‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 209 sur 398 · LIVRE IV. - PREMIÈRE MOITIÉ I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. - PREMIÈRE MOITIÉ I

Une expédition pacifique qui eût seulement intimidé le roi de Tunis et l'eût décidé à se convertir, n’était pas ce qu’il fallait aux Génois, sur les vaisseaux desquels saiot Louis avait passé; la plupart des croisés aimaient mieux la violence. On disait que Tunis était une riche ville, dont le pillage pouvait les dédommager de cette dangereuse expédition. Les Génois , sans égard aux vues de saint Louis, commencèrent les hostilités, en s’emparant des vaisseaux qu'ils rencontrèrent devant Carthage. Le débarquement cul lieu sans obstacle; les Mores ne paraissaient que pour provoquer, se faire poursuivre et fatiguer les chrétiens. Après avoir langui quelques jours sur la plage brûlante, les chrétiens s’avancèrent vers le château de Carthage. Ce qui restait de la grande rivale de Rome , se réduisait à un fort gardé par deux cents soldats. Les Génois s’en emparèrent; les Sarrasins, réfugiés dans les voûtes ou les souterraius , furent égorgés ou suffoqués par la fumcc ou la flamme. Le roi trouva ces ruines pleines de cadavres, qu’il fit ôter pour y loger avec les siens *. Il devait attendre i Carthage son frère, Charles d’Anjou, avant démarcher sur Tunis. La plus grande partie de l'armée resta sous le soleil d’Afrique, dans la profonde j poussière du sable soulevé par les vents, au milieu des cadavres et de la puanteur des morts. Tout autour rùdaicnl les Mores qui enlevaient toujours quelqu’un, l'oint d’arbres, point de nourriture végétale; pour eau , des marcs infectes, des citernes pleines d’insectes rebutants. En huit jours, la peste avait éclaté; les comtes de Vendôme, de la Marche, deViane, Gaultier de Nemours, maréchal de France; les sires de Montmorency, de l'iennes, de Brissac, de Saint-Briçon , d'Aprcmont, étaient déjà morts. Le légat les suivit bientôt. N’ayant plus la force de les ensevelir, on les jetait dans le canal, et les eaux en étaient couvertes. Cependant le roi et ses fils étaient cux-méines malades : le plus jeune mourut sur son vaisseau , et ce ne fut que huit jours après que le confesseur de saint Louis prit sur lui de le lui apprendre. C'était le plus chéri de scs enfants ; sa mort, annoncée à un père mourant, était pour celui-ci une attache de moins à la terre, un appel

1 Joinville, p. 150.

> Sismondi, VIII, 180.

3 Pétri de Condcto epist., ap. Spicilegiatn (ed. in-f°), 111,067.

4 Pétrarque ( Bâle, p. 421) raconte qu'une fois on

délibérait h Rome sur le chef que l'on donnerait i une croisade. Don Sauche, (ils d'Alphonse, roi de Castille, fut choisi. Il vint i Rome, et fut admis au consistoire, où l’élection devait se faire. Comme il ignorait le latin, il fit entrer avec lui un de ses courtisans pour lui servir d'interprète. Don Sanehe ayant été proclamé roi

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