‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 210 sur 398 · DU TREIZIÈME SIÈCLE. LOUIS IX · texte numérisé non relu

DU TREIZIÈME SIÈCLE. LOUIS IX

de Dieu, une tentation de mourir. Aussi, saus trouble et saus regret, accomplit-il cette dernière œuvre de la vie chrétienne, répondant les litanies et les psaumes, dictant pour son fils une belle et touchante instruction , accueillant même les ambassadeurs des Grecs, qui venaient le prier d'intervenir en leur faveur auprès de son frère Charles d'Anjou, dont l’ambition les menaçait. Il leur parla avec bonté, il leur promit de s’employer avec xèle, s'il vivait, pour leur conserver la paix, mais, dès le lendemain , il entra lui-mème dans la paix de Dieu

Dans cette dernière nuit , il voulut être tiré de son lit et étendu sur la cendre. Il y mourut, tenant toujours les bras en croix, u Et el jour le lundi, li bcnoicz rois tendi ses mains jointes au ciel, et dist: Biau sires Diex , aies merci de ce pueplc qui ici demeure, el le condui eu son pais, que il ne chiée en la main de ses anemis, el que il ne soit contreint renier ton saint nom. »

« En la nuit devant le jour que il trespassasl , endementières (tandis) que il se reposoit , il souspira et dit bassement : <* O Jérusalem ! ô Jérusalem *! »

; La croisade de saint Louis fut la dernière croisade. Le moyen âge avait donné son idéal, sa fleur cl son fruit : il devait mourir. En Philippe le Bel, petit-fils de saint Louis, commencent les temps modernes; le moyen âge est souffleté en Boniface VIH , la croisade brûlée dans la personne des templiers.

L’on parlera longtemps encore de croisade , ce mol sera souvent répété : c’est un mot sonore, efficace, pour lever des décimes et des impôts. Mais les grands et les papes savent bien entre eux ce qu’ils doivent en penser1 * 3 4. Quelque temps après (1327), nous voyons le Vénitien Sanulo proposer au pape une croisade commerciale : « Il ne suffisait pas, disait-il, d'envahir l’Égypte, il fallait la ruiner. * Le moyen qu’il proposait, c’était de rouvrir au commerce de l'Inde la route de la Perse , de sorte que les marchandises ne passassent plus par Alexandrie et Damiette5. Ainsi s’annonce de loin l’esprit moderne; le commerce, et non la religion,

d’Égypto, lotit le monde applaudit à ce choix. Le prince, au bruit des applaudissements, demanda à son interprète de quoi il était question. Le pape, lui dit l'interprète, vient de vous créer roi d’Égypte. Il ne faut pas être ingrat, répondit don Sancke, léve-loi et proclame le saint-père calife de Bagdad. Michaud, V, 129.

5 Marini Sanuti Sécréta fidelium crucis ( edid. Bongars , Hanau, 1611). Le premier livre est consacré i l'exposition de ce projet; le second, une discussion des moyens i employer pour l'exécution de la croisade; le troisième, une histoire de» établissements et des

5 Di

va devenir le mobile des expéditions lointaines.

Que l'âge chrétien du monde ail eu sa dernière expression en uu roi de France , ce fut une grande chose pour la monarchie et la dynastie. C'est là ce qui rendit les successeurs de saint Louis si hardis contre le clergé. La royauté avait acquis, aux yeux des peuples , l'autorité religieuse cl l'idée de la sainteté. Le vrai roi, juste et pieux, équitable juge du peuple, s'était rencontré. Quelle put cire sur sur les consciencieuses déterminations de celle âme pure et candide, riuflucncc des légistes, des modestes cl rusés conseillers qui, plus lard , se firent si bien connaître; c'est ce que personne ne pouvait apprécier encore. Nous-mêmes nous n'essayons pas de le faire ici. Ce grand sujet doit être présenté dans son rapport avec les époques antérieures et subséquentes de notre législation. ( Voyez plus loiu. )

L'intérêt de la royauté n’étant alors que celui de l’ordre, le pieux roi se voyait sans cesse conduit à lui sacrifier les droits féodaux, que par conscience et désintéressement il eût voulu respecter. Tout ce que ses habiles conseillers lui dictaient pour l’agrandisseinenl du pouvoir royal, il le prononçait pour le bien de la justice. Les subtiles pensées des légistes étaient acceptées, promulguées par la simplicité d’un saint. Leurs decisions, en passant par une bouche si pure, prenaient l’autorité d'un jugement de Dieu.

