LIVRE VI. - L'ANGLETERRE. PHILIPPE DE VALOIS
avoua tout, ainsi que les témoins '. Ces aveux sont | extrêmement naïfs cl détaillés. Elle dit entre autres | choses qu'elle alla au palais de justice pour savoir ! si l’on pouvait contrefaire les sceaux, que la charte qui fournil les sceaux fut achetée cent écus à un bourgeois ; que les pièces furent écrites en son hôtel, place Baudoyer, par un clerc qui avait grand'peur, et qui, pour déguiser sou écriture , se servit d'une plume d'airain , etc. 3. La malheureuse cul i beau dire qu'elle avait été forcée par madame Jeanne de Valois, elle n’en fui pas moins brûlée, I au marché aux pourceaux, près la porte Saint- : Honoré*. Robert, qui était accusé en outre d'avoir
1 Jacque Roudellc convint qu'on lui avait dit, que | s'il déposait u ce luy vaudrait un voyage à Saint-Jacques en Galice. « Gérard de Juvigny, « qu'il «voit rendu faux témoignage k la requeste dudit Monsieur Robert , qui venoit chiez luy si souvent , qu'il en estoil lout ennuyé... » Mém. Ac. Insc., X, 509.
3 Déposition de la Divion :.. Item elle confesse que Prot sondil clerc , de son commandement , escript toutes lesdites fausses lettres de sa main, et escript celle ou penl le accl de ladite feu comtesse o une penne \ d’airain , pour sa main desguizier... Item elle dit que j mons. Robert assez tost après en envoya ledit Prot elle ne scct où, en quel lieu, ne en quel part, que elle avoit j dit k mons. Robert , Sire , je ne say que nous faciens de cest clerc, je me doubt trop de sa contenance , car il | est si paoureus que cest merveille et que à chacune chose que il oyoit la nuit, il dit : Ay ma damoiselle , Ay Jehamie, Ay Jehannc, les sergens me viennent querre , en soy efireant et disant , Je en ay trop grant paour. Et à moy mrsmes a il dit plusieurs fois , lout de jours, de la grant paour qu'il eu avoit, que se il est | pris et mis en prison, il dira tout sans riens espar- | gnier. Et dit que ledit mons. Robert li respondoit, i Nous nous euchevirons bien. Mes elle ne scct ou il est, fors que elle croit que il est en aucuns des hébergemens «les terouerc audit mons. Robert. (Archives, Srclion hist., J, 440, n° 1 1 ). Item elle dit que par trop de fois ladite dame Marie sageuouilla devant elle, en li priant, en ploranl et adjointes mains, par telx moi, Pour dieux , damoiselle , faites tant que Monseigneur aie ces lettres que vous savez , qui li ont métier pour son droit dou comte dArtoys , et je say bien que vous , le ferez bien se il vous plaist, car ce soit grant mes- ! chief sil es toit déshérité par defTaut de lettres , il ne li faut que trop pou de lettre. Le ray a dit k Madame que sil li en puet montrer letre, ja si petite ne fet, que il délivrera la conté , et pour Dieu peusez en et en mettez Monseigneur et Madame hors de la mcsaisc ou il en sont. Car il sont en si grant tristesse qu’il n’en purent boire, mengicr, dormir ne reposer nuit ne jour. Archives, Section List., J, 440, n« 11.
* Jeannette sa servante y subit quatre ans après le même supplice. Quant aux faux témoins, les principaux furent attachés au pilori, vêtus de chemises toutes parsemées de langues rouge*. Archives, ibid., n* 45.
empoisonné Maliaul et sa fille, n'attendit pas le jugement 4. Il se sauva à Bruxelles*, puis à Londres près du roi d'Angleterre. Sa femme , sœur du roi , fut comme réléguée en Normandie. Sa sœur, comtesse de Foix , fut accusée d'impudicité, cl Gaston , son lils , autorisé à l'enfermer au château d’Orlhei. