PHILIPPE DE VALOIS. 1328-1319. 4ÔS
par un ignoble procès; le château royal fut bientôt un greffe, où l’on comparait des écritures et jugeait des faux. Le procès n’ailail pas à moins qu’à perdre et déshonorer un des grands barons, un prince du > sang, celui même qui avait le plus contribué à l'élévation de Philippe, son cousin, son beau-frère,
! Robert d'Artois. On vil en ce procès ce qu’il y avait de plus humiliant pour 1rs grands seigneurs , un des leurs faussaire et sorcier. Ces deux crimes appartiennent proprement à ce siècle. Mais il manquait jusque-là de les trouver dans un chevalier,
! dans un homme de ce rang.
Robert sc plaignait depuis vingt-six ans d'avoir été supplanté dans la possession de l'Artois par , Mahaut, sieur cadette de son père, femme du comte de Bourgogne. Philippe le Bel avait soutenu Mahaut et les deux filles de Mahaut, qu'avaient épousées ses fils avec cette dot magnifique de l'Artois et de la Franche-Comté3. A la mort de Louis Hulin , Robert, profitant de la réaction féodale, sc jeta sur ! l'Artois. Mais il fallut qu’il lâchât prise. Philippe | le Long marchait contre lui. II attendit donc que i tous les fils de Philippe le Bel fussent morts, qu’un fils de Charles de Valois parvint au trône. Personne ii’cul plus de part que Robert à ce dernier événement 4 5. Philippe de Valois, en reconnaissance, lui confia le commandement de l’avant-garde dans la campagne de Flandre, et donna le titre de pairie à son comté de Beaumont. Il avait épousé la sœur du roi , Jeanne de Valois ; celle-ci ne se contentait pas d'étre comtesse de Beaumont : elle espérait que son frère rendrait l’Artois à son mari. Elle disait que le roi ferait justice à Robert, s’il pouvait j produire quelque pièce nouvelle, quelque petite qu'elle fût s.
La comtesse Mahaut, avertie du dauger , s'em- , pressa de veuir à Paris ; mais elle y mourut pres- 1 que en arrivant. Scs droits passaient à sa fille, veuve de Philippe le Long. Elle mourut trois mois après sa inère fi. Robert n’avait plus d'adversaire que i le duc de Bourgogne, epoux de Jeanne, fille de
parlement, déboutait pour toujours Robert et tes successeurs «le leurs prétentions, et ordonnait « Que ledit Robert amasl ladite comtesse comme sa chière tante, et ladite comtesse ledit Robert comme son bon nepveu.» Chroii., ch. 67, p. 131. Mém. Ac. Insc., X, 579, sqq.
* L'ancienne chronique de Flaudro allait même jusqu'à lui eu donner tout l'honneur : • Et n'estoicnl mie les barons d'accord de faire L* roy, mais toutefois par le pourebas de messireRobert d'Artois fut tant la chose démenée, que mrssire Philippe... fut élu à roy de France. Id., ibid., 593.
5 Que se il li en peut monslrer lettre, ja si petite ne sera, que il li délivrera la Comté. Ibid., 600.
* Le bruit commun était que Mahaut avait été
Philippe le Long cl pclite-fille de Mahaut. Le duc était lui -même frère de la femme du roi. Le roi l'admit à la jouissance du cumlé, mais eu même temps il réservait à Robert le droit de proposer ses raisons *.
Ni les pièces, ni les témoins, ne manquèrent à Robert. La comtesse Mahaul avait eu pour principal conseiller l'évéque d’Arras. L'évéquc étant mort , et laissant beaucoup de biens , la comtesse poursuivit en restitution la maîtresse de l’évéque, une certaine dame Divion, femme d'un chevalier2. Celle-ci s'enfuit à Paris avec son mari. Elle y était i à peine, que Jeanne de Valois, qui savait qu’elle avait tous les secrets de l’évéque d’Arras , la pressa de livrer les papiers qu’elle pouvait avoir gardés ; la Divion prétendit même que la princesse la menaçait de la faire noyer ou brûler 8. La Divion j n'avait point de pièces; elle eu lit : d’abord une lettre de l’évéque d’Arras où il demandait pardon ; à Robert d’Artois d'avoir soustrait les titres. Puis
e«Aer4re. Quant à Jeanne, sa fille : « Si fut une nuit avec ses dames en son déduit, et leur prit talent de boire clarey, et clic avoit un bnutciller qu’on appeloit Duppiu, qui a voit esté avec la comtesse sa mère... Tantost que la rnyne fut eu son lict , si luy prit la maladie de la mort, cl assez tost rendit sou esprit , et lui coula le venin par les yeux , par la bouche , par le nez , et par Ica oreilles, cl devint sou corps tout tache de blanc et de noir. Mém. Ac. lnsc., X, p. 005.
