‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 217 sur 398 · UVHE IV. - LA PASSION, COMME PRINCIPE D'ART AU MOYEN ACE · texte numérisé non relu

UVHE IV. - LA PASSION, COMME PRINCIPE D'ART AU MOYEN ACE

des douleurs , tout ce que contient ce mot de Passion , dans ses sens divers, populaire et mystique, c'est ici qu’il faudrait essayer de le dire. Dans cet alilme est la pensée du moyen âge. Cet âge est contenu tout entier dans le christianisme, le christianisme dans la Passion. La littérature, l’art, les divers développements de l'esprit humailv, du troisième siècle au quinzième, tout est suspendu â ce mystère.

Eternel mystère, qui, pour avoir eu son idéal au Calvaire, n'en continue pas moins encore. Oui , le Christ est encore sur la croix, et il n'en descendra point, La Passion dure et durera. Le monde a la sienne, et l’humanité dans sa longue vie historique, et chaque cicur d'homme dans ce peu d'instants qu'il bat. A chacun sa croix et scs stigmates. Les miens datent du jour où mon âme tomba dans ce corps misérable, que j’achève d’user en écrivant ceci. Ma Passion commença avec mon Incarnation, lauvrc âme, quavais-tu fait pour traîner cette chair? Vierge tu fus lancée , comme Èvc dans le jardin des séductions, ignorante cl passionnée, avide et timide . toute prête à la tentation et à là chute. Vivre , c'est déjà un degré dans la Passion.

Puis, cette âme. condamnée à l’hymen de la ma- ! tière, s'est matérialisée volontairement. Elle a pris goût à son supplice, elle l’a embrassé, elle s’y est plongée. Elle s’est mise à voyager par la boue des J carrefours , mangeant, buvant, jouissant à chaque porte, comme ces dieux incarnés de l'Inde, qui, pour mieux simuler l'humanité, se soldent des voluptés humaines ; ou si l’on veut, comme le prophète condamné à représenter par des infamies ' symboliques l’adultère de Jérusalem infidèle au divin Epoux.

Ceci est la Passion orientale, l’immolation de l’àine à la nature, le suicide de la liberté. Mais la liberté est vivace, elle ne veut pas mourir. Elle s’indigne contre la nature, et d'abord, elle repousse ses menaces. Elle roidit scs bras contre les lions de Néméc et les hydres de Lcrue. Tous les travaux que lui impose la marâtre , elle les accomplit. Elle dompte et pacifie le monde. Voilà la Passion héroïque, voila la force, commencement de la vertu.

Encore , si tout était fini avec celte lutte extérieure. Maisque sera-ce, si l'ennemi reste en nous? si l’âme est vaincue par l’amour? si le fort trouve en soi sa défaite, si Ucrcule revêt lui-méme la tunique brûlante, si le sage Merlin , pour obéir à sa Viviane, se couche lui-méme dans son tombeau?

Ce délire, les hommes l'appellent encore Passion. Celle-ci est antique, je pense; ah ! dilcs-moi quand elle doit Unir?

Contre cet ennrmi nouveau Hercule n'eut d’asile que son bûcher. C’est par celte dernière épreuve .

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