LIVRE IV. — 1200-1222. GRANDEUR DI' ROI DE FRANCE, ETC
massacré de leurs gens sans nombre . et l’évèque de Toulouse, ici présent, cal cause de tout le mat qui s'y fait, et tu peux bien connaître, seigneur, que les paroles dudit évêque n'ont pas vraisemblance ; car si les choses étaient comme il le dit et le donne à entendre, le comte Ramon et les seigneurs qui l'accompagnent ne seraient venus vers toi , comme ils l’ont fait, et comme tu le .vois. »
« Quand l'archevêque eut parlé , vint un grand clerc appelé maître Théodise, lequel dit et montra au saint-père tout le contraire de ce que lui avait dit l’archevêque de Narbonne. «Tu sais bien , seigneur, lui dit-il, et es averti des très-grandes peines que le comte de Montfort et le légal ont prises nuit et jour avec grand danger de leurs personnes, pour réduire et changer le pays des princes dont on a parlé , lequel était tout plein d'hérétiques. Ainsi , seigneur , tu sais bien que maintenant le comte de Montfort et ton légat ont balayé et détruit lesdils hérétiques , et pris en leurs mains le pays; ce qu’ils ont fait avec grand travail et peine, ainsi que chacun le peut bien voir; et maintenant que ceux-ci viennent à toi , tu ne peux rien faire ni user de rigueur contre ton légal. Lecomte de Montfort a bon droit et bonne cause pour prendre leurs terres; cl si tu les lui ôtais maintenant, tu lui ferais grand tort ; car nuit et jour le comte de Montfort se travaille pour l’Église et pour ses droits , aiusi qu’on te l’a dit. »
n Le saint-père ayant oui et écouté chacun des deux partis , répondit à maître Théodise et à ceux de sa compagnie . qu’il savait bien tout le contraire de leur dire , car il avait été bien informé que le légat détruisait les bons et les justes, et laissait les méchants sans punition, et grandes étaient les plaintes qui chaque jour lui venaient de toutes parts contre le légat et le comte de Montfort. Tous ceux donc qui tenaient le parti du légal et du comte de Montfort se réunirent cl vinrent devant le saintpère lui dire et le prier qu'il voulût laisser au comte de Montfort, puisqu'il les avait conquis, les pays de Bigorrc, Carcassonne, Toulouse, Agen, Qucrcy, Albigeois, Foix et Commingcs : « Et s'il arrive, seigneur, lui dirent-ils, que tu lui veuilles ôter lesdils pays et terres, nous te jurons et promettons que tous nous l'aiderons et secourrons envers et contre tous. «
» Quand ils eurent ainsi parlé, le saint-père leur dit et répondit que, ni pour eux, ni pour aucune chose qu'ils lui eussent dite, il ne ferait rien de ce qu'ils voulaient, cl qu'houune au monde ne serait dépouillé par lui ; car, en pensant que la chose fut aiusi qu'ils le disaient, et que le comte Ramon eût fait tout ce qu’on a dit cl exposé , il ne devrait pas pour cela perdre sa terre et son héritage; car
Dieu a dit de sa bouche « que le père ne payerait pas l’iniquité du fils, ni le Ris celle du père, » et il n'est homme qui ose soutenir et maintenir le contraire ; d’un autre côté il était bien informé que le comte de Montfort avait fait mourir à tort et sans cause le vicomte de Béliers pour avoir sa terre; « Car, ainsi que je l'ai reconnu, dit-il, jamais le vicomte de Béziers ne contribua à cette hérésie... El je voudrais bien savoir entre vous autres, puisque vous prenez si fort parti pour le comte de Montfort, quel est celui qui voudra charger et inculper le vicomte, et me dire pourquoi le comte de Montfort l’a fait ainsi mourir, a ravagé sa terre et la lui a ôtée de cette sorte? » Quand le saintpère eut ainsi parlé , tous ses prélats lui répondirent que bon gré mal gré, que ce fût bien ou mal, le comte de Montfort garderait les terres et seigneuries , car ils l’aideraient à se défendre envers et contre tous, vu qu'il les avait bien et loyalement conquises.
n L’évêque d'Osma voyant ceci, dit au saintpère : « Seigneur, ne t’embarrasse pas de leurs menaces , car je te le dis en vérité , Pëvéquc de Toulouse est un grand vantard, et leurs menaces n’empêcheront pas que le fils du comte Ramon ne recouvre sa terre sur le comte de Montfort. Il trouvera pour cela aide et secours, car il est neveu du roi de France, cl aussi de celui d'Angleterre et d'autres grands seigneurs et princes. C'est pourquoi il saura bien défendre son droit, quoiqu’il soit jeune. »
i» Le saint-père répondit : «Seigneurs, ne vous inquiétez pas de l’enfant , car si le comte de Montfort lui retient ses terres et seigneuries , je lui en donnerai d’autres avec quoi il reconquerra Toulouse, Agen et aussi Bcaucaire; je lui donnerai en toute propriété le comté de Venaissin , qui a été à l’Empereur, et s’il a pour lui Dieu et l'Église, et qu'il ne fasse tort à personne au monde , il aura assez de terres cl seigneuries. » Le comte Ramon vint donc devers le saint-père avec tous les princes et seigneurs , pour avoir réponse sur leurs alTaircs cl la requête que chacun avait faite au saint-père, et le comte Ramon lui dit et montra comment ils avaient demeuré un long temps en attendant la réponse de leur afTairc et de la requête que chacun lui avait faite. Le saint- père dit donc au comte Ramon que pour le moment il ne pouvait rien faire pour eux, mais qu’il s’en retournât et lui laissât son fils, et quand le comte Ramon cul ouï la réponse du saint-père, il prit congé de lui, et lui laissa son fils; et le saint-père lui donna sa bénédiction. Le comte Ramon sortit de Rome avec une partie de scs gens, et laissa les autres à son fils, et entre autres y demeura le comte de Foix, pour
demander sa terre cl voir s’il la pourrait recouvrer ; I et le comte Rainon s'en alla droit à Vilerbe pour ; attendre son Ois cl les autres qui étaient avec lui, comme on l’a dit.
» Tout ceci fait, le comte de Foix se retira devers le saint-père pour savoir si la terre lui reviendrait ou non ; et lorsque le saint-père eut vu le comte de Foix, il lui rendit ses terres et seigneuries, lui bailla scs lettres comme il était nécessaire en telle occasion , dont le comte de Foix fut grandement joyeux et alègre, et remercia grandement le saintpère , lequel lui donna sa bénédiction et absolution de toutes choses jusqu’au jour présent. Quand l’affaire du comte de Foix fut finie, il partit de Rome, tira droit à Viterbc devers le comte Ramon, et lui conta toute son affaire, comment il avait eu son absolution, et comment aussi le saint-père lui avait rendu sa terre et seigneurie; il lui montra ses lettres, dont le comte Ramon fut grandement joyeux cl alègre, ils partirent donc de Vitcrbe, et vinrent droit à Gènes, où ils attendirent le fils du comte Ramon.
» Or, l'histoire dit qu’après tout ceci, et lorsque le fils du comte Ramon eut demeuré à Rome l’espace de quarante jours, il se retira un jour devers le saint-père avec ses barons et les seigneurs qui étaient de sa compagnie. Quand il fut arrivé, après salutation faite par l’enfant au saint-père, ainsi qu’il le savait bien faire , car l’enfant était sage et bien morigéné, il demanda congé au saint-père de s’en retourner, puisqu'il ne pouvait avoir d'autre réponse; et quand le saint-père eut entendu et écouté tout ce que l’enfant lui voulut dire et montrer, il le prit par la main, le fit asseoir à côté de lui , et se prit a lui dire : « Fils , écoute , que je te parle, et ce que je veux te dire, si tu le fais, jamais tu ne fauldras en rien.
