‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 220 sur 398 · LIVRE IV. - LA PASSION. COMME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. - LA PASSION. COMME

les raffinements de la forme , dans les entraves de la versification la plus artificielle et la plus laborieuse qui fut jamais. Au Nord , elle tomba de Pé- j popée au roman , du symbole à l'allégorie, c'est-à- < direau vide. Décrépite, elle grimaça encore pendant ! le quatorzième siècle dans les tristes imitations du triste roman de la Rose, tandis que par-dessus s'élevait peu à peu l’aigre voix de la dérision populaire dans les contes et les fabliaux.

La poésie chevaleresque devait se résignera mourir. (Ju’avail-ellc fait de l’humanité pendant tant de siècles? L'homme qu'elle s'était plu dans sa confiance à prendre simple, ignoranl encore, mueL j comme Parceval, brutal comme Roland et Renaud, elle avait promis de l'amener par les degrés de l'initiation chevaleresque à la dignité de héros chrétien, et elle le laissait faible, découragé, misérable. Du cycle de Roland à celui du Graal , sa tristesse a toujours augmenté. Elle fa mené errant par les forêts , à la poursuite des géants cl des monstres , à la recherche de la femme. Ce sont les courses de l'Hercule antique, et aussi ses faiblesses. La poésie chevaleresque a peu développé son héros; elle fa retenu à l'état d'enfant, comme la mère imprévoyante de Parceval qui prolonge pour son fils l’imbécillité du premier âge. Aussi la laissc-t-il là, cette mère. De même que Gérard de Roussillon a quitté : la chevalerie et s’est fait charbonnier, Renaud de 1 2 Monlauhan se fait maçon , et porte des pierres sur | son dos pour aider à la construction de la cathédrale de Cologne *.

Le chevalier se fait homme , se fait peuple , se ! donne à l'Église. C'est qu'en l'Église seule est alors l'intelligence de l’homme, sa vraie vie, son repos. j Pendant que cette vierge folle de l'épopce chcvalc- ! resque court par les monts et les vallées, eixeroupe derrière Lancelot et Tristan, la vierge sage de l'É- ! glise tient sa lampe allumée, en attendant le grand réveil. Assise près de la crèche mystérieuse , elle veille le peuple enfant qui grandit entre le bœuf et l'âne, pendant sa nuit de Noël; tout à l’heure les rois viendront l’adorer. L’Église est peuple ellemême. A eux deux, ils jouent dans le temple le grand drame du monde, le combat de l'âme et de la matière , de l’homme et de la nature , le sacri-

1 Après avoir parlé de la poésie chevaleresque, je devrais passer h la poésie chrétienne , considérée dans les légendes, etc. Mais je compte approfondir ailleurs ce grand sujet. Ici , je parlerai seulement de la poésie du culte, et de fart chrétien.

2 Ainsi à Paris, Saint-Jacques la Boucherie et Sainte-

Geneviève, etc. L'abbé I.c bœuf a remarqué sur la façade de cette dernière église un énorme anneau de fer ou passaient leur bras ceux qui venaient demander

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