pouvant plus sauver ces peuples, il essayait d’en sauver la mémoire. La sienne eût mérité d'être mieux traitée; quels qu'aient été son incurie, sa faiblesse, son abrutissement même, dans ses dernières années, l'histoire pardonnera beaucoup à celui qui se déclara le protecteur des esclaves, défendit aux mattres de les tuer, et essaya d’empêcher qu’on ne les exposât vieux et malades, pour mourirde faim, dans l'Ile du Tibre 4.
Si Claude eût vécu , il eût, dit Suétone, donné la cité à tout l’Occident, aux Grecs, aux Espagnols, aux Bretons et aux Gaulois, d’abord aux Éducs. Il rouvrit le sénat à ceux-ci, comme avait fait César. Le discours qu'il prononça en cette occasion, cl que l’on conserve encore à Lyon sur des tables de bronze, est le premier monument authentique de notre histoire nationale, le titre de notre admission dans celte grande initiation du monde
En meme temps, il poursuivait le culte sanguinaire des druides. Proscrits dans la Gaule , ils durent se réfugier en Bretagne; il alla les f«>rccr luiméinedans ce dernier asile ; scs lieutenants déclarèrent province romaine les pays qui forment le bassin de la Tamise, et laissèrent dans l’ouest, à
1 Sueton., in Claud., c. 20.
2 Tarit., Annal., I. XII, c. 37. Dio., lib. LX.
3 Græcasscripsit liislorias,Tyrrheuicon viginti,Corclicdoniacon oclo, etc. Sueton., in Clnuc!., c. 43.
* Suct., inCIaud., c.35 : Cura quidam tegra et affecta
roancipia in imulam Æsculapii tædio tnedendi expo-
iicrcut , oinnea qui oxponcreulur, I ibères esse sanxit .
nec redire iu ditionera domini , si convoluissent ; quùd si quis nccarc mallet qnera , qnfcm cxponcre, c;rdis criminc leneri.
- IBERES. — ROMAINS.
, Camulodunum , une nombreuse colonie militaire. Les légions avançaient toujours à l'ouest , renversant les autels, détruisant les vieilles forêts, et sous Néron le druidisme sc trouva acculé dans la petite lie de Mona *. Suétonius Paullinus l’y sui- , vit; en vain les vierges sacrées accouraient sur le rivage comme «les furies, en habits de deuil, échevelées, et secouant des flambeaux7; il força le passage, égorgea tout ce qui tomba entre ses mains,
; druides, prêtresses, soldats, et se lit jour dans ces forêts où le sang humain avait tant de fois coulé.
Cependant les Bretons s'étaient soulevés derrière l'armée romaine ; à leur télé, leur reine, la fameuse Boadicce, qui avait à venger d'intolérables outrages; ils avaient exterminé les vétérans de Camu- 1 lodunum et toute l'infanterie d'une légion. Suélo- | nius revint sur ses pas et rassembla froidement son I armée, abandonnant la défense des villes et livrant 1 les alliés de Rome à l'aveugle rage des barbares ; l ils égorgèrent soixante et dix mille hommes, mais il | les écrasa en bataille rangée ; il tua jusqu’aux chcj vaux. Après lui, Cérialis et Frontinus poursuivirent I la conquête du Nord. Sous Uomilicn, le beau-père de Tacite, Agricola, acheva la réduction, cl commença la civilisation de la Bretagne.
Néron fut favorable à la (bible, il conçut le projet d'unir l'Océan à la Méditerranée par un canal qui aurait été tire de la Moselle à la Saùnc *. Il sou- I lagea Lyon, incendié sous son règne. Aussi dans | les guerres civiles qui accompagnèrent sa chute,
| celle ville lui resta fidèle. Le principal auteur de ! cette révolution fut l'Aquitain Vindex, alors pro- | préteur de la Gaule. Cet homme, » plein d'audace I pour les grandes choses *», excita Galba en Espa- | gne, gagna Yirginius, général des légions deGer- I manie. Mais avant que ccl accord fut connu des i deux armées, elles s'attaquèrent avec un grand | carnage. Vindex se tua de désespoir. La Gaule prit ! encore parti pour Vilcllins; les h;gions de Germanie avec lesquelles il vainquit Othoii et prit Rome, se com|Hjsaicnt en grande partie de Germains , de ! Batavcs et «le Gaulois ,0. Rien d étonnant si la Gaule , vit avec douleur la victoire de Vcspasicn. IJn chef halavc, nommé Civilis, borgne comme Annibal et
4 F«ijf. Tarif., Annal., 1. X , 34, et mon Histoire
romaine.
