LIVRE V. — L'OR. LE
chevaliers qu'ils ne les embarrassaient. Orgueilleux et fervents à leur arrivée, bien surs qu’un miracle allait se faire exprès pour eux, ils ne manquaient pas de rompre les trêves; ils entraînaient les chevaliers dans des périls inutiles, se faisaient battre, et partaient, leur laissant le poids de la guerre et les accusant de les avoir mal soutenus. Les templiers formaient l'avant-garde à Mansourah , lorsque ce jeune fou de comte d'Artois s’obstina à la poursuite, malgré leur conseil, et se jeta dans la ville; ils le suivirent par honneur et furent tous tués.
On avait cru avec raison ne pouvoir jamais faire assez pour un ordre si dévoué et si utile. Les privilèges les plus magnifiques leur furent accordés. D'abord ils ne pouvaient être jugés que par le pape; mais un juge placé si loin et si haut n’était guère réclamé; ainsi les templiers étaient juges dans leurs causes. Ils pouvaient encore y être témoins; tant on avait foi dans leur loyauté. Il leur était défendu d'accorder aucune de leurs coininanderics à la sollicitation des grands ou des rois. Ils ne pouvaient payer ni droit, ni tribut, ni péage.
Chacun desirait naturellement participer à de tels privilèges. Innocent 111 lui-méme voulut être affilié à l’ordre; Philippe le bel le demanda en vain.
Mais quand cet ordre n'cûl pas eu ccs grands et magnifiques privilèges, on s'y serait présenté en foule. Le Temple avait pour les imaginations un attrait de mystère et de vague terreur. Les réceptions avaient lieu dans les églises de l’ordre, la nuit, et portes fermées. Les membres inférieurs en étaient exclus. On disait que si le roi de France lui-même y eût pénétre, il n’en serait pas sorti.
La forme de réception était empruntée aux riles dramatiques et bizarres, aux mystères dont l'Eglise
1 f'oy. plus loin les motifs qui nous ont décide &
regarder ce point comme hors de doute. — Le quatorzième siècle ne voyait probablement qu'une singularité suspecte dans la fidélité des templiers aux anciennes traditions symboliques de l'Église, par exemple dans leur prédilection pour le nombre trois. On interrogeait fréta fois le récipiendaire avant de l'introduire dans le chapitre. Il demandait par trois fois le pain et l'eau, et la société de l’ordre. Il faisait trois voeux. Les chevaliers observaient trois grands jeûnes. Ils communiaient trois fois l’an. L’aumûne se faisait dans toutes 1rs maisons de l’ordre trois fois la semaine. Chacun des chevaliers devait avoir trois chevaux. On leur disait la messe trois fois la semaine. Ils mangeaient delà viande troia jours de la semaine seulement. Vans les jours d'ahstineoce on pouvait leur servir trois mets différents. Ils adoraient la croix solennellement à trois époques de l'année. Ils juraient de ne pas fuir eu présence de trois ennemis. On flagellait par trois fois eu plein chapitre ceux qui avaient mérité celte correction, etc., etc., etc.