‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 199 sur 398 · HJ TREIZIÈME SIÈCLE. LOUIS IX · texte numérisé non relu

HJ TREIZIÈME SIÈCLE. LOUIS IX

liant sa cathédrale, sa halle, son pave, des hôpitaux , des aqueducs, une nouvelle enceinte, de nom elles armoiries , surtout en autorisant et soutenant sou université. Il avait fondé la juridiction ! royale en inaugurant l'assemblée des pairs par un acte populaire et humain, la condamnation de Jean et la punition du meurtre d'Arthur. Les grandes puissances féodales s'affaissaient ; la Flandre, la Champagne, le Languedoc, étaient soumis à l'influence royale. Le roi s'était formé un grand parti dans la noblesse ; il avait crée une démocratie dans l'aristocratie , si je puis dire ; je parle des cadcLs; il fil consacrer en principe qu'ils ne dépendraient plus de leurs aînés.

Le prince dans les mains duquel tombait ce grand héritage, Louis IX, avait vingt et un aus en 1236. U fut déclaré majeur, mais dans la réalité, il resta longtemps encore dépendant de sa mère, la tière Espagnole qui gouvernail depuis dix ans. Les qualités de Louis n'étaient pas de celles qui éclatent de bonne heure; la principale fut un sentiment exquis, un amour inquiet du devoir, cl pendant longtemps le devoir lui apparut comme la volonté de sa mère. Espagnol du côté de Blanche *, Flamand par son aïeule Isabelle , le jeune prince | suça avec le lait une piété ardente , qui semble j avoir été étrangère à la plupart de ses predéces- 1 scurs , cl que scs successeurs n'ont guère connue davantage.

Cet homme qui apportait au monde un tel besoin de croire, se trouva précisément au milieu de la grande crise, lorsque toutes les croyances étaient ébranlées. Ces belles images d'ordre, que le moyen âge avait rêvées , le saint pontificat et le saint empire, qu'élaient-ellcs devenues? La guerre de l'empire et du sacerdoce avait atteint le dernier degré de violence, et les deux partis inspiraient presque une égale horreur.

D'un côté, c'était l'Empereur, au milieu de sou cortège de légistes bolonais cl de docteurs arabes, bel esprit sanguinaire , qui faisait des vers comme un jongleur du Midi , et qui enterrait scs ennemis sous des chapes de plomb *. Il avait des gardes sarrasines , une université sarrasine, des concuj bines arabes. Le sultan d'Egypte était son meilleur ami s. Il avait, disait-on, écrit ce livre horrible j dont on parlait tant : De Tribu* imposloribus ,

, cette dernière opinion , c'est que les frères de saint > Louis, Charles et Alphonse, mirent les tours de Cas- | tille dans leurs armes. Michaud, IV, 445.

2 S’il faut eu croire Dante (Iofern.).--Rayiialdi pré- 1 sente Eccclino comme lieutenant de Conrad et conseiller de Frédéric 11. Michaud, IV, 436.

I 1 * 3 Extraits d'historiens arabes, par Bernaud (Bibl.

Mufec, Mahomet et Jésus. Beaucoup de gens Soup- 1 çonnaicnt que Frédéric pouvait fort bien être l'Antéchrist.

Le pape n’inspirait guère plus de contiance que l'empereur. La foi manquait à l'un, mais à l'autre la charité. (Quelque désir, quelque besoin qu'on eût de révérer encore le successeur des apôtres , il était difficile de le reconnaître sous cette cuirasse d'acier qu'il avait revêtue depuis la croisade des Albigeois. Il semblait que la soif du meurtre fût devenue le génie même du prêtre. Ces hommes de paix ne demandaient que mort et ruine , des paroles effroyables sortaient de leur bouche. Ils s’adressaient à tous les peuples, à tous les princes ; ils prenaient tour à tour le ton de la menace et de la plainte; ils demandaient, grondaient, priaient, pleuraient. Que voulaient-ils avec tant d'ardeur? la délivrance de Jérusalem? Aucunement. L’amélioration des Chrétiens, la conversion des Gentils? Rien de tout cela. Eh! quoi donc? Du sang. Une soif horrible de sang semblait avoir embrasé le leur, depuis qu’une fois ils avaient goûté de celui j des Albigeois.

