‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 258 sur 398 · LIVRE V. - 1/OR. LE FISC. LES TEMPLIERS · texte numérisé non relu

LIVRE V. - 1/OR. LE FISC. LES TEMPLIERS

Deux chevaliers, un Gascon et un Italien, en prison pour leurs méfaits, avaient, disait-on , révélé tous les secrets de l'ordre *.

Ce qui frappait le plus l’imagination, c’étaient les bruits étranges qui couraient sur une idole qu’auraient adorée les Templiers. Les rapports variaient. Selon les uns, c’était une tête barbue; d’autres disaient une tète à trois faces. Elle avait, disait-on encore, des yeux étincelants. Selon qucl-

Stadhinghicns (Raynald, ann. 1234, XIII, p. 44(1-7). C’est, avec plus d’ensemble, l'accusation contre les templiers. Cette conformité prouverait-elle, comme le veut M.de Ranimer, l’aiTil i a l ion des templiers à ces sectaires?

1 Baluze, Pap. Aven., p. 09- 100.

3 Selon les plus nombreux témoignages, c’était une tête effrayante à la longue barbe blanche, aux yeux étincelants (Rayn.,p. 201) qu’on les accusait d’adorer. Dam les instructions que Guillaume de Paris envoyait aux provinces, il ordonnait de les interroger sur » une ydole qui est en forme d’une teste d'homme à une granl barbe. « Et l’acte d’accusation que publia la cour de Rome portait, art. 10 : ■ Que dans toutes les provinces ils avaient des idoles, c’est-à-dire des têtes dont quelques-unes avaient trois faces et d'autres une seule et qu’il s’en trouvait qui avaient un crâne d'homme. • Art. 47 et suivants : Que dans les assemblées et surtout tlans les grands chapitres, ils adoraient l’idole, comme un Dieu, comme leur sauveur, disant que celte tète pouvait les sauver, qu'elle accordait & l'ordre toutes les richesses et qu'elle faisait fleurir les arbres et germer les plantes de la terre. » Rayti., p. 287. Les nombreuses dépositions des templiers en France, e» Italie, plusieurs témoignages indirects en Angleterre, répondirent à ce chef d'accusation el ajoutèrent quelques circonstances. On adorait cette tète comme celle «l'un Sauveur, « quoddam rapul cum barba quod adorant et vacant salvatorem sttum. * ( Rayn.. 288. ) Deodat Jaflrt, reçu A Pedenat, dépose que celui qui le recevait lui montra une tète ou idole qui lui parut avoir trois faces , en lui disant : Tu dois l'adorer comme ton Sauveur et le Sauveur de l’ordre du Temple, et que lui témoin adora l'idole disant : ** Béni soit celui qui sauvera mou Ame (p. 247 et 293).* OU us Ragonis, reçu à Rome dans une chambre du palais de Lalrau, dépose qu'on lui dit en lui montrant l'idole : Rccommande-toi A elle , et prie -la qu’elle te donne la santé ( p. 205). Selon le premier témoin de Florence , les frèrrs lui disaient les paroles chrétiennes : • Dons adjuva me. « Et il ajoutait que cette adoration était un rit observé flans tout l’ordre (p. 204). Et en effet en Angleterre un frère mineur dépose avoir appris d’un templier anglais qu'il y existait quatre principales idoles, une flans la sacristie du temple de Londres , une A Bristelham, la troisième spud Brueriam et la quatrième au delà de l'Humber ( p. 207 ). Le second témoin «le Florence ajoute une circonstance nouvelle; il déclare que dans un chapitre un frère dit aux autres : « Adorez celte tête... Utuil caput vester Drus est et vc6tcr Mahumet ( p. 205 ). <• Gauserand de Montpesant dit qu’elle

ques-uns, c’élaît un crâne d’homme. D'autres y substituaient tin chat *.

Quoi qu'il en fut de ces bruits, Philippe le Bel ! n’avait pas perdu de temps. Le jour même de l’arrestation . il vint de sa personne s’établir au Temple avec son trésor cl son Trésor des chartes, avec i une armée de gens de loi , pour instrumenter, inventorier. Cotte belle saisie l’avait fait riche tout d’un coup.

était faite in flguram B.iffomrti, et Raymond Rubei déposant qu'on lui avait montré une tête de bois où était 1 peinte figura Haphomcti . ajoute : Et illam asoravit i obsculamlo sibi pedes, dicens ynlla, verbum saraceno- I rum,

M. Ravnouard ( p. 301 ) regarde le mot Baphomet . dans ces deux dépositions comme une altération du I mol Mahomet donné par le premier témoin; il y voit ‘ une tendance tics inquisiteurs à confirmer ces accusations de bonne intelligence avec les Sarrasins, si répandues contre les templiers. Alors il faudrait admettre que toutes ces dépositions sont complètement fausses et arrachées par les tortures, car rien de plus absurde sans «toute que de faire les templiers plus mahomélans que les mahomélans, qui n’adoreiit point | Mahomet. Mais ccs témoignages sont trop nombreux, i trop unanimes et trop divers à la fois (Rayn., p. 232,

J 237, et 280-302). D'ailleurs ils sont loin d'être accablants pour l’ordre. Tout ce que les templiers disent de plus grave, c’est qu’ils ont eu peur, c’est qu’ils ont cru y voir une tête de diable, de mauffo (p. 290). c’est qu’ila ont vu le diable lui - même dans ces cérémonies , sous la ûgure d'un chat ou d'une femme (p. 293-294). Sans vouloir faire des templiers en tout point une secte de gnostiques, j'aimerais mieux voir ici avec M. de Ranimer une influence de ccs doctrines orientales. Baphomet , en grec ( selon une étymologie, il est vrai,

J as;ez douteuse), c’est le dieu qui baptise l’esprit, celui | dont il est écrit : Ipse vos baptizavit iu Spiritu Sancto ! et igui ( Math., 3, 1 1 ), etc. C'élail pour les gitnsliqucs 1 le Paraclet descendu sur les apAlres en forme de langues de feu. Le baptême gnostique était en effet un baptême de leu. Peut-être faut-il voir une allusion A quelque cérémonie de ce genre dans ccs bruits qui eoiiraicnt dans le peuple contre les templiers « qu'un enfant nouveau engendré d'un templier et une pucclle esloit cuit et rosly nu feu, et toute la graisse osléc et de celle esloit sacrée et ointe leur idole (Chron. de Saint-Denis, p. 38). » Cette prétendue idole ne seraitelle pas une représentation du Paraclet dont la fête ( la PentecAte) était la plus grande solennité du Temple. Ces têtes dont une devait se trouver dans chaque chapitre ne furent point retrouvées , il est vrai , sauf une l seule, mais elle portait l'inscription LUI. La publicité : et l'importance qu’on donnait A ce chef d'accusation | décidèrent sans doute les templiers A en faire au plus | tôt disparaître la preuve. Quant A la tète saisie au chapitre de Paris , ils la firent passer pour un reliquaire , * la léte de l’une des onze mille vierges (Rayn., p. 299).

I — Elle avait une grande barbe d'argent.

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