« Tarit., Annal.,!. XIV, c. 30.
7 lil.,ibi<l., c.ôO... Intrrcurxantihas feminis, in modum furiarum, quee veste ferai i, criiiihus dojeclis, faces præforcbaut. DruitLequc circùm, prcccs diras, sublatis ad ctelum mauibus, fu mien tes...
H Tarit., Annal., I. XIII, c. 53.
9 Dio Cass . J . LX 1 II , 094 . 11,04$ eriv if ye» /Uy* *0Î oijuo* .
>» Tflcil., Ilislor., I. 1, c. 57,01. — L. H, c. tu.
Sertorius, comme eux ennemi de Ruine, suivit celle ^ occasion. Outrage par les Romains, il avait juré de ne couper sa barbe et ses Cheveux que lorsqu'il | serait vengé. Il tailla en pièces les soldais de Vilel- I lius, et vit un instant tous les Bataves. tous les I Belges, se déclarer pour lui. Il était encouragé par la fameuse Yclléda, que révéraient les Germains comme inspirée des dieux, ou plutôt comme si elle eût été un dieu elle-même. C’est à elle qu’on envoya les captifs, et les Romains réclamèrent son arbitrage entre eux et Civilis. D'autre part, les druides de la Gaule, si longtemps persécutés, sortirent de leurs retraites, et se montrèrent au peuple. Ils avaient ouï dire que le Capitole avait été brûlé dans la guerre civile. Ils proclamèrent que l’empire romain avait |>éri avec ce gage d’éternité, que l'empire des Gaules allait lui succéder *.
Telle était pourtant la force du lieu qui unissait | ces peuples à Rome, que l’ennemi des Romains crut ; plus sûr d’attaquer d'abord les troupes de Vitcllius I au nom de Vespasien. Le chef des Gaulois, Julius Sabinus, se disait lils du conquérant des Gaules, et se faisait appeler César. Aussi ne fallut-il pas 1 * même une armée romaine pour détruire ce parti inconséquent; il suffit des Gaulois restés fidèles. ! La vieille jalousie des Séquanes sc réveilla contre ' les Éducs. Ils défircifl Sabinus. On sait le dévoue- , ment de sa femme, la vertueuse Eponinc. Elle s’en- ; ferma avec lui dans le souterrain ou il s’était réfugié; ils y curent, ils y élevèrent des enfants. Au bout de dix ans, il furent cnlin découverts; elle sc présenta devant l’empereur Vespasien, entourée
1 Tacil., llist., I. IV, c. 51. Fot.ili nunc igné signum cirlrslis ir.r datum, et possessiouem rt-rum huiniuarum Transalpitiis genlibus porlendi , superstitions vanâ j
Druulæ canebant.
3 Elle lui dit : « Taû7 et, Kuiçstf, xtti ty<v»ii»a i*tfi j juvtjjuittkt t xai iGfsfat, ?** ai u'*tiovtt ixc7tù?wut». « Dio Cass., I. LXVl.
