LIVRE IV. - PREMIÈRE MOITIÉ DU TREIZIÈME SIÈCLE. LOUIS IX
voloit que toute justice fut fête (les malféteurs par tout son royaume en apert et devant le pueple, et que nuit* justice ne fut fête en report (secret) *.
Un homme étant venu se plaindre à saint Louis de sou frère Charles d'Anjou , qui voulait le forcer à lui vendre une propriété qu'il possédait dans son comté, le roi Gl appeler Charles devant sou conseil : « et li benoiez rois commanda que sa possession lui fust rendue, et que il ne li feist d’ore en avant nul ennui de In possession puisque il ne la voloit vendre ne cschangier *. »
Ajoutons encore deux faits remarquables qui prouvent également que, pour se soumettre volontiers aux avis des prêtres ou des légistes, celle âme admirable conservait un sens élevé de l'équité, qui, dans les circonstances douteuses , lui faisait immoler la lettre à l'esprit.
Régnault de Trie apporta une fois à saint Louis uue lettre par laquelle le roi avait donne aux héritiers de la comtesse de Boulogne le comté de Danimartin. Le sceau était brisé , et il ne restait que les jambes de l'image du roi. Tous les conseillers de saint Louis lui dirent qu’il n’était pas tenu à l'exécution de sa promesse. Mais il répondit : »<Sci- ‘ gneurs, vecz ci séel; de quoi je usoy avant que je alasse outre-mer, et voit-on cler par ce séel que l'empreinte du séel brisé est semblable au séel entier; par quoy je n’oscroic en bonne conscience ladite contée retenir3. »
Un vendredi saint, tandis que saint Louis lisait le psautier , les parents d’un gentilhomme détenu au Châtelet vinrent lui demander sa grâce , lui représentant que ce jour était un jour de pardon.
Le roi posa le doigt sur le verset où il en était : i» Deati qui custodiunt judicium , et justitiam faciunt in omni temporc. » Puis il ordonna de faire venir le prévôt de Paris, et continua sa lecture. Le
1 Le Confesseur, p. 583.
3 Id.,p. 381.
3 Joinville, p. 15.
4 Ægidii de Musis chronic., ap. Art de vérifier les Dates, VI, 8.
3 Guill. de Thoco, Vit. 8. Thom. Aquin. : De rege Francité S. Ludovico dicitur quôd semper in rébus arduis dicti Doctoris rrquirebat consilium , quôd fréquenter expert us I tiers t esse certura... Cum primo Parisiis de aliquibus arduis et necessariis in crastino deberct habere consilium, de sero mandabat praidicto Doctori ut illâ nocte super dubio imminrntis casus meute iutenderet, ut quod esset utile respondendum , in crastino cogitaret.
6 Math. Paris, ad ann. 1347, p. 493. — Par son testament (1969), il leur légua ses livres et de fortes sommes d’argent, et institua pour nommer aux bénéfices vacants on conseil compoaé de l'évéque de Paris, du chancelier, du prieur des dominicaius, et du gar-
' prévôt lui apprit que les crimes du détenu étaient énormes. Sur cela saint Louis lui ordonna de conj duirc sur-le-champ le coupable au gibet 4.
Celle élévation d'esprit qui mettait l’équité audessus du droit, saint Louis la dut sans doute en grande partie aux franciscains et dominicains dont il s’entourait. Dans les questions épineuses il consultait saint Thomas 3. Il envoyait des Mendiants pour surveiller les provinces, à l'imitation des tnissi do mi ni ci de Charlemagne 6. Cette Église mystique le rendait fort contre l’Église épiscopale cl pontifîcalo; elle lui donna le courage de résister au pape en faveur des évêques, et aux évêques eux-mémes.
Les prélats du royaume s'assemblèrent un jour, et l’évéque d’Auxerre dit en leur nom à saint Louis: «Sire, ces seigneurs qui ci sont, arcevesques. evesques, m’ont dit que je vous deisse que la crestienté se périt entre vos mains. Le roy sc seigna et dist : Or me dites comment ce est? Sire, fisl-il, c’est pour ce que en prise si pou les cxcommcniemens hui et le jour, que avant se lessent les gens mourir excommenies , que il se facent absodre, cl ne veulent faire satisfaction à l’Esglise. Si vous requièrent, sire, pour Dieu et pour ce que faire le devez, que vous commandez à vos prévoz et à vos baillifs, que touz cculz qui se souflerronl exconi meniez an et jour , que on les conlreiugnc par la prise de leurs biens à ce que il sc facent absoudre. A ce respondi le roy que il leur commanderait volontiers de touz ceulz dont on le ferait cerlein que il eussent tort... Et le roy dist que il ne le ferait aulrement; car ce serait contre Dieu et contre raison, se il contrcignoit la gent à culz absoudre, quant les clercs leur feraient tort 7 . »
La France, si longtemps dévouée au pouvoir ecclésiastique , prenait au treizième siècle un esprit plus libre. Ce royaume , allié du pape et guelfe
dien des franciscains. Bulseus, III , I960. — Après la première croisade, il eut toujours deux confesseurs, l'un dominicain, l'autre franciscain. Gaufred., de Bell, loc., ap. Ducbcsnc, V, 451, — Le confesseur de la reine Marguerite rapporte qu'il eut la pensée de se faire dominicain , et que ce ne fut qu'avec peine que sa femme Peu empêcha, — Il eut soin de faire transmettre au pape le livre de Guillaume de Saiut-Amoor. Le pape l'en remercia , en le priant de continuer aux moines sa protection. Bul. vus , 111,313. — Dans une lettre adressée au pape par des professeurs de PUuiversilé , où ils refusent d'admettre le» Mendiants daus leur sein , ou ▼oit que saint Louis leur avait donné des gardes : • Quoniam ipsi, de mandato domini regis, parafant semper habeant ad nutum suum multitudinem arraatorum. undè etiam solennitates magisteriorum suorum nuper sine nobia cura armai is plurimis celebrarc carperunt... • Ibid., 990.
’ Joinville, p. 14.