‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 232 sur 398 · DU CINQUIÈME ET DU SIXIÈME LIVRE · texte numérisé non relu

DU CINQUIÈME ET DU SIXIÈME LIVRE

I/ère nationale de la France est le quatorzième siècle. Les états généraux, le parlement, toutes nos grandes institutions, commencent ou se régularisent. La bourgeoisie apparaît dans la révolution de Marcel, le paysan dans la Jacquerie, la France elle-même dans la guerre des Anglais.

Celte locution : Un bon Français, date du quatorzième siècle.

Jusqu'ici la France était moins France que chrétienté. Dominée, ainsi que tous les autres États, par la féodalité et par l'Église, elle restait obscure et comme perdue dans ces grandes ombres... Le jour venant peu à peu, elle commence à s’entrevoir ellememe.

Sortie à peine de celle nuit poétique du moyen âge , elle est déjà ce que vous la voyez; peuple, prose , esprit critique, antisymboliquc.

Aux prêtres, aux chevaliers, succèdent les légistes ; après la foi, la loi.

Le pctil-fds de saint Louis met la main sur le pape, et détruit le Temple. La chevalerie, cette autre religion, meurt à Courtrai, à tirée y , à Poitiers.

A l’épopée succède la chronique. Une littérature se forme, déjà moderne et prosaïque, mais vraiment française : point de symboles, peu d’images ; ce n’est que grâce et mouvement.

Notre vieux droit avait quelques symboles, quelques formules poétiques. Celte poésie ne comparait pas impunément au tribunal des légistes. Le parlement , ce grand prosateur, la traduit, l'interprète cl la tue.

Au reste, ledroil français avait été, de tout temps, moins asservi au symbolisme que celui d'aucun autre peuple. Cette vérité, pour être négative dans la forme, n'en est pas moins féconde. Nous n’avons point regret au long chemin par lequel nous y sommes arrivés. Pour apprécier le génie austère et la maturité précoce de notre droit, il nous a fallu mettre en face le droit poétique des nations diverses, opposer la France cl le monde.

Celte fois donc, la symbolique du droit. — Nous en chercherons le mouvement , la dialectique , lorsque notre drame national sera mieux noué. Attendons le seizième siècle.

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