CELTES
duslrieuses avaient été détruites par l'esclavage , elle demandait toujours davantage à la terre, et les mains qui la cultivaient , cette terre, devenaient chaque jour plus rares et moins habiles.
Rien de plus terrible que le tableau que nous a laissé Laclancc de cette lutte meurtrière entre le fisc affamé et la population impuissante qui pouvait souffrir, mourir, mais non payer. « Tellement grande était devenue la multitude de ceux qui recevaient, en comparaison du nombre de ceux qui devaient payer, telle l'énormité des iinpéts, que les forces manquaient aux laboureurs, les champs devenaient déserts, et les cultures se changeaient en forêts... Je ne sais combien d'emplois et d'employés fondirent sur chaque province, sur chaque ville, Magistri, nationales , vicaires des préfets. Tous ces gens -là ne connaissaient que condamnations, proscriptions, exactions; exactions, non par fréquentes, mais perpétuelles, et dans les exactions d’intolérables outrages... Mais la calamité publique, le deuil universel, ce fut quand le fléau du cens ayant été lancé dans les provinces et les villes , les censiteurs se répandirent partout, bouleversèrent tout : vous auriez dit une invasion ennemie, une ville prise d'assaut. On mesurait les champs par mottes de terre, on comptait les arbres, les pieds de vigne. On inscrivait les bêtes , on enregistrait les hommes. On n’entendait que les fouets, les cris de la torture; l'esclave fidèle était torturé contre son maître , la femme contre son mari , le fils contre son père ; et faute de témoignage, on les torturait pour déposer contre eux-mêmes; et quand ils cédaient, vaincus par la douleur, on écrivait ce qu'ils n'avaient pas dit. Point d'excuse pour la vieillesse ou la maladie ; on apportait les malades, les infirmes. On estimait l’âge
1 Lac tant., tic m. persecut., c.7, 23. Adeù major esse
cœperat numéros accipicntium qu&m dantium... Filii odversÛ8 parentes sus|*ndcbantur... — Une sorte de guerre s'établit entre le fisc et la population, entre la
torture et l'obstination du silence. « Erubescit apud eos, si quis non inficiando tributa , in corpore vibicca oslendat. Ammian. Marc., in Comment. Cod. Tbcod., lib. XI, Ut. 7, leg. 3«.
a Prospcr Aquit., in Chronic. Omnia penè Galliarnm aervitia in Bagaudam conspiravérc. — Ducange, v. Ba- GAOaat, Bacaühæ : Ex Paul. Oros., I. 7, c. 15, Eutrop., I. 0, llieronymus, in Chronico Euscb. « Diocletianus consortrm regni llerculium Maximiauum assnmit , qui rtislicorum multitndine opprcssA , qme factioni sua:
Bacaudarum iiotnen indiderat , pacem Gallis reddit. « Victor Scolli : * Per Galliam excitA manu agrrstium ac latronum, quos Bagaudas incolz voennt, etc.» Pæanius Kutropii interpres Gr. « l7a*càÇo»7oî ik l'émets to& iypst/tro'j, rai tlaraiiiai **)ov»7*s TOif* ovv*/rfl7»j0Iv7«* , 3. VICMELET.
