LIVRE IV. - LA PASSION, COMME
git, s’arrondit et forme le chœur. Cette église, comme la cité romaine, est encore restreinte, exclusive; elle ne s’ouvre pas à tous. Elle prétend au mystère, elle veut une initiation. Elle aime encore les ténèbres des catacombes où clic naquit ; elle se creuse des vastes* cryptes qui lui rappellent son berceau. Les catéchumènes ne sont pas admis dans l'enceinte sacrée, ils attendent encore à la | porte. Le baptistère est au dehors, au dehors le j cimetière; la tour elle -même, l'organe et la voix j de l’église, s’élève à côté. La pesante arcade romane j scelle de son poids l’église souterainc, ensevelie | dans ses mystères. Il en va ainsi , tant que le christianisme est en lutte , tant que dure la tempête des > invasions, tant que le monde ne croit pas à sa j durée. Mais lorsque Père fatale de l’an 1000 a passé, \ lorsque la hiérarchie ecclésiastique se trouve avoir conquis le monde , qu’elle s’est complétée, couronnée, fermée dans le pape, lorsque la chrétienté, enrôlée dans l’armée de la croisade, s'est aperçue de son unité, alors l'église secoue son étroit vêlement, elle se dilate pour embrasser le monde, elle sort des cryptes ténébreuses. Elle monte , elle soulève ses voûtes, elle les dresse en crêtes hardies, et dans l’arcade romaine reparaît l'ogive orientale.
La hiérarchie romaine a entassé arcade sur arcade, la hiérarchie sacerdotale entasse ogive sur ogive, pyramide sur pyramide, temple sur temple, cité sur cité. Le temple, la cité elle-même .ne sont plus ici qu’un élément. Le monde chréticnconticul tous les mondes qui ont précédé; le temple chrétien contient tous les temples. La colonne grecque y est, mais colossale, exfoliée en une gerbe de gigantesques colonncltes. L’arc romain s'y retrouve, plus solide à la fois et plus hardi '. Dans la flèche réparait l’obélisque égyptien , mais l'obélisque monté sur un temple. Lesfigurcs des anges, des prophètes, debout sur les contre-forts, scmblcntcricr la prière aux quatre vents, comme l’imau sur les minarets.
1 Les voûtes cintrées sont sujettes à fléchir au sommet. — Les voûtes gothiques ne sont presque jamais construites en pierres de taille, mais en petites pierres
mêlées de beaucoup de mortier; et pourtant dans plusieurs églises , la voûte n'a pas plus de six pouces d'epaisseur ; elle n'en a que trois ou quatre & Notre-Dame de Paris. Aussi dans cette dernière église, la charpente ou forêt repose uniquement sur les murs latéraux , et passe au-dessus de la voûte sans s'y appuyer. Elle porte une toiture de plomb du poids de quarante-deux mille deux cent quarante livres, surmontée jadis d'un élégant clocher de cent quatre pieds de hauteur. Gilbert, Description de Notre-Dame de Paris.
3 Ce fut au douzième siècle ( première époque du style ogival primitif), que l'on commença à projeter en l'air les arcs-boutants. Au onzième siècle, on les ca-