I.IVRE IV. — PREMIÈRE MOITIÉ
vit par toute l’Italie mendier leur pain des hommes, des femmes mutilés, qui racontaient les vengeances du vicaire impérial
Frédéric mourut à la peine3, et le pape en poussa des cris de joie. Son fils Conrad n’apparut dans l'Italie que pour mourir aussi 5. Alors l’Empire échappa à celle maison ; le frère du roi (J’Anglclerre et le roi de Castille se crurent tous deux empereurs. Le fils de Conrad , le petit Corradino , n’était pas en âge de disputer rien à personne ; mais le royaume de Naples resta au bâtard Manfred , au vrai fils de Frédéric II, brillant, spirituel, débauché, impie comme son père , homme à part, que personne n'aima ni ne hait à demi. Il se faisait gloire d’étre bâtard , comme tant de héros et de dieux païens 4. Tout son appui était dans les Sarrasins, qui lui gardaient les places elles trésors
1 l'oy. Rolandinus, de factis in marchià Tarvisinà ; Monachus Patavinus. Sismondi, Républ. ilai., III, 109, sqq., 308.
3 « Frédéric, dit Villani ( I. VI, c. 1), fat an homme doué d’une grande valeur et de rares talents; il dut sa sagesse autant aux études qu’â sa prudence naturelle. Versé en toute chose, il parlait la langue latine, notre langue vulgaire (l'italien), l’allemand, le français, le grec et l’arabe. Abondant en vertus, il était généreux, et à ses dons il joignait encore la courtoisie; guerrier vaillant et sage, il fut aussi fort redouté. Hais il fut dissolu dans la recherche des plaisirs; il avait un grand nombre de concubines , selon l’usage des SarrasijUiCommeeuXjil était servi par des mameluks; il s’abandonnait à tous les plaisirs des sens, et menait une vie épicurienne, n’estimant pas qu’aucune autre vie dut venir après celle-ci... Aussi ce fut la raison principale pour laquelle il devint l’cuncmi de la sainte Église... •
• Frédéric, dit Nicolas de Jamsilla (ilist. Conradi et Maufrcdi, t. VIII , p. 495), fut un homme d’un grand coeur; mais la sagesse, qui ne fut pas moins grande en lui, tempérait sa magnanimité, en sorte qu’une passion impétueuse ne déterminait jamais ses actions, mais qu’il procédait toujours avec la maturité de la raison... Il était zélé pour la philosophie; il la cultiva pour luiméme, il la répandit dans ses Étals. Avant les temps heureux de son règue, ou u’aurait trouvé en Sicile qncpen ou point de gens de lettres; mais l’Empereur ouvrit dans son royaume des écoles pour les arts libéraux et pour toutes les sciences; il appela des professeurs de différentes parties du monde, et leur offrit des récompenses libérales. Il ne se contenta pas de leur accorder un salaire; il prit sur son propre trésor de quoi payer une pension aux écoliers 1rs plus pauvres, afin que dans toute les conditions les hommes ne fussent point écartés, par l’indigence, de l’étude de la philosophie. 11 donna lui-même une preuve de scs talents littéraires, qu’il avait surtout dirigés vers l’histoire naturelle, en écrivant un livre sur la nature et le soin des oiseaux, où l’on peut voir combien l’emperenr avait fait de progrès dans la philosophie. Il chérissait la