‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 181 sur 398 · INNOCENT III, ETC · texte numérisé non relu

INNOCENT III, ETC

mort prématurée de celui-ci , le chef principal de la croisade. Les rois de France et d’Anglclcrre avaient trop d’affaires; l’Empire était divisé entre deux empereurs.

On ne songeait plus à prendre la route de terre. On connaissait trop bien les Grecs. Tout récemment, ils avaient massacré les Latins qui se trouvaient à Constantinople3, et essayé de faire périr à son passage l’empereur Frédéric Barbcroussc. Pour faire le trajet par mer, il fallait des vaisseaux; on s’adressa aux Vénitiens3. Ces marchands profitèrent du besoin des croisés, et n’accordèrent pas à moins de quatre-vingt cinq mille marcs d’argent. De plus, ils voulurent être associés à la croisade, en fournissant cinquante galères. Avec cette petite mise, ils stipulaient la moitié des conquêtes. Le vieux doge Dandolo, octogénaire et presque aveugle4, ne voulut remettre à personne la direction d’une entreprise qui pouvait être si profitable à la république, cl déclara qu'il monterait lui-mémc sur la flotte3. Le marquis de Monlfcrral, Boniface, brave cl pauvre prince, qui avait fait les guerres saintes, et dont le frère Conrad s'élail illustré par la défense de Tyr, fut chargé du commandement

qui avait nom llenris Dan Joie monta cl leteril,et parla al pueple, et lor dist : Seiguor acompagnié este» al la meillor gent dou monde, et por le plus hall affaire que onques geuz entreprissent : et je sui vialz hom et b blés, et auroie mestier de repos, et maaignicz sui de mon cors. Més je voi que nus ne vos saurait si gouverner et si maistrer com ge que vostre sire sui. Se vos voliez otroier que je preisse le signe de la croix por vos garder, et por vos enseingnier, et mes fils ri-mansfcU en mon leu, et gardasl la terre, je iroic vivre ou morir avec vos, et avec les pèlerins. Et quand cil oïrent , si s'escrierent luit h une voix : Nos vos proions por Dieu que vos l'otroicz, et que vos le façois , et que vos eu viegnez avec nos. * Ville-Hardouin, c. 30.

« Mult ot illuec grant pitié e| pueple de la terre et des pèlerins, et mainte lermc plorée, porce que cil prodom aust si grant oehoison (motif) de rrmanoir, car viels hom ère, et si avoit les yeulx en la teste biaus, et si n'en veoit gote, que perdu# avoit la veu# per une plaie qu'il ot el chirf : mult parère de grant ruer. lia ! com mal le 6cmblr>ient cil qui il autres por estaient allé por cschivcr le péril. Ensi avala (descendit) li litteril, et alla devant l'autel, et se mist i grnoilz mult plorant, et il li coûtèrent la croix en un grant chapel de coton, porce que il voloit que la gent la veissent. Et Venisien si commencent h croiser è mult grant foison, et il grant plcnté en iccl jor, encor en i ot mult poi de croisiez. Nostre pèlerin orent rouit grant joie cl mult grant pitié de celle croix, por le sens et por la proesce que il avoit rn lui. Knsi fu croisiez li Dux.com vos avez oi. Lors commença cnaliuer les nés, et les galies, et les vissiers ès barons por movoir, et del termine ot jà tant allé, que li septembre aproça.» Ville-Hardouin , c. 34.

en chef, et promit d’amener les Piemontais et les | Savoyards.

Lorsque les croisés furent rassemblés à Ven ise, les Vénitiens leur déclarèrent, au milieu des fêtes du départ, qu’ils n’appareilleraient pas avant d’être payes1. Chacun se saigna cl donna ce qu'il avait emporté; avec tout cela, il s’en fallait de trentequatre mille marcs que la somme ne fût complète*. Alors l'excellent doge intercéda , et remontra au peuple qu’il ne serait pas honorable d’agir à la rigueur dans une si sainte entreprise. Il proposa que les croisés s’acquittassent en assiégeant préalablement, pour les Vénitiens, la ville de Zara, en Dalmalie, qui s’était soustraite au joug des Vénitiens pour reconnaître le roi de Hongrie. Le roi •de Hongrie avait lui-mëme pris la croix ; c’était mal commencer la croisade, que d’attaquer une de scs villes. Le légal du pape eut beau réclamer, le doge lui déclara que l’armée pouvait se passer de ses directions, prit la croix sur son bonnet ducal, et entraîna les croisés devant Zara3, puis devant Trieste. Ils conquirent, pour leurs bons ainis de Venise, presque toutes les villes de ITslrie.

