‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 27 sur 398 · LIVRE I. — CELTES. — IBÈRES. - ROMAINS · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CELTES. — IBÈRES. - ROMAINS

chaque génération une nécessité de partage , et i ciété du clan, formée par le lien grossier d'une pachange à chaque instant l'aspect de la propriété, j renté réelle ou fictive2, s'est trouvée incapable de Lorsque le possesseur commençait à bâtir , culli- j rien admettre au dehors , de sc lier à rien d’élranver, améliorer, la mort l’emporte, divise, boule- ger; les dix mille hommes du clan des «Campbell verse, et c’est encore à recommencer. Le partage ont tous été cousins du chef5, sc sont tous appelés est aussi l’occasion d’une infinité de haines et de j Campbell, et n’ont voulu rien connaître au delà; disputes. Ainsi cette loi de succession égale qui , | à peine sc sont-ils souvenus qu’ils étaient Écossais, dans une société mûre et assise, fait aujourd'hui la Ce petit et sec noyau du clan s’est trouvé à jamais • beauté et la force de notre France, c’était chez les | impropre à s’agréger. On ne peut guère bâtir avec populations barbares une cause continuelle de trou* J des cailloux, le ciment ne s'y marie pas4; aucunbles, un obstacle invincible au progrès, une révolu- 1 traire, la brique romaine a si bien pris au ciment, lion éternelle. Les terres qui y étaient soumises sont qu’aujourd’hui ciment et brique forment ensemble restées longtemps à demi incultes et en pâturage '. dans les monuments un seul morceau, un bloc in*

Quels qu’aient été les résultats, c'est une gloire destructible, pour nos Celtes d’avoir posé dans l’Occident la loi , Devenues chrétiennes, les populations celtiques de l’égalité. Ce sentiment du droit personnel, cette devaient, ce semble, s’amollir, sc rapprocher, sc vigoureuse réclamation du moi que nous avons lier. Il n’en a pas été ainsi. L’Église celtique a parsignalée déjà dans la philosophie religieuse, dans ticipé de la nature du clan. Féconde et ardente d’al’élage, elle reparaît ici plus nettement encore. Elle bord, on eût dit qu’elle allait envahir l’Occident, nous donne en grande partie le secret des destinées Les doctrines pélagiennes avaient été avidement des races celtiques. Tandis que les familles germa- j reçues en Provence, mais ce fut pour y mourir, niques s’immobilisaient, que les biens s’y perpé- ! Plus lard encore, au milieu des invasions allemandes tuaient, que des agrégations sc formaient par les ; qui arrivent de l’Orient, nous voyons l’Église celhcritagcs, les familles celtiques s’en allaient se di- tique s’ébranler de l’Occident, de l’Irlande. D’invisant, se subdivisant, s'affaiblissant. Cette faiblesse trépides et ardents missionnaires abordent, animés tenait principalement à l'égalilc, à l'équité des par- de dialectique et de poésie. Rien de plus bizarretages. Cette loi d'équité précoce a fait la ruine de ment poétique que les barbares odyssées de ces

ces races. Qu’elle soit leur gloire aussi, qu'elle leur saints aventuriers, de ces oiseaux voyageurs qui

vaille au moins la pitié et le respect des peuples viennenL s’abattre sur la Gaule, avant, après saint

auxquels elles ont de si bonne heure montré un Colomban ; l’élan est immense , le résultat petit,

tel idéal. I/élincelle tombe en vain sur ce monde tout trempé

Cette tendance à l’égalité, au nivellement, qui : du déluge de la barbarie germanique. Saint Coloincn droit isolait les hommes, aurait eu besoin d’étre ' ban , dit le biographe contemporain, eut l’idée de balancée par une vive sympathie qui les rappro- 1 passer le Rhin, et d’aller convertir les Suèvcs ; un chât , de sorte que l’homme, aiTranchi de l’homme j songe l’en empêcha. Ce que les Celtes ne font pas, par l’équité de la loi, se rattachât à lui par un lien j les Allemands le feront eux-mêmes. L’Anglo-Saxon volontaire. C’est ce qui s’est vu à la longue dans ■ saint Roniface convertira ceux que Colomban a dénotre France, et c’est là ce qui explique sa gran- | daignés. Colomban passe en Italie, mais c’est pour deur. Par là nous sommes une nation, tandis que j combattre le pape. L’Église celtique s’isole de l’É- Ics Celtes purs en sont restés au clan. La petite so- j glisc universelle : elle résiste à l’unité; elle sc re-

1 Suivant Turner (llist. of the Anglo-Saxon», I, 223), : • Plu# forts que le laird sont se» vassaux. » Logan, II, ce qui livra la Bretagne aux Saxon» , ce fut la coutume ' 187 : — Le jeune chef de clan Rannald, venant prendre du gavelkind , qui subdivisait incessamment les béri- possession, et voyant la quantité de bêles qu'on avait tages des chefs en petites tyrannies. Il en cite deux . tuées pour célébrer son arrivée, remarqua que quelques exemples remarquables d'après deux Vies de Saints. | poules auraient sufli. Tout le clan s’insurgea, et dé-

3 On sait qu'en Bretagne on donne le titre d'oncle au clara qu'il ne voulait rien avoir à faire avec un chef cousin qui est supérieur d'un degré. Cette coutume de poules. Les Frasers qui avaient élevé le jeune chef . tendait évidemment à resserrer les liens de parenté. — livrèrent un combat sanglant où ils furent défaits et le En général, l'esprit de clan a été plus fort en Bretagne chef tué. Id., I, 192.

qu’on ne l'imagine, bien qu'il domine moins chez les * Proverbe breton : Cent pays, cent modes; cent Kymry que chez les Gaëls. ( Voy, plus loin une note sur paroisses, cent églises, ».

l’important article de Laurière, Glossaire dul)roitfran> Rantbrot, liant Iris,

çais : Forjobbk lks factkiirs.) Kant parrex, kant ilia.

3 Aussi l’obéissance de ces cousins n'est-elle pas sans Proverbe gallois : Deux Welcln s ne resteront pas eu indépendance et sans fierté. Un proverbe celtique dit : j bon accord.

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