La destinée de ce jeune et innocent Louis 1\ fut d'étre l'héritier des Albigeois et de tant d’autres ennemis de l'Église. C’était pour lui que Jean , condamné sans être entendu , avait perdu la Normandie, et son fils Henri, le Poitou; c'était pour lui que llonlfort avait égorgé vingt mille hommes dans Béziers, et Folquel, dix mille dans Toulouse. Ceux qui avaient péri, étaient, il est vrai, des hérétiques, des mécréants, des ennemis de Dieu; il y avait pourtant dans tout cela bien des morts; et dans cette magnifique dépouille, une triste odeur de sang. Voilà , sans doute , ce qui fit l’inquiétude et l’indécision de saint Louis. Il avait grand besoin de

des Croisades, IV, 417, iqq.). • L'émir Fakr-Eddin était entré furl avant, dit Taféi, dans la confiance de l'empereur; ils avaient de fréquenta entretiens sur la philosophie, et leurs opinions paraissaient se rapprocher sur beaucoup de points. — Ces étroites relations scandalisèrent beaucoup les chrétiens... Je n'aurais pas tant insisté, dit-il à Fakr-Eddin, pour qu’on me remit Jérusalem, si je n'avais craint de perdre tout crédit en Occident; mon but n'a pas été de délivrer la ville sainte, ni rien de semblable; j’ai voulu conserver l’estime des Francs. »— • L'empereur était roux et chauve; il avait la vue faible; s’il avait été esclave, on n'eu aurait pas donné deux cents drachmes. Ses discours montraient assez qu’il ne croyait pas à la religion chrétienne; quand il en parlait, c'était pour s'en railler... etc... Un muexzin récita près de lui un verset du Coran qui nie la divinité de Jcsus-Chrisl. Le sultan le voulut punir; Frédéric s’y opposa. •— En marge du texte arabe de !Unkrisi,on trouve quelques mots isolés qui semblent dire qu'au fond Frédéric méprisait sa re-

croire et de a’altucher à l'Église , pour se justifier à lui-même son père et son aïeul , qui avaient accepté de tels dons. Position critique pour une àme timorée : il lie pouvait restituer sans déshonorer son père et indigner la France. D'autre part, il ne pouvait garder, ce semble , sans consacrer tout ce qui s’élait fait, sans accepter tous les excès, toutes les violences de l’Église.

Le seul objet vers lequel une telle âme pouvait sc tourner eucorc, c'était la croisade, la délivrance de Jérusalem. Cette grande puissance, bien ou mai acquise, qui sc trouvait dans scs mains, c’était là, sans doute, qu’elle devait s’exercer et s’expier. De ce côté , il y avait tout au moins la chance d'une mort sainte.

Jamais la croisade n'avait été plus nécessaire et plus légitime. Agressive jusque-là, elle allait devenir défensive. On attendait dans tout l'Orient un grand et terrible événement ; c’était comme le bruit des grandes eaux avant le déluge . comme le craquement des digues , comme le premier murmure des cataractes du ciel. Les Mongols s’étaient ébranlés du Nord , et peu à peu descendaient par toute l’Asie. Ces pasteurs, entraînant les nations, chassant devant eux l'humanité avec leurs troupeaux , semblaient décidés à effacer de la terre toute ville, toute construction, toute (race de culture, à refaire du globe un désert, une libre prairie , où l'on pût désormais errer sans obstacle, lis délibérèrent s’ils ne traiteraient pas ainsi toute la Chine septentrionale, s’ils ne rendraient pas cet empire, par l’incendie de cent villes cl l’égorgement do plusieurs millions d'hommes , à cette beauté primitive des solitudes du monde naissant. Où ils ne pouvaient détruire les villes sans grand travail, ils se dédommageaient du moins par le massacre des habi-

ligion, et que, s’il n'avait pas craint de soulever scs sujets, il aurait manifesté ses véritables sentiments. Il se fâcha contre un prêtre qui était entré dans une mosquée l'Évangile h la maiu, et jura de punir sévèrement tout chrétien qui y entrerait sans une permission spéciale. —On a vu plus haut quelles relations amicales Richard entretenait avccSalaheddin et Malek-Adhcl. — Lorsque Jean de Briennc fui assiégé dsus son camp (en 1291), il fut comblé par le sultan de témoignages de bienveillance ; • Dès lors, dit un auteur arabe (Makrixi), il s'établit entre eux une liaiaon sincère et durable, et tant qu'ils vécurent , ils ne cessèrent de s’envoyer des présents et d’entretenir un commerce d’amitié. • Dans une guerre contre les Ebarismins, les chrétiens de Syrie sc mirent pour ainsi dire sous les ordres des infidèles. On voyait les chrétiens marcher leurs croix levées ; les prêtres se mêlaient dans les raugs, donnaient des bénédictions, et oliraictit â boire aux musulmans dans leurs calices. Ibid. ,445, d'après Ibu-Giouzi, témoin oculaire.

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