Pendant que ces braves et honnêtes chevaliers gagnehlleur passage à celte guère, « Voici venir, dit Ville- Hardouin, une grande merveille, une I aventure inespérée et la plus étrange du monde. »

1 Ville-Hardouin, c. 50, 51.

* Un grand nombre de croisé* avaient craint les dilHcultrs du passage par Venise, et s’étaient ailes embarquer à d'autres ports ; ceux qui étaient restés, réduits à un plus petit nombre qu'ils n'avaient pense , se, trouvèrent fort embarrassés de payer la somme convenue. « El de ce lurent mult lie (joyeux) cil qui lor avoir avuieul mi arrière, ne ni voldrcul riens meUre, que lors cuidèrcnt il bien que li osl( l'année) l'ust faillie, et depesçat. • Ces divisions faillirent plusieurs fois faire avorter l’eut reprise. {/ »y. plus bas.)

* Le pape menaça les croisés de l'excommunication , parce que le nu de Hongrie, ayant pris la croix, était sous la protection de l'Église ( Epist. Inuoc. III, ap. Scr. lr., XIX, 420, 421. Pclr. Vall. Sarn.,c. 10). La ville prise, les croisés envoyèrent au pa|>e des députés pour s’en excuser : • Li Baron vos merci crient de la prise «le Jadres, que il le flslrent com cil qui miels ne pooienl faire por le defaule de vels qui csloicnt allé aux austres porz, et que autrement ne pooieut tenir ensemble, et sur ce mandent à vos, corne à lor bon père, <|uc vos alor commandoit vostre commandement que il sont preat de faire. * Ville- Hardouin , p. ICO. — Epist. Innoc. III, apud Scr. fr., XIX, 452.

* Guy de Nontfort, sou frère, Simon de NéauÛc, l'abbé de Vaux Sernay, etc. Ville- Hardouin, p. 171. —

A Corfou, un grand nombre «le croisés résolurent de rester dans cette Me « riche et plcnleuroisc. • Quand les chefs de l'armée eu eurent avis, ils résolurent de les eu «létourner. «■ Alnns à cls et lor criotis merci, que

I Un jeune prince grec, fils tic l’empereur Isaac, alors dépossédé par son frère , vient embrasser les genoux des croisés, et leur promettre des avantages immenses, s’ils veulent rétablir son père sur le trône. Ils seront tous riches à jamais, l’Église grecque se soumettra au pape, et l’empereur, rétabli , les aidera de tout son pouvoir à reconquérir Jérusalem. Dandolo est le premier touché de l’inforlune du prince4. Il décida les croisés à commencer la croisade par Constantinople. En vain le pape lança l’interdit, en vain Simon de Montfort et plusieurs autres4 se séparèrent d’eux cl cinglèrent vers Jérusalem. La majorité suivit les chefs, Beaudoin et Bonifacc, qui se rangeaient à l’avis des Vénitiens.

Quelque opposition que mit le pape à l'entreprise , les croisés croyaient faire œuvre sainte en lui soumettant l’Église grecque malgré lui. L’opposition et la haine mutuelle des Latins cl des Grecs ne pouvaient plus croître. La vieille guerre religieuse , commencée par Pholius au neuvième siècle®, avait repris nu onzième (vers l’an 1053 )7. Cependant l'opposition commune contre les mahomélans, qui menaçaient Constantinople, semblait devoir amener une réunion. L’empereur Constantin I Moiiomaquc fil de grands efforts; il appela les légats du pape; les deux clergés se virent, s’cxauii-

i! aient por Dieu pitié d’els et de nos, et que il ne se hnnissent, et que il ne toillent la rescousse «l'ollremcr. Enni fu li conseils accordez , et allèrent loz ensemble en une vallée on cil tenoient lor ikarletnenz , et menèrent avec als le lils l'empereur de Constantinople, et loz les eves«pics et loz les abbez de l'ost. Et ciim il vindrenL là , si descendirent à pic. El cil cùm il les virent, si «lesccndirent de lor clievaus, et allèrcut encontre, et li baron lor clieirent as piefc, rnull ploraul, et dislreul que il ne se moveroienl tresquecil aroient créance que il ne se mouroient d'cls ( avant «|u'ils n'eussent promis de ne pas les abandonner ;. Et «punit cil virent ce, si orent inull graul pitié, et plorèreut mult durement.* Ville- llard., p. 175-177. Lorsque ceux «le Zara vinrent proposer à Daudolo «le rendre la place, * Eiulemcnlièrcs ( taudis) que il alla parler as contes et as barons, icèle partie dont vos avez oi arrières, «pu voloil l'ost depecier, parlèrent as messages, et dislreut lor : Pourquoy volez vos rendre vostre cité, etc. » Ces manœuvres tirent rompre la capitulation. — Dans Zara, il y eut un combat entre les Vénitiens et les Français,