de chacun , on ajoutait des années aux enfanls , on en était aux vieillards ; tout était plein de deuil et de consternation. Encore ne s’en rapportait-on pas à ces premiers agents; on en envoyait toujours d'autres pour trouver davantage, et les charges doublaient toujours, ceux - ci ne trouvant rien, mais ajoutant au hasard , pour ne pa9 paraître inutiles. Cependant les animaux diminuaient, les hommes | mouraient, et l'on n'en payait pas moins l'impêt pour les morts ‘. »
Sur qui retombaient tant d’insultes cl de vexations endurées par les hommes libres? Sur les esclaves, sur les colons ou cultivateurs dépendants, dont l’état devenait chaque jour plus voisin de l’esclavage. C’est à eux que les proprietaires rendaient tous les outrages, toutes les exactions dont les accablaient les agenLs impériaux. Leur misère et leur désespoir furent au comble à l’époque dont Lactance vient de nous tracer le tableau. Alors tous les serfs des Gaules prirent les armes sous le nom de Bagaudes a. En un instant ils furent maîtres de toutes les campagnes, brûlèrent plusieurs villes, et exercèrent plus de ravages que n’auraient pu faire les barbares. Ils s’étaient choisi deux chefs, Ælianus et Amandus, qui, selon une tradition, étaient chrétiens. Il ne serait pas étonnant que cette réclamation des droits naturels de l'homme ait été en partie inspirée par la doctrine de l’égalité chrétienne. L’empereur Maximien accabla ccs multitudes indisciplinées. La colonne deCussy en Bourgogne , semble avoir été le monument de sa victoire 8; mais longtemps encore apres, Eumène nous parle des Bagaudes dans un de ses Panégyriques 1 * * 4. Idace mentionne plusieurs fois les Bagaudes de l’Espagne 5. Salvien surtout déplore leur infortune : « Dépouillés par des juges de sang, ils
iropat Sk l*7« tov7o rupàwouî irjiovr " Bet-
ytv«v est vagari apud Suidam. At cüm Gallicam vocem esse indicet Aurelius Vietor, quid si à lingot , tel hagnd, qu» vox Armoriris et Wallis, proinde veteribus Gallis, turmam sonat , et bominum collectionem ? — Catholicnm Armoricum : « Bagat, Gall., assemblée, multitude de gens, troupeau. — C*terum Boogandaa , seu Boogoudas habet prima Salviani editio, an. 1530. — Baugartdot vocal liber de Castro Ambasiae, uum. 8. flacrhnrida», Idacios in Chronico, in Oiocletiano. — Non desunt , qui Parisienaes vulgd Badauds per ludibrium appcllant, tanquam à priroia Bagandis orlum duxerinl. = Turner, hist. of A I. Bagne h , in Irish , î* warlike. Bagne h , in Erse, is fighting. — Bngnd , in Welsli, is multitude. = Saint-Maur dcs-Fossés , près Paris, s'appelait le chAtcau des Bagaudes. Vog. Vit. S. Ba boit* né.
8 Millin, Voyage dans le midi de la France, t. I.
4 Eumcn., de Sclinl. instaurai.
8 Sous les rois Rrchila et Théodoric.
» avaient perdu les droits de la liberté romaine ;
• ils ont perdu le nom de Romains. Nous leur iiui» puions leur malheur, nous leur reprochons ce
• nom que nous leur avons fait. Comment sont-ils
• devenus bagaudea , si ce n’est par notre tvran-
‘ nie , par la perversité des juges , par leurs pros- i criptions et leurs rapines 1 ? »
Ces fugitifs contribuèrent sans doute à fortifier Carausius dans son usurpation de la Bretagne. Ce Ménapien (né près d’Anvers) avait été chargé d’arrêter avec une (lotie les pirates Francs qui passaient sans cesse en Bretagne ; ils les arrêtait, mais au retour, et profilait de leur butin. Découvert par Maximilien , il se déclara indépendant en Bretagne, et resta pendant sept ans inaitre de celte | province et du détroit *.
L 'avènement de Constantin et du christianisme fut une cre de joie et d'espérance. Né en Bretagne, comme son père, Constance Chlore s, il était l'enfant, le nourrisson de la Bretagne et de la Gaule. Après la mort de son père, il réduisit le nombre de ceux qui payaient la capitation en Gaule de vingtcinq mille à dix-huit mille 4. L’armée avec laquelle il vainquit Maxcncc devait appartenir en grande partie à cette dernière province.
Les lois de Constantin sont celles d’un chef de parti qui se présente à l’Empire comme un libéra-
1 Saluait., De vero jud. et provid., 1. V. Imputainus nomen quod ipsi fecimus. Quitus euim rebus aliis Bagaudx facti su h t , h i6i iniquilalibus uoalris...
a Srxt. Aurel. Victor, inCxiir. ap. Scr. rcr. franc., I, 000. — Eutrop., tlist. rom., I. IX, ibid., 575.
5 Sch.Tpilui adopte cependant une autre opinion. Voy. sa dissertation : ('ontlantinut magnu* non fuit
britannu», B4lc, 1741, in-4®.
* Eumcn., Panegyric., ap. Scrip. fr., I, 750. Une grande partie du territoire d’Autun était saus culture.