•‘Maintes foiz avilit que en este, il aloil seoir au boiz de Vincicnncs après sa messe, et se acosloioil à un chcsne et nous fesoit seoir entour li; et tout ceulz qui avaient è faire venaient parler à li ; sans destourbicr de huissier ne d’autre. Et lors il leur demandait de sa bouche : A yl ci nullui qui ail partie? Et cil sc levoicnl qui partie avoienl; et lors il disoil : Taisiez vous touz , et en vous déliverra l’un après l'autre. El lors il appeloil monseigneur Pierre de Fontcinncs et monseigneur Gefîroy de Villette , et disoil à l’un d’eulz : Délivrez moi cesle partie. El quant il véoil aucune chose à amender en la parole de ceulz qui parlaient pour autrui , il meisme l'ainendoil de sa bouche. Je le vi aucune fois en esté, que pour délivrer sa gent , il venoit ou jardin de Paris, une cote de chamclot vestuc, un seurcot de tyrcteinnc sanz manches , un mentei de cendal noir entour son col, moult bien pigné et

expéditions eu Orient. Sauuto y avait joint des cartes «le la Méditerranée, de la terre sainte et de l'Égypte. — Le pape loua fort le projet, tous les princes chrétien* l'accueillirent, et ne le suivirent pas. Sauuto s'adressa à l’empereur «le Constantiuople, et passa sa vie à prêcher ainsi la croisade.

1 Joinville, p. 15.

sanz coife, et un cliapcl de paon blanc sur sa teste, et fesoit eslcndre lapis pour nous seoir entour li. El tout le peuple qui avoit à faire par devant li , ostoil entour li en estant (debout) , cl lors il les faisoil délivrer, en la manière que je vous ai dit devant du bois de Vinciennes »

En 125(1 ou 1257, il rendit un arrêt contre le seigneur de Vcsnon , par lequel il le condamna à dédommager un marchand, qui en plein jour avait été volé dans un chemin de sa seigneurie. Les seigneurs étaient obligés de faire garder les chemins depuis le soleil levant jusqu'au soleil couché J.

Engucrrand de Coucy, ayant fait pendre trois jeunes gens qui chassaient dans scs bois, le roi le fit prendre et juger; tous les grands vassaux réclamèrent et appuyèrent la demande qu’il faisait du combat. Le roi dit: « Que es fèz des povres, des églises, ne des personnes dont ou doit avoir pitié, l’en ne devoit pas ainsi aler avant par gage de bataille, car l'on ne trouveroit pas de legicr (facilement ) aucun qui sc voulsissenl comhatre pour teles manières de persones contre es barons du royaume.... h

«Quant les barous (dit-il à Jean de Bretagne) , qui de vous lennicnt tout nu à nu sanz autre moicn, aporlèrent devant nos lor complcintc de vos méesmes, cl ils oiïroicnt à prouver lor enlencion eu certains cas par bataille contre vos; ainçois respondistes devant nos, que vos ne deviez pas aler avant par bataille, mes par enquesles eu telc besoigne; et disiez encore que bataille h’ett pas rote de droit*. » Jean Thourot, qui avait pris vivement la défense d’Engucrrand de Coucy, s'écria ironiquement : « Si j'avais clé le roi , j'aurais fait pendre tous les barons ; car un premier pas fait, le second ne coûte plus rien. » Le roi qui entendit ce propos le rappela : « Comment, Jean , vous dites que je devrais faire pendre mes barons? Certainement, je ne les ferai pas pendre, mais je les châtierai s’ils méfotil. »

Quelques gentilshommes qui avaient pour cousin un mal homme et qui ne te rouloii vhastier, demandèrent à Simon de Nielle, leur seigneur, cl qui avait haute justice en sa terre, la permission de le tuer , de peur qu'il ne fût pris de justice et pendu à la honte de la famille. Simon refusa , mais cil référa au roi; le roi ne le voulut pas permettre; u car il

3 Renault, t. 1. — Ou trouve un arrêt semblable rendu contre le comte d'Artois, en 1287. Bouclicl, p.245.

3 Vie de saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite (éd. 1701), p. 570-80. — Eulrc autres peines que saiut Louis infligea à Euguerraud , il lui ôta toute haute justice de bois et de viviers, cl le droit de faire emprisonner ou mettre à mort.

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