4 Ville-Hardouin, p. 151, 157,

® Eu 858, le laïque Plioiius fut mis à la place du patriarche Ignace par l'empereur Michel III. Nicolas I prit le parti «l'Ignace. ( Nicob I,ep.2, 0, ad Michael., 10 ad clcr. Const. , 3 ad Phot. , etc.) Photius anatliématisa le pape en 807.

7 Par une lettre du patriarche Michel à l'évèque de Tratti, sur les azymes et le sabbat, et les observances de l'Église romaine. Baron, annal., a«l auii. 1053.

LIVBE IV. - ÜOO. INNOCENT lll, ETC.

riùrcul , mais dans le langage de leurs adversaires, iis crurent ircntendrc que des blasphèmes, et, des deux côtés, l'horreur augmenta. Ils se quittèrent eu consacrant la rupture des deux Églises par une excommunication mutuelle (1034).

Avant la fln du siècle , la croisade de Jérusalem, sollicitée par les Comnètie eux-mêmes , amena les Latins à Constantinople. Alors les haines nationales s'ajoutèrent aux haines religieuses; les Grecs délestèrent la brutale insolence des Occidentaux ; ceux-ci accusèrent la trahison des Grecs. A chaque croisade, les Francs qui passaient par Constantinople, délibéraient s’ils ne s'en rendraient pas maîtres, et ils l'auraient fait sans la loyauté de Godefroy de llouilloit et de Louis le Jeune. I#orsque la nationalité grecque eut un réveil si terrible sous le tyran Andronic , les Latins établis à Constantinople furent enveloppés dans un même massacre (avril ÎI82)1 *. L'intérêt du commerce en ramena un grand nombre sous les successeurs d’Androuic, malgré le péril continuel. Celait, au sein même de Constanliuoplc, une colonie ennemie, qui appelait les Occidentaux cl devait les seconder, si jamais ils tentaient un coup de main sur la capitale de l’empire grec. Entre tous les Latins, les seuls Vênilicns pouvaient et souhaitaient celte grande chose. Concurrents des Génois pour le commerce du Levant, ils craignaient d'étre prévenus par eux. Sans parler de ce grand nom de Constantinople et des prodigieuses richesses enfermées dans ses murs où l'empire romain s’élail réfugié, sa position dominante entre l’Europe et l'Asie promettait , à qui pourrait la prendre, le monopole du commerce et la domination des mers. Le vieux doge Dandolo, que les Grecs avaieut autrefois privé de la vue, poursuivait ce projet avec toute l’ardeur du palrio-

1 Nice Us, in Alex. Comtn., c. 10. Willelm. Tyr. , I. XXII, c. 10-15. — Dans une lettre encyclique, où il

raconte la prise de Constantinople , Beaudoin accuse les Grecs d'avoir souvent contracté des alliances avec ‘les infidèles; de renouveler le baptême, de n'honorcr le Christ que par des peinture* (Christ uni soli* hono-

rare picturis) ; d'appeler les Latins du uom de chierni, de ne pas se croire coupables en versant leur sang. —

Il rappelle la mort cruelle du légat envoyé h Constan-

tinople eu 1183. — Ha:c etejusmodi deliramenta... impie lis iniquitalibus eorum quse ipsum Duminuin ad nauseam provocabant, divina justitia uostro ministerin dignà ultione percussit, et... terrain nobis dédit omnium bonortim copiis aiQueutein, fruraento, vinocl oleo stabilitam, fruclibus opulcutam, uemoribus, aquis et pascuis speciosam, spatiosissimara ad mauendum, et oui si mi le m non coutinet orbis, acre tciupcralam. *> Scr.fr., XVIII, 524.

f otf. aussi Barouius, a un. 1054.

