‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 259 sur 398 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

MITE. BESTRCCTtON U F. L*ORDRE 01 VEXHE. 1307-1314,

L'étonnement du pape fui extrême, quand il apprit que le roi se passait de lui. dans la poursuite d’un ordre , qui ne pouvait être jugé que par le saint-siège. La colère lui fît oublier sa servilité ordinaire, sa position précaire et dépendante au milieu des Étals du roi. Il suspendit les pouvoirs des juges ordinaires, archevêques cl évéques, ceux même des inquisiteurs.

La réponse du roi est rude. Il écrit au pape : Que Dieu déteste les tièdes, que ces lenteurs sont une sorte de connivence avec les crimes des accuses , que le pape devrait plutôt exciter les évêques. « Ce serait une grave injure aux prélats de leur ôter le ministère qu’ils tiennent de Dieu. Ils n’ont pas mérité cet outrage; ils ne le supporteront pas; le roi ne pourrait le tolérer sans violer son serment... Saint père , quel est le sacrilège qui osera vous conseiller de mépriser ceux que Jésus-Christ envoie, ou plutôt Jésus lui -même *?... Si l’on suspend les inquisiteurs, l'affaire ne finira jamais... Le roi n’a pas pris la chose en main comme accusateur , mais comme champion de la fui et défenseur de l’Église , dont il doit rendre compte à Dieu *. »

Philippe laissa croire au pape qu’il allait lui remettre les prisonniers entre les mains ; il se chargeait seulement de garder les biens pour les appliquer au service de la terre sainte [25 décembre 1507 ]. Son but était d'oblenir que le pape rendit aux évêques et aux inquisiteurs leurs pouvoirs qu’il avait suspendus. Il lui envoya soixante et douze templiers à Poitiers, et fit partir de Paris les principaux de l’ordre ; mais il ne les fit pas avancer plus loin que Chinon. Le pape s’en contenta ; il obtint les aveux de ceux de Poitiers. En même temps, il

1 Qui* ergo sacrilcgus vobis, Pater sancte, praesumet

rnnsulere quod vos eot spernilit, iraù potins Jcsum

Christ um eot mittentem? Dupuy, p. 11.

1 Dupuy ne donne point cette lettre en entier; pro-

bablement elle ne fut point envoyée, mais plutôt répan-

due dans le peuple. Nous en avons une su contraire du pape ( !<■» décembre 1307), selon laquelle le roi

aurait écrit à Clément V, que dea gêna de la cour pontificale acaicHt fait croire aux gêna du rot , que le pape le chargeait de poursuivre; le roi se serait empresse de décharger aa conscience d'un tel fardeau , et de remettre toute l'aflaire au pape qui l’en remercie beaucoup. Cette lettre de Clément me parait, comme l’autre, moins adressée an roi qu’au public; il est probable qu’elle répond à une lettre qui ne fut jamais écrite.

8 Archives du royaume, R. 415. Ces dépositions

leva la suspension des juges ordinaires , se réservant seulement le jugement des chefs de l’ordre.

Cette molle procédure ne pouvait satisfaire le roi. Si la chose eût été traînée ainsi à petit bruit, et pardonnée, comme au confessionnal, il n’y avait pas moyen de garder les biens. Aussi pendant que le pape s’imaginait tout tenir dans scs mains , le roi faisait instrumenter! Paris par son confesseur, inquisiteur général de France. On obtint sur-lechamp ccnt quarante aveux par les tortures ;le fer et le feu y furent employés *. Ces aveux une fois divulgués, le pape ne pouvait plus arranger la chose. Il cirtoya deux cardinaux à Chinon demander aux chefs, au grand maître, si tout cela était vrai ; les cardinaux leur persuadèrent d’avouer, et ils s’y résignèrent1 * * 4 * * * 8. Le pape en effet les réconcilia, et les recommanda au roi. Il croyait les avoir sauvés.

Philippe le laissait dire et allait son chemin. Au commencement de 1308, il fit arrêter par son cousin le roi de Naples, tous les templiers de Provence*. A Pâques, les étals du royaume furent assemblés à Tours. Le roi s’y fit adresser un discours singulièrement violent contre le clergé : « Le peuple du royaume de France adresse au roi d’instantes supplications... Qu’il se rappelle que le prince des fils d'Israël , Moïse, l’ami de Dieu , à qui le Seigneur parlait face à face, voyant l’apostasie des adorateurs du veau d’or, dit : Que chacun prenne le glaive et tue son proche parent... Il n’alla pas pour cela demander le consentement de son frère Aaron, constitué grand prêtre par l’ordre de Dieu... Pourquoi donc le roi très-chrétien ne procéderaitil pas de même, même contre tout le clergé, si le clergé errai (ainsi, ou soutenait ceux qui errent*?»

A l'appui de ce discours, vingt-six princes et seigneurs se constituèrent accusateurs, et donnèrent procuration pour agir contre les templiers par-devant le pape et le roi. La procuration est

existent daus an gros rouleau de parchemin, elles ont été fort négligemment extraites par Dupuy, p. 207-

4 Confessas est abnegationem pnrdictam, nobis supplicans quatenos quemdara fratrera servientem etfamiliarcm auum, quem secum habebat, volentem conûteri, aadiremus. Lettre drs cardinaux. Dupuy, 241.

* Charles le Boiteux écrit à ses officiers en leur adressant dea letlrea enclosea : « A ce jour que je VOUS marque, avant qu’il soit clair, voire plutôt en pleine nuict, vous les ouvrirez. 15 janvier 1508. * Dupuy, Pr., p. 255.

* Quare non sic procedet rex et princeps christianissitnus eliara contrit totura clerum, ai sic erraret

j vcl errantes sustineret vel faveret. Apud Ray noua rd,

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