1 • Sur ce qu'il lui a esté donné à entendre , que au traiclé de mariage de Philippe d'Artois avec Blanche de Bretagne... duquel traicle forent faites deux paires de lettres tatlifliecs par Philippe le Bel... et furent enregistrées en uostre Cour ès registre, lesquelles lettres, depuis le dreeds dudit conte, ont esté fortraites par notre chièrc cousine Mahault d’Artois. 1339, ibtd. I
3 Quædam millier nohilis et formula , quac fucrat M. Tbcodorici concubins. Gest. episc. Leod., p. 408.
5 Elle l’en menaçait même au nom du roi. « J’ai voulu vous excuser, disait-elle, en luy représentant que vous n’aviez nulle desdites lettres, et il m’a répondu qu’il vous feroit ardoir si vous ne l'en baillez. • Mém. Àc. lnsc., X, p. 000.
4 La Divion avait été envoyée tout exprès en Artois pour se procurer le sceau du comte. Elle parvint apres quelque recherche b en trouver un entre les mains d'Ourson le Borgne dit le beau Parisis. Il en voulait trois cents livres. Comme elle ne les avait pas , elle offrit d’abord en gage un cheval noir sur lequel son mari avait joule à Arras. Ourson refusa; alors, autorisée de sou mari elle déposa des joyaux , savoir deux couronnes , trois chapeaux , deux affiches , deux anneaux , le fout d’or et prisé sept cent vingt-quatre livres parisis. Ibid., GO9-GI0. — Ensuite elle prit un scel à une lettre qui esloil scellée dudit évêque Thierry, et par harat engigneur, Posta de celte lettre vieille et
une charle de l’aïeul Robert, qui assurait l’Arlois à son père. Ces pièces et d’autres à l’appui furent fabriquées à la hâte par un clerc de la Divion, et elle y plaqua de vieux sceaux 4. Elle avait eu soin d’envoyer demander à l’abbaye de Saint- Denis quels étaient les pairs à l’époque des actes supposés 4. A cela près, ou ne prit pas de grandes précautions. Les pièces qui existent encore au Trésor des Charles , sont visiblement fausses *. A cette époque de calligraphie, les actes importants étaient écrits avec un tout autre soin 7.
Robert produisait à l’appui de ces pièces cinquante-cinq témoins. Plusieurs allirinaicnt qu’Enguerraud de Marigni, allant à la potence, et déjà dans la charrette, avait avoué sa complicité avec l’évéque d’Arras dans la soustraction des litres *.
Robert soutint mal ce roman. Sommé par le procureur du roi, cil présence du roi même, de déclarer s’il comptait faire usage de ces pièces équivoques, il dit oui d’abord, cl puis non 9. La Divion
le plaça à la nouvelle. Et h ce faire furent présena Jeanne et Marie, racscbines (servantes ) de ladite Divion , laquelle Marie tenoit la chandelle, et Jehanne li aidoit. Ibid., 598. Déposition de Martin de Nuesport. I.n Divion déclara qu’elle assista seule avec la dame de Beaumont et Jeanne à l'application des sceaux • et n’y «voit à faire que clics trois tant seulement. • Ibid., p. 011.
4 De plus • pour ce que le roy Philippe avoit accoostumé de faire ses lettres en latin , « on avait demande à un ehapelaiu Thibaulx, de Meaux, de donner en cette langue le commencement et la fiu d’une lettre de confirmation qui devait, disait-on, servir au mariage de Jean d’Artois avec la demoiselle de Leuze. Ibid., G 12.
4 Archives, Section hist.. J. 439.
7 La Divion semble pourtant attacher grande importance à son oeuvre; elle faisait passer les pièces, à mesure qu’elle les fabriquait , à Robert d’Artois. « Disant teles paroles : Sire, vécs ci copie des lettres que nous avons, gardez si elle est bonne; et il respoudoit : Si je l’avoic de celle fourme, il me sufliroit. » Elle voulut même les soumettre d’abord à des experts. Mém. Ac. lnsc., X, ib.
8 Archives, Sect. hist., J, 459, n« 3. — Ils avaient eu soin de ménager b ces témoignages un commencement de preuve par écrit , dans la fausse lettre de l’évéque d'Arras : • Desquelles lettres jou en «y une, et les autres ou traictic du mariage madame la royne Jehanne furent par un de nos grands seigneurs gettées au feu... Mém. Ac. lnsc., X, p. 597.
* ... «Et jura au roy, mains levées vers les saints, que un homme vestu de uoir aussi comme l'archevcsque de Rouen, il avoit baillé lesdites lettres de confirmation. o Cet homme vêtu de noir était son confesseur; Robert les lui avait dounêcs, puis les avait reçues de ses mains ; moyennant quoi il jurait en toute sûreté de conscience, Ibid., p. 010.