7 Micet.,in Alex. Comm., III, c. 0,p. 348 : Kxxàv iai

tisme cl de la vengeance. On assure enfin que le snltan Malek- Ad bel, menacé parla croisade, avait fait contribuer toute la Syrie pour acheter l'amitié des Vénitiens, et détourner sur Constantinople le danger qui menaçait la Judée et l'Égypte. Nicétas , bien plus inslru i l que V ille-Uardouin tics précédents de la croisade, assure que tout était préparé, cl que l’arrivée du jeune Alexis ne fit qu'augmenter une impulsion déjà donnée : « Ce fut, dit-il, un flot sur un flot *. »

Les croisés furent, dans la main de Venise, une force aveugle et brutale qu'elle lança contre i’empire byzantin. Ils ignoraient et les motifs des Vénitiens, et leurs intelligences, cl l’étal de l'empire qu'ils attaquaient. Aussi quand ils se virent en face de celte prodigieuse Constantinople, qu'ils aperçurent ces palais, ces églises innombrables, qui étincelaient au soleil avec leurs dômes dorés3, lorsqu’ils virent ces myriades d’hommes sur les rempartf, ils ne purent sc défendre de quelque émotion : « Et sachez, dit Ville-Ilardouin, que il ne ol si hardi cui le cuer ne fréinist... Chacun regardoitses armes... que par teins en aronl mestier. »

La population était grande, il est vrai, mais la ville était désarmée. Il était convenu , entre les Grecs, depuis qu'ils avaient repoussé les Arabes, que Constantinople était imprenable, cl celte opinion faisait négliger tous les moyens de la rendre telle. Elle avait seize cents bateaux pécheurs et seulement vingt vaisseaux. Elle n'en envoya aucun contre la flotte latine ; aucun n’essaya de descendre le courant pour y jeter le feu grégeois. Soixante mille hommes apparurent sur le rivage, magnifiquement armés, mais au premier signe des croisés, ils s'évanouirent 4 * * 7. Dans la réalité, celle cavalerie légère n'eût pu soutenir le choc de la lourde gen-

XSUCCÜ opOsëiiiUl, xsl XÛfJüt, 6 fS9tV, ITT* XÛ/USTI Pw/isfor; tIt(Xldtv£cTS(.

8 u Or poez savoir que mult csgardèrenl Constantinople cil qui onques mais ne l’avoient veüc , que il ne pooient miccuidier que si riche vile peust être en loi le monde. Cùm il virent ces hait murs, et ces riches tours dont ère close tnt entor à la ronde, et ces riches palais, et ces haltes ygliscs dont il i avoit tant que nuis ne poist croire sc il ne le veisl à l'oil, et le lonc et le le ( le long cl le large) de la ville que de totes les autres ère souveraine. Et sackiex qui il n'î ot si hardi, cui le cuer ne fremist ; et ce ne fut mie merveille, que onques si grand affaires ne fu empris de tant de gent puis que (depuis que) li mouz lu estorc (le monde fut créé). » Ville-Ilardouin , p. 183. l'oy. aussi ibid., p. 231 ; Foui cher de Chartres, c. 41, ap. Bongars, p. 380; Guillaume de Tyr, I. II, c. 5, I. XX, c. 20.

4 Dans un autre engagement : ■ Li Grieu lor torneî eut les dos, si furent descouliz à la première assemblée (au premier choc). « Ville-Ilardouin, p. VJ I.

darmerie des Latins. La ville n'avait que ses fortes murailles et quelques corps d'excellentes troupes, je parle de la garde varangienne , composée de Danois et de Saxons ‘, réfugiés d'Angleterre. Ajoulez-y quelques auxiliaires de Fisc. La rivalité commerciale et politique armait partout les Pisaus contre les Vénitiens a.

Ceux-ci avaient probablement des amis dans la ville. Dès qu'ils curent forcé le port, dès qu’ils se présentèrent au pied des murs, l’étendard de saint Marc y apparut, planté par une main invisible, et le doge s'empara rapidement de vingt-cinq tours. Mais il lui fallut perdre cet avantage pour aller au secours des Francs , enveloppés par celte cavalerie grecque qu’ils avaient tant méprisée. La nuit même, l’empereur désespéra et s’enfuit; on tira de prison son prédécesseur, le vieil Isaac Comnène, et les croisés n’eurent plus qu’à entrer triomphants dans Constantinople.

