LIVRE IV
faisait couronner de la main du pape. Les choses en venaient rarement jusque-là. Les barons allemands étaient bientôt fatigués du soleil italien ; ils avaient fait leur temps loyalement, ils s'écoulaient peu à peu; l'Empereur presque seul repassait, comme il pouvait , les monts *. Il emportait du moins une magnifique idée de ses droits. Le difficile était de la réaliser. Les seigneurs allemands, qui avaient écoulé patiemment les docteurs de Bologne , ne permettaient guère à leur chef de pratiquer ces leçons. Il en prit mal do l'essayer aux plus grands empereurs, même à Frédéric Rnrberoussc. Celte idée d’un droit immense, d'une immense impuissance, toutes les rancunes de cette vieille guerre , Henri VI les apporta en naissant. C’est peut-être le seul empereur en qui on ne retrouve rien de la débonnaireté germanique. Il fut pour Naples et la Sicile, héritage de sa femme, un conquérant sanguinaire, un furieux tyran3. Il mourut jeune, empoisonné par sa femme, ou consumé de ses propres violences. Son fils, pupille du pape Innocent III, fut un empereur tout Italien, un Sicilien, ami des Arabes, le plus terrible ennemi de l'Eglise.
Le roi d’Angleterre n’était guère moins hostile au pape; son ennemi et son vassal alternativement, comme un lion qui brise et subit sa chaîne. C'était justement alors le Cœur-de-Lion , f Aquitain Richard, le vrai fils de sa mère Eléonore, celui dont les révoltes la vcngeaicnldcs infidélités de Henri II. Richard et Jean son frère aimaient le Midi, le pays de leur mère : ils s’entendaient avec Toulouse, avec les ennemis de l’Église. Tout en promettant ou faisant la croisade, ils étaient liés avec les musulmans.
Lejeune Philippe, roi à quinze ans sous la tutelle du comte de Flandre (1 180) , cl dirigé par un Clément do Metz, son gouverneur, et maréchal du palais3, épousa la tille du comte de Flandre, malgré sa mère et scs oncles, les princes de Champagne. Ce mariage rattachait les Capétiens à la rare de Charlemagne, dont les comtes de Flandre étaient descendus4. Le comte de Flandre rendait
1 Sismondi, Républiques italiennes, t. II, p. 72, 1G8. Otto Frising., I. Il, c. 25. Baron., Annal., $75-78.
2 t'oy. Rjurner, Gcschiclite (ter llolicnslaufcii , 111 ,
3 C’ctâit alors un petit emploi.
4 Beaudoin Bras-dr-Fer avait enlevé, puis épousé Judith, tille de Charles le Chauve. Epist. Nicolail, ap. Scrip. franc., VII ,301-07. Uinemar. epist., ibid.,
4 Lorsque Philippe apprit les premiers mouvements des grands vassaux, il dit sans s'étonner, en présence de sa cour, an rapport d'une ancienne chronique manuscrite : « Jaçoit ce chose que il facent orendroit ( dorénavant) lor forces; et lor grang outraiges et