LIVRE V. — DESTRUCTION DE
lutionnaire. J'avais tort de ie comparer à Luther. L’amertume de Nogaret ne rappelle pas les belles et naïves colères du bonhomme de Wittemberg, dans lequel il y avait tout ensemble un enfant et un lion ; c'est plutôt la bile amère et recuite de Calvin, celle haine à la quatrième puissance...
Dans son premier factum, Nogaret avait déclaré ne pas lâcher prise. L'action contre l'hérésie, ditil, ne s'éteint point par la mort, morte non extinguUur. Il demandait que Boniface fût exhumé et brûlé.
En 1310, il veut bien se justifier; mais c'est qu’il est d’une bonne âme de craindre la faute , même où il n’y a pas faute; ainsi ürenl Job, l’Apôtre, et saint Augustin... Ensuite, il sait des gens qui, par ignorance , sont scandalisés à cause de lui ; il craint, s’il ne se justifie, que ces gens-là ue se damnent, en pensant mal de lui, Nogaret. Voilà pourquoi il supplie, demande, postule et requiert tomme droit, avec larmes et gémissements, mains jointes, genoux en terre... En cette humble posture, il prononce, en guise de justification , une effroyable invective contre Boniface. 11 n’y a pas moins de soixante chefs d’accusation.
Boniface, dit-il encore, ayant décliné le jugement et repoussé la convocation du concile, était, par cela seul , contumace et convaincu. Nogaret n’avait pas une minute à perdre pour accomplir son mandat. A défaut de la puissance ecclésiastique ou civile, il fallait bien que le corps de l’Église fût défendu par un catholique quelconque; tout catholique est tenu d’exposer sa vie pour l’Église. Moi donc, Guillaume Nogaret, homme privé, et non pas simplement homme privé, mais chevalier, tenu, par devoir de chevalerie, à défendre la république, il m'était permis, il m’était imposé de résister au susdit tyran pour la vérité du Seigneur. — Item, comme ainsi soit que chacun est tenu de défendre sa patrie, au point qu'on mériterait récompense si en cette défense on tuait son père *; il m’était loisible, que dis-je? obligatoire, de défendre ma patrie, le royaume de France, qui avait à craindre le ravage, le glaive, etc.
Puis donc que Boniface sévissait contre l’Église | et contre lui-nièine, more furiosi, il fallait bien
1 Pro quA defensiooe si pat rem occidat, meritum i habet, nec per nas meretur. Du pu y. Difier., p. 309.
3 Quùd coutenti crant de IccturA factà iu latino, et quùd non carabaut quùd lautæ turpitudines quas asserebant oiuuiuù esse lalsas et non nominandas vulgariter, exponerentur. Proccss. conlrà Templ. ms.
2 Dtccnles quùd non petebatur ab eis quandù pane- ! bantur in jainia si procura tores coustituere volebaut. Idem.
* Les uns étaient gardes au Temple, les autres à