9 St rai»., I. IV. •• Rome soumit les Gaulois bien plus aisément que les Espagnols. » — Discours de Claude , j np. Tacit., Annal., II, c. 11 : Si cuncla bclla recensons, milium breviore «patio quàin advcrsùs Gallos confectum : continua indè ac firma pas. ■ — llirtius ad C;es.,
I. VIII , c. 40 : Cxsar... defessam tôt adversis pneliis Gallinm.condilione paremli incliore, facile in pacc continu! t. — Dio C., I. LII, ap. Scr. r. fr., 1, p. 520 : » Au- 1 gustc défendit aux sénateurs de sortir de l’Italie sans ! son autorisation : ce qui s’observe encore aujourd'hui ; j aucun sénateur ne peut voyager, si ce n’est en Sicile ou eu Narbonnaise. «
* S l ra b. , I. IV, ap. Scr. fr., I, 0. • Cette ville avait rendu les Gaulois tellement philhvUènet , qu’ils écrivaient eu grec jusqu'aux formules des contrats ( ... £?( *«( rst vu/iëoÂaca LAAijviç-i -/c/ssiv), et aujourd'hui elle a perstadé aux Romains les plus distingués de faire le
de celte famille infortunée qui voyait le jour pour la première fois *. La cruelle politique de fcmpi*reur fut inexorable.
La guerre fut plus sérieuse dans la Rclgiquc et la Batavic. Toutefois, la Belgique sc soumit encore; la Ralavie résista dans scs marais. Le général romain Cérialis, deux fois surpris, deux fois vainqueur, finit la guerre en gagnant Vellèda cl Civilis. Celui-ci prétendit n’avoir pas pris originairement les armes contre Rome, mais seulement contre Vilelliu^ et pour Vespasien.
Celte guerre ne fit que montrer combien la Gaule était déjà romaine. Aucune province, en efîet, n’avait plus promptement, plus avidement, reçu l’influence des vainqueurs 3. Dès le premier aspect, les deux contrées, les deux peuples, avaient semblé moins se connaître que se revoir et se retrouver. Ils s'étaient précipités l’un vers l’autre. Les Romains fréquentaient les écoles de Marseille, cette petite Grèce 4 *, plus sobre et plus modeste que l'autre &, et qui sc trouvait à leur porte. Les Gaulois passaient les Alpes en foule, et non-seulement avec César sous les aigles des légions, mais comme médecins 6 , comme rhéteurs. C’est déjà le génie de Slontpellier, de Bordeaux, Aix, Toulouse, etc.; tendance toute positive, toute pratique; peu de philosophes. Ces Gaulois du Midi (il ne peut s’agir encore de ceux du Nord), vifs, intrigants, tels que nous les voyons toujours, devaient faire fortune cl comme beaux parleurs et comme mimes : ils donnèrent à Borne son Roscius. Cependant ils réussissaient dans des genres plus sérieux. Un Gaulois.
voyage de Massalic au lieu du voyage d'Athènes. « — Les villes payaient, sur les revenus publies, des sophistes Cl des médecins. Juvénal : De conducendo loquitur jam rbetore Thule. » — Martial, I. VII, epist. 87, se félicite de cequ’i Vienne les femmes mêmes et les enfants lisent ses poésies. — Les écoles les plus célèbres étaient celles de Marseille, d'Autun , de Toulouse, de Lyon , de Bordeaux. Ce fut daus cette dernière «pie persista le plus longtemps renseignement du grec.
9 Strab., I. IV. «Cher les Marseillais, ou ne voit point de dot au-dessus de cent pièces d’or; on n’en peut mettre plus de cinq à un habit, et autant pour l’orne mentM'or, xtf x«l ntfpvnrrit tô» M«TTaAc«-
?£» oùx iXù%tçov rtx.uéjîio». « — Tacit., Vit. AgricoL, c. 4 : Arccbat eum ( Agricolam ) ab iulccebris pcccantium , pr.eter ipsius bonam integramque naluram,quod statim parvulus sedem ac magistram studiorum Massiliain babuerit, locum Gr<cc& comitatect provincial! parcimonià inixtum ac bcnc composition. — Ou trouve dans Alhcnée, 1. XII, c. 5, uu proverbe qui semble contredire ces autorités ( a Àevaaïf tlç M asiaXlav),
6 Pline en cite trois qui eurent une vogue prodigieuse, au premier siècle; l'un d'eux donna un million pour réparer les fortifications de sa ville natale.
UVKK I. - CELTES. — IBERES. - ROMAINS.
