‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 212 sur 398 · JO · texte numérisé non relu

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contre les Empereurs, devenait d'esprit gibelin. Il y eut toujours néanmoins une grande différence. Ce fut par les formes légales qu’elle poussa cette opposition, qui n'en fut que plus redoutable. Dès le commencement du treizième siècle, les seigneurs avaient vivement soutenu Philippe-Auguste contre le pape et les evéques. En 1325, ils déclarent qu’ils laisseront leurs terres, ou prendront les armes si le roi ne remédie aux empiétements du pouvoir ecclésiastique; l'Église, acquérant toujours et ne lâchant rien, eût en effet tout absorbé â la longue. En 1246. le fameux Pierre Hauclerc forme, avec le duc de Bourgogne , et les comtes d’Angouléinc et de Sainl-Pol, une ligue à laquelle accède une grande partie de la noblesse. Les termes de cet acte sont d’une extraordinaire énergie. La main des légistes est visible; on croirait lire déjà les paroles de Guillaume de Nogarel *,

Saint Louis s'associa, dans la simplicité de son cœur, à celle lutte des légistes et des seigneurs

1 • Attendu que U superstition des clercs (oubliant que c’est par la guerre et le sang répandu, sous Charlemagne et d’autres, que le royaume de France a été converti de l’erreur des gentils h la foi catholique), absorbe tellement la juridiction des princes séculiers, que ces Gis de serfs jugent selon leur loi les libres et Gis de libres, bien que, suivant la loi des premiers conquérants , ce soient eux plutôt que nous devrions juger... Nous tous grands du royaume, considérant attentivement que ce n’est pas par le droit écrit, ni par l'arrogance cléricale, mais par les &ucurs guerrières qu'a été conquis le royaume... nous statuons que personne, clerc ou laïque, ne traîne à l’avenir qui quece soit devaut le juge ordinaire ou délégué, sinon pour hérésie, pour mariage et pour usure, A peine pour l'infracteur de la perle de tous ses biens, et de la mutilation d'un membre ; nous avons envoyé à cet effet nos mandataires, aGn que notre juridiction revive et respire cnGn, et que ces hommes enrichis de nos dépouilles soient réduits à l’ctat de l'Église primitive, qu’ils vivent dans la contemplation , tandis que nous mènerons, comme nous le devons, 1a vie active, et qu’ils nous fassent voir des miracles que depuis si longtemps notre siècle ne Connait plus. • Trésor des Chartres, Champagne, IV, n« 84; et ap. Preuves des libertés de l'Église gallicane, I, 29.

1247. Ligue de Pierre de Dreux Mauclerc , avec son Gis le duc Jean, le comte d’Angouléme et le comte de Saint -Pol , et beaucoup d'autres seigneurs, contre le clergé.

a A tous ceux qui ces lettres verront , nous fuit , de qui le seel pendent en cet présent escript , faisons k sçavoir que nous, par la foy de nos corps, avons fiancez sommes tenu , nous et notre hoir, à tousiours à aider li uns à l'autre, et à tous ceux de nos terres et d’autres terres qui voudront cslrc de cette compagnie, k pourcbacier, k requerra et k défendre nos droits et les leurs eu bonne foy envers le elergié. Et pour ce que grirsfve

contre les prêtres, qui devait tourner à son profil *; il s'associait avec la même bonne foi à celle des juristes contre les seigneurs. Il reconnut au suzerain le droit de retirer une terre donnée à l'Église. Il publia, un an avant sa mort, la fameuse pragmatique , fondement des libertés de l’Église gallicane.

Plongé à celte époque dans le mysticisme , il lui en coûtait moins . sans doute, d'exprimer une opposition si solennelle à l’autorité ecclésiastique. Les revers de la croisade , les scandales dont le siècle abondait, les doutes qui s'élevaient de toutes parts, l’enfonçaient d’autant plus dans la vie intérieure. Celte éme tendre 5 et pieuse, blessée au dehors dans tous ses amours, sc relirait au dedans et chercbait en soi. La lecture et la contemplation devinrent toute sa vie. Il sc mil à lire l'Écriture et les Pères , surtout saint Augustin. Il fil copier des manuscrits4, se forma une bibliothèque : c’est de ce faible commencement que la Bibliothèque Royale

chose «croit, nous tous assembler pour ccste besogne, nous avons clcu , par le commun assent et oclroy de nous tous , le duc de Bourgogne , le comte Perron de Bretaigne, le comte d’Angolesmc et le comte de Sainct- Pol;... et si aucuns de cette compagnie estoient excommuniez, par tort conueu par ces quatre, que le elergié li feist , il ne laissera pas aller son droiel ne sa querele pour l’cxcommunicment , ne pour autre chose que on li face, etc. * Preuves des libertés de l'Église gallicane, I, 99. froy. aussi p. 05,97, 98.

7 Eu 1240 , le pape ayant manifesté le projet de rompre les trêves conclues entre lui et Frédéric II , saint Louis, pour l’eu empêcher, fait arrêter les subsides qu’il avait fait lever sur le clergé de France par son légat. Math. Paris (éd. 1044), p. 500. — En 1247, le pape envoie les frère* prêcheurs et mineurs en France pour emprunter de l’argent au clergé, promettant de rendre tout fidèlement. • Quod cum régi Fraucorum innotuisset, suspectam habeus Roman* Curia; avaritiam, prohibuit : ne qui» Prelatos regni soi sub poenâ amissionis omnium bonorum suorum , taliter terram suam depauperaret. ld., p. 485.

* Lorsque saint Louis eut résolu de retourner eu France : • Lors me dit robe entre ly et moy sanz plus, et me mist mes deux mains entre les scues,et le légat que je le convoiasse jusques à son hostel. Lors s’euclost eu sa garde - comme nsa à plorer moult durement ; et quand il pot parler, si me dit : • Sencscbal, je sut moult li , si eu rent grâces k Dieu, de ce que le Roy et les autres pèlerins eschapent du grant péril U où vous avez esté eu celle terre; et moult sui à mésaisc de crier de ce que il me convendra lessier vos saintes cornpaingnies, et alcr k la court de Rome, entre cel desloial gent qui y sont.

4 • Il aimoit mieux faire copier les manuscrits que de sc les faire donner par les couvents, afiu de multiplier les livres. • Cautred., de Bello loco, ap. Dachrsue, V, 457.

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