1 Guill. de Pod. Laur., c. 30 : • Le comte était malade de fatigue et d’ennui, ruiné par tant de dépenses et épuisé, et ne pouvait guère supporter l’Aiguillon dont le légat le pressait sans relâche pour son insouciance et sa mollesse ; Aussi priait-il, dit-on, le Seigneur de remédier à ses maux par le repos de la mort. La veille de Saint-Jean-Baptiste, une pierre lancée par un mangonneau lui tomba sur la tête, et il expira sur la place. »
* Raymond VII écrit à Philippe-Auguste (juill. 1292): Ad vos, domine, sicut ad meum unicura et principale recurro refugium... humililer vos deprecans et exorans quatenùs mei misercri vrlitis. Preuves de l’Histoire du Langued., 111,275.
* (Décembre 1222.) Cum... Amalricus supplicaverit nobisut dignemini juxta beneplacitum vrstnim, terrain accipere vobis et hvredibus vestria in perpeluom, quam trnuit vel tcueru debnil, ipse, vel pater suus in
Premièrement , que tu aimes Dieu et le serves, et ne prennes rien du bien d’autrui ; le tien , si quelqu'un veut te l’ôler, défcnds-lc, en quoi faisant lu auras beaucoup de terres et seigneuries; cl afin que tu ne demeures pas sans terres ni seigneuries. je le donne le comté de Venaissin avec toutes ses appartenances, la Provence et Reaucaire, pour servira ton entretien, jusqu'à ce que la sainte Église ait assemblé son concile. Alors ta pourras revenir deçà les monts pour avoir droit et raison de ce que tu demandes contre le comte de Montfort. «
h L’enfant remercia donc le saint-père de ce qu’il lui avait donné, et lui dit : « Seigneur, si je puis recouvrer ma terre sur le comte de Montfort et ceux qui la retiennent, je le prie, seigneur, que tu ne me saches pas mauvais gré , et ne sois pas courroucé contre moi. » Le saint-père lui répondit : «i Quoi que tu fasses. Dieu te permet de bien commencer, et mieux achever. «
Ces souhaits d’un vieillard impuissant ne devaient point se réaliser. Ce ne furent ni les Raymond, ni les Montfort qui recueillirent le patrimoine du comte de Toulouse. I/béritier légitime ne le recouvra que pour le céder bientôt. L’usurpateur , avec tout son courage et sa prodigieuse vigueur d'Aine, était vaincu dans le coeur, quand une pierre, lancée des murs de Toulouse, vint le délivrer de la vie (1218) Son fils, Araaury de Montfort, céda au roi de France ses droits sur le Languedoc ; tout le Midi , sauf quelques villes libres, se jeta dans les bras de Philippe-Auguste1. En 1212, le légal lui-mème et les évéques du Midi le suppliaient à genoux d'accepter l’hommage de Montfort *. C'est qu’en effet les vainqueurs ne savaient plus que faire de leur conquête et doutaient de s’y maintenir. Les quatre cent trente fiefs que
partibos Albigensibus et sihi vicinis , gauderous super hoc, desiderantes ecclesiatn et terram illam sub umbrâ vestri nominis gubernari et rogantes affectuosè quantum possumus, quateuùs celsx majctlalit veslrse regia poteitas, intuitu regis regum , et pro honore sanctæ matria eccleaia: ac regni veatri , terram prsedielam ad ciblationcm et resignationem dicti comitis recipiati» ; et inveuielis nos et cæteros praelatos paratos virea nostras eflundere in hoc negotio pro vobis, et expendrre quidquid crclesia in partibus illis habet, vel est liabitura. Preuves de l'Hist. du Languedoc, 111,276. — (1233.) Dura dudüm et diû suli sederemus in Biterris ci x itate, singulis moroentis mortem expectantes, optataque nobis fuit in desiderio , vît A nobis cxislente in supplicium , hostibus fidei et paeis undiquè gladios sues in capita rosira exerentibus, eeee, rex reverende ml ravit kal. maii cursor ad nos, qui... nuntiavit nobis verbum bonum. vrrhum consolationis, et totiua mise-