Truguc- Pompée 1 , écrit la première histoire universelle; un Gaulois, l'étrouius Arbiler a, crée le genre du roman. D’autres rivalisent avec les plus grands poètes de Rome; nommons seulement Varro Alacinus, des environs de Carcassonne 3, et Cornélius Gallus. natif de Fréjus, ami de Virgile 4. Le vrai génie de la France, le génie oratoire, éclatait en même temps. Celte jeune puissance de la parole gauloise domina, dès sa naissance. Rome elle- même. Les Romains prirent volontiers des Gaulois pour maîtres, môme dans leur propre langue. Le premier rhéteur à Rome, fut le Gaulois Gniphô (M. An* tonius). Abandonne à sa naissance, esclavcà Alexandrie, affranchi, dépouillé parSylla.ilsclivra d’autant plus à son génie. Mais la carrière de l’éloquence politique était fermée à un malheureux affranchi gaulois. Il ne put exercer son lalcnt qu’en déclamant publiquement aux jours de marché. Il établit sa chaire dans la maison même de Jules César 5. Il y forma à l’éloquence les deux grands orateurs du temps. César lui-mémc et Cicéron 6.
La victoire de César, qui ouvrit Rome aux Gaulois, leur permit de parler en leur propre nom. et d’entrer dans la carrière politique. Nous voyons, sous Tibère, les Monlanus au premier rang des orateurs et pour la liberté et pour le génie. Caligula. qui sc piquait d’éloquence, eut deux Gaulois éloquents pour amis. L'un, Valérius Asialicus, natif de Vienne, honnête homme, selon Tacite, finit par conspirer contre lui, et péril sous Claude, par les artifices de Mcssalinc, comme coupable d’une popularité ambitieuse dans les Gaules 7. L’autre, Domilius Afcr, de Nîmes, consul sous Caligula, éloquent, corrompu, fougueux accusateur, mourut d’indigcsiion. La capricieuse émulation de Caligula avait failli lui être funeste, comme celle de Néron le fut à Lucain. L’empereur apporte un jour un discours au sénat; celte pièce, fort travaillée, où il espérait s’être surpassé lui -même, n’était rien
moins qu’un acte d’accusation contre Domilius, et il concluait à la mort. Le Gaulois, sans sc troubler, parut moins frappé deson danger que de l'éloquence de l’empereur. Il s’avoua vaincu, déclara qu’il n'oserai l plus ouvrir la bouche après un tel discours, et éleva une statue à Caligula 8. Celui-ci n'exigea plus sa mort; il lui suffisait de son silence.
Dans l’art gaulois, dès sa naissance, il y cul quelque chose d’impétueux, d’exagéré , de tragique, comme disaient les anciens. Celte tendance fut remarquable dans ses premiers essais. Le Gaulois Zénodorc. qui sc plaisait à sculpter de petites figures et des vases avec la plus minutieuse délicatesse, éleva dans la ville des Arvernes le colosse du Mercure gaulois. Néron qui aimait le grand, le prodigieux, le fil venir à Rome pour élever au pied du Capitole sa statue haute de cent vingt pieds, cette statue qu’on voyait du mont Albnno 9. Ainsi une main gauloise donnait à l’art cet essor vers le gigantesque, cette ambition de l’infini, qui devait plus tard élancer les voûtes de nos cathédrales.
Egale de l’Italie pour l’art et la littérature, la Gaule ne tarda pas à influer d’une manière plus directe sur les destinées de l’Empire. Sous César, sous Claude, clic avait donné des sénateurs à Rome; sous Caligula, un consul. I/Aquitain Vindex précipita Néron, éleva Galba ; le Toulousain Bec 10 (Antonius l'rimus), ami de Martial et poêle lui-même, donna l’Empire à Vespasicn ; le Provençal Agricola soumit la Bretagne à Domitieii ; enfin d’une famille de Nîmes sortit le meilleur empereur que Rome ait eu, le pieux Antonin, successeur des deux Espagnols Trajan cl Adrien, père adoptif de l'Espagnol 11 Marc-Aurclc ,a. Le caractère sophistique de tous ces empereurs philosophes et rhéteurs lient à leurs liaisons avec la Gaule, au moins autant qu'à leur prédilection pour la Grèce, Adrien avait pour ami le sophiste d’Arles. Favorinus. le maître d’Aulu- Geile, cet homme bicarré, qui écrivit un livre
1 Justin., I. X LU 1 , c. 5 : Trogus majores suos A Vocontiis origiuem duccre... dicit.
3 Né près de Marseille. Sidon. Apollinar., Carmen
3 11 reste de ce Varro un quatrain remarquable?
Marmorco l.icinus tumulo jacct . at Calo parvo, Pompcii» nullo. Credimut e«c Reos?
' Psura mro Gallo, sed qu* legal ipsa LycorU,
Carmins sont dicenda ; neget qui» carmins Gallo?
Gallo ciijui amor taotùm mihi rrescit in horas...
Vise., Eclog. 10.
5 Suet.,de illuslr. grammat.,c.7 In domodivi Julii,
ailhùc pueri.
I Tacit., Annal., I. XI, c. 1. Quandô genitus Viennar, multi&que et validis prnpinquitatibus $ubui\us, tur-
| !>are gentiles nationcs proruptum haberet.
» Rio Cass., I. LIX. *
| 9 Suct., in Neroue, 2, c. 3t. — Plin., I. XXXIV, c. 7.
10 Suct., iu Vitell., c. 18 : Cui Tolosæ nato cognomen in pucritiA Ifccco fucrat. Id valet gallinacci roslrura. I — liek ( Amor.). Dig (Cyrar.). G oh (Gacl.). Am. Thierry, 1. 111,417.
II Leurs familles, du moins, étaient originaires d’Espagne. 0
13 /'oy. la correspondance d’Adrien avec soit maître Fronton, dans l’élégante traduction de M. Cassan , qui y a joint d’excellentes notes sur l'histoire de la litléraj turc latine. ^ ^
HISTOIRE DK FRANCE.
Si
contre Épiclèle, un éloge de la laideur, un panégyrique de la fièvre quarte *.
Gaulois par sa naissance *, Syrien par sa mère. Africain par son père, Caracalla présente ce discordant mélange de races et d'idées qu'offrait l’Empire à cette époque. En un même homme, la | fougue du Nord, la férocité du Midi, la bizarrerie des croyances orientales, c'est un monstre, une Chimère. Après l'époque philosophique et sophistique des Antonins, la grande pensée de l'Orient, la pensée de César et d'Antoine s’était réveillée, ce mauvais rêve qui jeta dans le délire tant d'empereurs, et Caligula, et Néron, cl Commode; tous possédés, dans la vieillesse du monde, du jeune souvenir d'Alexandre et d'Hcrcule. Caligula, Commode, Caracalla, semblent s'élre crus des incarnations de ces deux héros. Ainsi les califes Falimiles, cl les modernes Lamas du Th i bel se sont révérés euxinèmcs comme dieux. Celte idée, si ridicule au point de vue grec et occidental, n'avait rien de surprenant pour les sujets orientaux de l'Empire, Égyptiens cl Syriens. Si les empereurs devenaient dieux après leur morts, ils pouvaient fort bien l'étrc de leur vivant.
Au premier siècle de l’Empire, la Gaule avait fait des empereurs, au second clic avait fourni des empereurs gaulois, au troisième elle essaya de se séparer de l'Empire qui s'écroulait, de former un empire gallo-romain. Les généraux qui, sousGallicn, prirent la pourpre dans la Gaule, et la gouvernè-
rent avec gloire, paraissent avoir été presque tous des hommes supérieurs. Le premier, l’oslhumius, fut surnommé le restaurateur des Gaules *. Il avait composé son armée en grande partie de troupes gauloises et franciques 1 * 3 4 * &. Il fut tué par ses soldats pour leur avoir refusé le pillage de Mayence qui s'était révoltée contre lui h. Je donne ailleurs l'histoire de scs successeurs, de Victorinus et Victoria, la mère des légions, de l'armurier Marius, enfin de Télricus, qu'Aurélien eut la gloire de traîner derrière son char avec la reine «le Palmyre *. Quoique I ces événements aient eu la Gaule pour théâtre, ils ! appartiennent moins à l’histoire du pays qu’à celle des armées qui l’occupaient.
