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L’ORDRE DU TEMPLE

Restait une triste partie de la succession do Temple, la plus embarrassante. Je parle des pri—

; sonniers que le roi gardait à Paris, particulièrement du grand maître. Écoutons, sur ce tragique événement, le récit de l'historien anonyme, du continuateur de Guillaume de Nangis :

« Le grand maître du ci-devant ordre du Temple cl trois autres templiers, le visilalcur de France, les maîtres de Normandie et d'Aquitaine, sur lesquels le pape s’était réservé des prononcer définitivement •, comparurent par-devant l’archevêque de Sens, et une assemblée d’autres prélats efdocteurs en droit divin et en droit canon . convoqués spé- 1 cialcmcnt dans ce but à Paris sur l’ordre du pape, j par l’évèque d’Vlhann et doux autres cardinaux légats. Gomme les quatre susdits avouaient les crimes dont ils étaient chargés, publiquement et solennellement , cl qu’ils persévéraient dans cet ! aveu cl paraissaient vouloir y persévérer jusqu’à ; la fin, après mûre délibération du conseil, sur la j plate du |>arvis de Noire-Dame, le lundi après la | Saint-Grégoire, ils furent condamnés à être empri- ! sonnes pour toujours cl murés. Mais comme les cardinaux croyaient avoir mis fin à l’affaire, voilà que tout à coup, sans qu’on pût s’y attendre, deux des condamnes, le maître d’Oulre-mcr cl le maître de Normandie, sc défendant opiniâtrement contre , le cardinal qui venait de parler et contre l’archevêque de Sens, en reviennent à renier leur confession et tous leurs aveux précédents, sans garder de mesure, nu grand étonnement de tous. Les cardinaux les remirent au prévôt de Paris qui se trouvait présent, pour les garder jusqu’à ce qu’ils en eussent plus pleinement délibéré le lendemain. Mais dès que le bruit en vint aux oreilles du roi, qui était alors dans son palais royal, ayant commutes pages qui ont été raturées très-adroitement. Raynouarrl. p. 90.

* Cependant en Aragon, Jean XXII, k la prière du roi, applique les biens du Temple non aux hospitaliers, mais au nouvel ordre de Monteza (monastère

| fortifié du royaume «le Valence, dépendance de Calatrava).

* Per eapfionem honorum qoondàm ordinis templi jara miserunt pet omnes domos ipsius Hospitalis certos executores qui vendant et distrahunt pro libito hona Hospilnlis... Lettre de Jean XXII, XV kal. jun. 1316. Rayn., 55.

* Modirn bona mobilia... qam ad sumptus et expensas... sulfieere minimè pntnerunt. Avignon. 3. non. mai 1309. Cependant le roi de Naples Charles II lui avait cédé la moitié des meubles que 1rs templiers possédaient en Provence. Grouvellc. p. 214.

6 ... Prrsonas rrservatas ut nôsti,... viv* vocis oraculo... 1310, 14 kal. nov. Archives, J. 417. n® 20.

niqué avec les siens , aatt» appeler le» clerc», par un avis prudent, vers le soir du meme jour, il les fit brûler tous deux sur le même bûcher dans une petite Ile de la Seine , entre le Jardin royal et l'Église des Frères Ermites de saint Augustin. Ils parurent soutenir les flammes avec tant de fermeté et de résolution , que la constance de leur mort et leurs dénégations finales frappèrent la multitude d'admiration et de stupeur. I*es deux autres furent enfermés comme le porta it leur sentence *. »

Celle exécution, à l’insu des juges, fut évidemment un àssassinat. Le roi, qui, en 1310 , avait au moins réuni un concile pour faire périr les cinquante-quatre, dédaigna ici toute apparence de droit et n’employa que la force. Il n’avait pas même ici l’excuse du danger , la raison d’Élal , celle du Salut populi qu’il inscrivait sur ses monnaies *. Non, il considéra la dénégation du grand maître comme un outrage personnel, une insulte à la royauté , tant compromise dans celle affaire. Il le frappa sans doute comme reum lœtat Maje»taliss.

Maintenant comment expliqueras variations du

1 Cont. 6. de Nangis, p. 67. 11 noua reste encore un acte authentique où celte exécution sc trouve indirectement constatée, dans un registre du parlement de l'année 1313 : Cûm nuper Parisius in insulà existeute in tluvio Scquauze juxtà pointant j a rd i ni i nostri , inter dictum jardinium nottrum ex uni parte dicti fluvii, et domum religiosorum virorum ordinis 8. Augustini Parisiuc ex alterà parte dicti fluvii , csecuiio facta fuerit de duobut ho minibus qui quondàm templarii crtiterunt, in insuld par dut ù combattit ; et abhas et conventus S. Germani de Pratis Parisius , dicentes se esse in saisiui habendi ontnimodam allant et bassam juslitiam in insulâ praedietê... Nos nolumns... qu6d juri pracdictorum... pnrjudicium aliquod generetur. 01 im Parliam. III, folio cxlvi, 13 mars 1313 (1314).