5 Cessent jam nunc rapaces ollicialium mauus... Les Constantin., in Cod. Thcod., lib. I, lit. 7, leg. 1". — Si j quis est cujuscumque loci , ordinis , diguitatis , qui se ’ ili quemeumque judicum , comitum, amicorum , vrl palatinorum mcoriim , aliquid... manifeste piobare posse conlidit , quod non intégré , atque juste ge&sisse videatur, intrepidus cl securus accédât ; iuterpvllel me, ipse audiarn omnia... si probaverit, ut dixi , ipse me viudicabo de eo, qui me usque ad bue tvmpus snnulatà integritate deceperit. Ilium autem, qui hoc prodideril, et comprobaverit , in diguilatibus et rébus augebo. Ex lege Constautini, in Cod. Thcod., lib. IX, tit. 1 , leg. 4*. — Si pupilli , rcl viduæ , aliiquc fortuuaB iujurU miserabites, judicium nostræ serenitatis oraverint, præscrtim cum alicujus potentiam pcrhorrescaiit , eugantur corum adversarii examini nostro sut copiam facere. Ex Ugc Constautini, lib. I, tit. ... leg. 2».— A scxlà indictione... ad undt-cimam nu per transaclani , làm curiis, quàm possessori... reliqua indulgemus : ita ut quœ in istis viginli auiiis... sive in speciebus , si rc pecuuià...
leur, un sauveur: •> Loin! s’écric-t -il, loin du peuple les mains rapaces des agents fiscaux * ! tous ceux qui ont souffert de leurs concussions peuvent en instruire les présidents des provinces. Si ceux-ci dissimulent, nous permettons à tous d’adresser leurs plaintes à tous les comtes de provinces ou au préfet du prétoire, s'il est dans le voisinage , afin qu'instruits de tels brigandages , nous les fassions expier par les supplices qu’ils méritent. »
Ces paroles ranimèrent l’Empire. La vue seule de la croix triomphante consolait déjà les cœurs. Ce signe de l’égalité universelle donnait une vague et immense espérance. Tous croyaient arrivée la ûn de leurs maux.
Cependant le christianisme ne pouvait rien aux souffrances matérielles «le la société. Les empereurs chrétiens n’y remédièrent pas mieux que leurs prédécesseurs. Tous Icsessais qui furent faits, n’aboutirent qu'à montrer l’impuissance définitive de la loi. Que pouvait -elle en effet, sinon tourner dans un cercle sans issue? Tantôt elle s'effrayait de i la dépopulation, elle essayait d’adoucir le sort du ^ colon, de le protéger contre le propriétaire*, et i le propriétaire criait qu’il ne pouvait plus payer l'impôt ; tantôt elle abandonnait le colon, le livrait au propriétaire , l’enfonçait dans l'esclavage 7 ,
debentur. nothine reliquorum omnibus concedantar : niliil de bis viginli anuis sperel publicorum cumulus horrrorum , uihil area amplissinue préfecture , nihil utrumque nostrum «rarium. Constantin., in Cod. Thcod., lib. XI, tit. 58, leg. 10*. — Quoique annorum reliqua nobis remisisti,dit Eumèue 4 Constaulin. l'oyez Amtniau. Marc.,in Coram. Cod. Theod., lib. XI, lit. 28, leg. 1*.
6 Quisquis colonus plus 4 domino exigitur, quàm aiitè consueverat et quàm in anterioribus temporibus exaclum est, adeat judicem... et facimis comprobct : ut i Ile qui convincitur ampliüs postulare , quàm accipere consueverat, hoc facere in posterum prohibeatur, priés redditoquod superexaclioue per|x*tratâ noacitur extorsisse. Constant., in Cod.Justiuiau., lib. XI, tit.4l>.
7 Apud quemeumque colonus juris alieni fuerit inventus, is non solùm eum«lem origini su.e restituât...
I ipsosetiam colonos,qui t'ugam meditantur, in servi lcm conditionem ferro ligari convenitt, ut officia quœ liberia congruuut, merito aervilis coudemnationis comprllantur implore. Ex lege Constautini , in Cod. Theod., lib. V, leg. 9", I. I. — Si quis colonus nriginalis , vel iuquilinus, antè triginta aunos de po&sessione dîscessit , ncque ad solum génitale... repetilus pat , omuis ah ipso , vel à quo forlè possidetur, calumuia penitua c\cludatur... Ex lege Hon. et Thcod., in Cod. Thcod., lib. V, tit. 10, leg. 1*. — In cauais civilibus bujusmodi bominum gcncri advcrsùs dominos, vel patronna aditum iiitercludimus , et voeem negamus (exceptia su- I perexaeliouibus iu quibus rclrô principes facullatcm