La plupart de ces empereurs provinciaux, dcccs tyran», comme on les appelait , furent de grands hommes, ceux qui leur succédèrent cl qui rétablirent l'unité de l'Empire, les Aurélicns. les Probus, furent plus grands encore. Et cependant l'Empire s'écroulait dans leurs mains. Ce ne sont pas les barbares qu'il en faut accuser; l'invasion des Timbres sous la République avait clé plus formidable que celles du temps de l'Empire. Ce n'est pas même aux vices des princes qu’il faut s'en prendre. Les plus coupables, comme hommes, ne furent pas les plus odieux. Souventles provinces respirèrent sous ces princes cruels qui versaient à (lots le sang des grands de Rome. L'administration de Tibère fut sage et économe 7, celle de Claude douce et indulgente. Néron lui-méme fut regretté du peuple, et
1 Plnlüslratus, in Apollon. Thyan., 1. V, c. 4. — Dio Cass., I. LX IX.
* Lugduni genitus. Aurclii Victor. Epitome, c. 21. — Din Cass., cxcerpt. d. ann. J.-C. 00.
3 Zozira.. 1. 1.— P. Oros., 1. VII. luvasit tyrannidem, mullo quidern reipublic.c commode. — Trebell. Pollio, ad ann. 200 : Poslhumins... Gallias ah omnibus circumflncntibus barbaris raliditsimè viudicavit. — Nimius amor ergà Poslliumium omnium erat in Gallici gentc populurum , quôd suhmolis omnibus Gcrmauicit gentibus, rumanum iu pristinam securilalem revocasset imperium. Ab omni excrcitu et ab omnibus Gallis Postbumiui gralantrr acceptas ta lcm se pr.cbuit per annos septem, ut Gallias instaura vil. — On lit sur une médaille de Poslhumins : rkstitutori gslliæ. Script, fr., I, 538.
4 Aurel. Victor, c. 33. — Treb. Pollio , ad ann. 2G0 : Quùm multis auxiliis Pusthumius juvarctur Celticis ac
Francicis.
& Eutropc, I. IX. — P. Oros.,1. Vil. — - Aurel. Victor, c. 33.
6 l'of* mon article Zénobie , dans la Biographie univcrsclle'dc llichatid.
7 Dans l'a Ha ire de Sercnus , Tibère sc déclara pour les accusateurs, rontrà taorem «uni», Tacit., Annal., 1. IVfcc. -• Accusalores, si facullas Hicidcret. p.rnis
afiieiehantur , I. VI , c. 30. — Les biens d’un grand nombre d'usuriers ayant été vendus au profit du fisc, • tulit opem Ciesar , disposito per mensas millics sestertio , lactique mutuandi ropii sine usuris per trienniura , si debitor populo in duplum prxdiis cavisset. Sic refeeta fides. • Annal., 1. VI , c. 17. — Pncsidibus oncrandas tribnto provincias suadentibus, rescripsit : <■ Boni pastoris esse tosdere pecus , non deglubere. » Suelon., in Tibcr., c. 32. — Principctn pr.istilit, ctsi varium, commodiorem tnmrn s.vpiu», et ad utilitates publicas proniorem. Ac primô catenùs interveniebat , ne quid per pe ram lieret... El si quem reorum clalii gratii rumor esset , subitus adrrat . judicesque... religionis et noxac de qui cognoscercut,admoucbat : atquc rtiwn si qua in publicis min ibus desidià aul malà coni soetudinc labarent , corrigcnda susccpil , c. 33. — Lu I dorum ne munerum impenses corripuit , merccdibus | sccnicorum rescissis , paribusque gladialorum ad certum numerum redaclis...; adliilnmdum supellcctili moduni ccnsuit. Amionamquc macelli , sénat ûs arbi- Iratu, quolannis lcmperandaiu,elc. — Et parcimoniam piiblicam cxcmplo quoque juvit, c. 34. — Ncque spcctacula omninù cdidit,c. 47. — In primis tuendie pacis i gras&aturis , ac latrociniis scdilionumque liccutiâ, curam babuit.clc. — Abolevit et jus more roque asvloratn, qu.t usqiùm rrant, c. 37.