* Il y a des monnaies de Philippe le Bel qui représentent la salutation angélique, avec cette légende : Salus populi.

* Comment qualifier les étranges paroles de Dupuy : • Les grands princes ont je ne scay quel malheur qui accompagne leurs plus belles et généreuses actions , qu'elles sont le plus souvent tirées à contre-sens, et prises en mauvaise part, par ceux qui ignorent l'origine des choses , et qui se sont trouvés intéressés dans les partis, puissants ennemis de la vérité, en leur donnant des motifs et des fins vitieuses, au lieu que le zèle à la vertu y prend d'ordinaire la meilleure part. « Dupuy, p. 1.

4 Ce reniement fait penser au mot plus sérieux qu'il ne semble : Offrez à Dieu votre incrédulité. — l oyes plus haut , I. III, p. 180 et suiv., 192 ; I. IV, p. 862, les cérémonies grotesques et la fêle des idiots, fatuorum : u Le peuple élevait la voix... il entrait , innombrable, tumultueux , par tons les vomitoires de la cathédrale, avec s» grande voix confuse, géant enfant , comme le

! grand maître et sa dénégation finale? Ne semhkj t-il pas que, par fidélité chevaleresque, par orgueil | militaire , il ait couvert à tout prix l'honneur de l’ordre? que la tuperhe du Temple se soit réveillée au dernier moment; que le vieux chevalier laisse sur la brèche comme dernier défenseur, ait voulu, au péril de son âme , rendre à jamais impossible le jugement de l’avenir sur cette obscure question ?

On peut dire aussi que les crimes reprochés à I l'ordre élaienl particuliers à telle province du Temple , à telle maison , que l'ordre en était innocent; que Jacques Molay, après avoir avoué comme ! homme, et par humilité, put nier comme grand i maître.

Mais il y a autre chose à dire. Le principal chef ! d’accusation , le reniement 4 , reposait sur une ! équivoque. Ils pouvaient avouer qu’ilsavaient renié,

I sans être en effet apostats. Le reniement, plusieurs I le déclarèrent , était symbolique ; c'était une imij talion du reniement de saint Pierre, une de ces pieuses comédies dont l'Église antique entourait les actes les plus sérieux de la religion \ mais dont

saint Christophe de la légende, brut, ignorant, pas- I sionnê, mais docile, implorant l'initiation, demandant à porter le Christ sur ses épaules colossales. Il entrait, amenant dans l'église le hideux dragon du péché, il le traînait, soûlé de victuailles, aux pieds du Sauveur, sous le coup de la prière qui doit l'immoler. Quelquefois aussi , reconnaissant que la bestialité était en luiméme, il exposait dans des extravagances symboliques sa misère , son infirmité. C'est ce qu'on appelait la fête des idiots, fatuorum. Cette imitatiou de l'orgie païenue, tolérée par le christianisme. comme l'adieu de l'homme * la sensualité qu'il abjurait , se reproduisait aux fêtes de l'enfance du Christ, à la Circoncision, aux Rois, aux Saints-Innocents. •

Dans toute initiation, le récipiendaire est présenté comme un vaurien, afin que l'initiation ait tout l'honneur de sa régénération morale. Voyez Vinitiotion des lonntliert allemands (notes de l'Introduction i l’histoire universelle, p. 35) : • Tout à l’heure, dit le parrain de l'apprenti, je vous amenais une peau d« chirrr , un meurtrier de cerceau z , uu gèle- bois, un batteur de pavés, traître aux maîtres et aux compagnons;

, maintenant j'espère... • etc.

* Un des témoins dépose que comme il se refusait i renier Dieu et à cracher sur la croix , Raynaud de Brignollea, qui le recevait, lui dite» riant : Sois tranquille, ce n’est qu'une farce. Non cures , quia uon est uisi qu«dam trnfa (Rayn., p. 303). Le précepteur d'Aquitaine, dans son importante déposition que nous transcrirons en partie, nous a conservé, avec le récit d’une cérémonie de ce genre , une tradition sur son origine :

Celui qui le recevait, l'ayant revêtu du manteau de l'ordre , lui montra sur un missel un crucifix et lui dit d'abjurer le Christ attaché en croix. El lui tout effrayé I le refusa s'écriant : Hélas ! mon Dieu , pourquoi le

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