‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 28 sur 398 · MICIEIKT. I · texte numérisé non relu

MICIEIKT. I

HISTOIRE DK FRANCE.

fuse à s'agréger , à se perdre humblement dans la catholicité européenne. Les euldées d'Irlande et d'Écossc , mariés , indépendants sous 1a règle même, réunis douze à douze en petits clans ecclesiastiques *. doivent céder à l'influence des moines anglo-saxons, disciplinés par les missions romaines.

L'Église celtique périra comme l'Étal celtique a déjà péri. Ils avaient en effet essayé, quand les Romains sortirent de l'ile, de former une sorte de république*. Les Cambriens et les Locgricns (Galles cl Angleterre), s’unirent un instant sous le Loegrien Worligcrn, pour résister aux Pietés et Scots du Nord. Mais Worligcrn , mal secondé des Cambriens, fut obligé d’appeler les Saxons, qui, d’auxiliaires , devinrent bientôt ennemis. La Locgric conquise, laCamhric résista sous le fameux Arthur. Elle lutta deux cents ans. Les Saxons eux -memes devaient être soumis en une seule bataille par Guillaume le Bâtard; tant la race germanique est moins propre à la résistance! Les Francs, établis dans la Gaule, ontdcmômectcsubjugués.transformésdès la ; seconde génération, par l'influence ecclésiastique.

Les Cambriens ont résisté deux cents ans par les

1 Voy. le livre suivant.

3 Suivant Gildas, p. 8, les Saxons avaient une prophétie selon laquelle ils devaient ravager la Bretagne cent cinquante aus, et la posséder cent cinquante (Interpolation cambrienne?).

A serpent with ehains Towering sud plundcring With armed vring*

Front Germania...

— Talicsin, p. 91, et apud Turner, I, p. 312.-

Nous rapporterons aussi la fameuse prophétie de I Jlyrdhyn , d'après Geoffroy de Wonmmilh, qui nous a transmis les traditions religieuses «le la Bretagne, renfermées autrefois dans les livres d'exaltation , comme j disaient les Latins (libri cxaltattonii) :

« Worligera étant assis sur la rive d'un lac épuisé, «leux dragons en sortirent, l’un blanc et l’autre rouge.» Le rouge chasse le blanc; le roi dcmamfc à Xyrdhyn ce «(uecela signifie?... Myrdbyn pleure; le blanc c'est le Breton , le rouge c'est le Saxon... — « Le sanglier de Cornouaille foulera leurs cols sous ses pieds. Les îles de l'Océan lui seront soumises, et il possédera les ravins des Gaules. Il sera célèbre dans la bouche des peuples, et scs actions seront la nourriture de ceux qui les diront. Viendra le lion de la justice; i son rugissement trembleront les tours desGuulcs et les dragonsdes îles. Viendra le bouc aux cornes d’or, à la barbe d’argent. Le souille de ses narines sera si fort, qu’il couvrira «le vapeurs too|c la surface de l’ile. Les femmes auront la démarché «les serpents, et tous leurs pas seront remplis d'orgueil. Les flammes du bûcher se changeront en cygnes qui nageront sur la terre comme dans un fleuve, j Le cerf aux dix rameaux portera quatre diailcmes d'or. j

armes, et plus de mille ans par l'espérance. L’indomptable espérance (inconquerable will. Milton) a été le génie de ces peuples. Les Saoson (Saxons , Anglais, dans les langues d'Ecosse et de Galles) croient qu'Arthur est mort; ils se trompent. Arthur vit et attend. Des pèlerins l’ont trouvé en Sicile, enchanté sous l'Etna1. Le sage des sages, le druide Myrdhyn est aussi quelque part. Il dort sous une pierre dans la forêt; c'est la faute de sa Yyvyan; elle voulut éprouver sa puissance, cl demanda au sage le mot fatal qui pouvait l'enchaîner; lui qui savait tout, n'ignorait pas lion plus l'usage qu'elle devait en faire. 11 le lui dit pourtant, et, pour lui complaire, se coucha de lui-même dans son tombeau 4.

F.n attendant le jour de sa résurrection, elle chante et pleure, celte grande race 5. Ses chants sont pleins de larmes, connue ceux des Juifs aux fleuves de Babyloue. Le peu de fragments ossianiques qui sont réellement antiques portent ce caractère «le mélancolie. Nos Bretons, moins malheureux, sont, dans leur langage, pleins de paroles tristes ; ils sympathisent avec la nuit, avec la mort :

Les six autres rameaux seront changés en cornes de bouviers, qui ébranleront, par un bruit inofii.lcs trois îles de Bretagne. La forêt en frémira , et elle s'écriera par une voix humaine : « Arrive, Cambrie, ceins Cornouaille à tou eûte, et dis à Guintonlii : La terre t'engloutira. •

Ce qui précède est emprunté h la traduction qu'en a donnée M. Edg. Quinet dans son Rapport sur les épopées françaises «lu douzième siècle. Voici la suite :

« Alors il y aura massacre des etrangers. Les fontaiucs de l'Armorique bondiront, la Cambrie sera remplie de joie, les chênes de Cornouaille verdiront. Les pierres parleront; le détroit des Gaules sera resserré... Trois «ouf* seront couvés dans le uid , d’où sortiront renard, ours et loup. Surviendra le géant de l'iniquité, dont le regard glacera le monde d'effroi. •

Galfrid. Moncmulensis, I. IV.

3 Gervasius Tdburiensis, de Otiis imperialibus, apud Script, rer. brunswic., p. 721. — Thierry, Conquête de l’Angleterre, 2* éd., t. IV, p. 25.

4 C'est l’histoire d'Adam et Eve, de Samsou et Dalila, «l'Hercule et Omphalv ; mais la légende celtique est la plus touchante.

3 Voici la plus populaire des chansons galloises . elle est mêlée d'anglais cl «le gallois.

Doux e»l le chant du joyeux hante , 1

Ar hyd y Xâ$ ( toute la nuit ) ;

Doux le repo» de» pasteur* fatigués,

Ar hfd y .V«J# ;

Et pour le» co-ur» oppressé» de chagrin

Obligea d'emprunter lu masque «le la joie,

Il y a trêve jusqu'au matin,

Ar hyd y ,\A$.

'Canthro-Rrilon, novembre 1819.

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