Il était impossible que la croisade se 4erminât ainsi. Le nouvel empereur ne pouvait satisfaire l’exigence de ses libérateurs qu’en ruinant ses sujets. Les Grecs murmuraient, les Latins pressaient, menaçaient. En attendant, ils insultaient le peuple de mille manières, et l’empereur lui-même qui était leur ouvrage. Un jour , en jouant aux dés avec le prince Alexis, ils le coiffèrent d’un bonnet de laine ou de poil s. Ils choquaient à plaisir tous les usages des Grecs , et se scandalisaient de tout ce qui leur était nouveau. Ayant vu une mosquée ou une synagogue , ils fondirent sur les infidèles ; ceux-ci se défendirent. Le feu fut mis à quelques maisons; l'incendie gagna, il embrasa la parlie la plus peuplée de Constantinople, dura huit jours, et s’étendit sur une surface d’une lieue1 * * 4 *.

Cet événement mit le comble à l’exaspération du peuple. 11 se souleva contre l'empereur dont la restauration avait entraîné tant de calamités. La pourpre fut offerte pendant trois jours à tous les séuateurs. Il fallait un grand courage pour l’ac-

1 Ville-IIardouiri, p. 315.

3 Jticetas, 1. III, p. 388.

» Id., p. 558.

4 Id., p. 555.

* Id., p. 355.

• Ervia opym*i. Ailleurs il sc contente de dire : « Ces Francs étaient aussi hauts que leurs piques. «

7 Vilic-Tlardouin, p. 281 : • Fut ai grant la gaaicz

fait, que nus ne vos en aauroit dire la fin d'or et d'argent, et de vasaalcmeut et de pierres, et de pierres précieuses , et de samiz et de dras «le soie, et de robes vaires, et grises et hermines , et toz les chiers avoirs qui ouques furent trové en terre. El bien tesmoigue Joffroi de Ville-llardoin, li mareschau9 de Cham|taigne, à son escient por verte, que puis que li siècles lu esto-

ccptcr. Les Vénitiens qui, ce semble, eussent pu essayer d’intervenir, restaient hors des murs, et attendaient. Peut-être craignaient-ils de s'engager dans celle ville immense où ils auraient pu être écrasés. Peut-être leur convenait-il de laisser accabler l’empereur qu’ils avaient fait, pour rentrer en ennemis dans Constantinople. Le vieil Isaac fut en effet mis à mort , et remplacé par un prince de la maison royale, Alexis Murzupble, qui sc montra digne des circonstances critiques où il acceptait l’empire. Il commença par repousser les propositions captieuses des Vénitiens, qui offraient encore de se contenter d’une somme d’argent *. Ils l’auraient ainsi ruiné et rendu odieux au peuple, comme son prédécesseur. Murxuphle leva de l’argent, mais pour faire la guerre. Il arma des vaisseaux , et par deux fois, essaya de brûler la flotte ennemie. Le péril était grand pour les Latins. Cependant, il était impossible que Murxuphle improvisât une armée. Les croisés étaient bien autrement aguerris; les Grecs ne purent soutenir l’assaut ; Nicolas avoue naïvement que, dans ce moment terrible, un chevalier latin, qui renversait tout devant lui, leur parut haut de cinquante pieds6.

Les chefs s’efforcèrent de limiter les abus de la victoire; ils défendirent, sous peine de mort, le viol des femmes mariées , des vierges et des religieuses. Mais la ville fut cruellement pillée. Telle fut l'énormité du butin , que cinquante mille marcs ayant été ajoutés à la part des Vénitiens , pour dernier payement de la delle, il resta aux Francs cinq cent mille marcs7. Un nombre innombrable de monuments précieux, entassés dans Constantinople, depuis que l’Empire avait perdu tant de proviuces, périrent sous les mains de ceux qui se les disputaient, qui voulaient les partager, ou qui détruisaient pour détruire. Les églises, les tombeaux , ne furent point respectés. Une prostituée chanta et dansa dans la chaire du patriarche8. Les barbares dispersèrent les ossements des cuirez, ne fut tant gaaignié en une ville... El fa granz la joie de l’onor et «le la victoire que Diex lor ot donnée, que cil qui avoient esté en poverté estaient en riehèee et en délit... Bien pnez savoir que granz fu li avoirs, que sanz celui «|ui fu cmblcz (cache), et sans la parlie des Vénitiens, en vint bien avant cinq cens mil mais d'argent, et bien dix mille chevauchcures ( montures), que unes qne autres.

* Nicetas, p. 583 : • Les croisés se revêtaient, non par besoin, mais pour en faire sentir le ridicule , «le robes peintes, vêlement ordinaire des Grecs ; ils mettaient nos coiffures de toile sur la tête de leurs chevaux, et leur attachaient au cou les cordons qui, d'après notre coutume, doivent pendre par derrière; quelquesuns tenaient dans leurs mains du pnpirr, «le lYncit* et

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