‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 274 sur 398 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l’aRGLETEBXE. PHILIPPE DE VALOIS. 1339-15*9.

Cette mémorable époque , qui met l'Angleterre si bas et la France d’aulaot plus haut, présente néanmoins dans les deux pays deux événements analogues. En Angleterre, les barons ont renverse Édouard II. En France, le parti féodal met sur le trône la branche féodale des Valois.

Lejeune roi d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, après avoir d’abord réclamé, vient faire hommage à Amiens. Mais l'Angleterre humiliée n’en a pas moins en elle les éléments de succès qui vont bientôt la faire prévaloir sur la France. Le nouveau gouvernement anglais, intime- j ment lié avec la Flandre, appelle à lui les étrangers.

11 renouvelle la charte commerciale qu'Édouard 1er avait accordée aux marchands de toute nation. La France, au contraire, ne peut prendre part au mouvement nouveau du commerce. Un mot sur cette grande révolution. Elle explique seule les événements qui vont suivre. Le secret des batailles de Créci, de Poitiers est au comptoir des marchands de Londres, de Bordeaux et de Bruges.

En 1291 , la terre sainte est perdue, l’Age des

1 Comme Christophe Colomb , il eut ses contradicteurs. Mais le retour de Colomb mit fin à tous les doutes : ils commencèrent au retour de Paolo. Son traducteur latin en appelle au témoignage du père et de l’oncle de Paolo , compagnons de son voyage.

* Marco Paolo, captif à Gènes , dictait aux compatriotes de Christophe Colomb, le livre qui inspira À ce dernier sa grande entreprise.

• « Livre de* eecrel* de i fidèle » de la Croix . Au nom de Notre-Scigncur Jésus -Christ, Amen. En l'an 1321, j’ai été introduit auprès de notre seigneur le pape et lui ai présenté deux livres sur le recouvrement de la terre sainte, et le salut des fidèles; l'un était couvert en rouge, l’autre en jaune. En même temps j’ai mis sous ses yeux quatre cartes géographiques, l’une de la mer Méditerranée, l’autre de la terre et de la mer, la troisième de la terre sainte, la quatrième de l’Égypte. » A

la suite de Bongars. Gcsta Dei per Francos.

croisades fini. En 1298, le Vénitien Marco Paolo, le Christophe Colomb de l'Asie 1 * * , dicte la relation d'un voyage, d’un séjour de vingt ans à la Chine et au Japon *. Pour la première fois , on apprend qu’à douze mois de marche au delà de Jérusalem, il y a des royaumes, des nations policées. Jérusalem n'est plus le centre du monde , ni celui de la pensée humaine. L’Europe perd la terre sainte; mais elle voit la terre.

Eu 1521, parait le premier ouvrage d’économie politique et commerciale : Sécréta fulelium crucis *, parle Vénitien Sanuto.— Vieux titre, pensée nouvelle. L'auteur propose contre l'Égypte , non pas une croisade, mais plutôt un blocus commercial et maritime. Ce livre est bizarre dans la forme. Le passage des idées religieuses à celles du commerce s’accomplit gauchement. Le Vénitien, qui peutêtre ne veut que rendre à Venise ce qu'elle a perdu par le retour des Grecs à Constantinople, donne d’abord tous les textes sacrés qui recommandent au bon chrétien la conquête de Jérusalem ; puis le catalogue raisonné des épices dont la terre sainte est l’entrepôt : poivre, encens, gingembre4; il qualifie les denrées cl les cote article par article. Il calcule avec une précision admirable les frais de transport, etc. *.

4 S’il partage aon livre en trois parties en l’honneur de la sainteTrinité, la raison qu’il en donne c’est qu’il y a trois choses principales pour le rétablissement de la santé du corps , le sirop préparatoire, U médecine et le bon régime : « Partitur autem totale opus ad honorent Sanctie Trinitatis in très libros. Nam sicut infirmant! corpori... tria impertiri curamus : primo synipum ad praeviam dispositionem... secundo congru a m medirinam quæ morbum cxpcllat... tertiô ad conservandam sanitatem dehitum vit.-e regimen... Sic conformitcr continct liber primus dispositionem quasi syrupum, etc. Sécréta fidelium crucis, apud Bongars, p. 0.

4 11 montre la supériorité de la route d'Égypte sur celle de Syrie. Puis il propose contre le soudait d’Égypte, non pas une croisade, mais un simple blocus. Dix galères suffiront. Il fixe avec une prévoyance toute moderne ce qu’il faut d'hommes, d'argent, de vivres. La

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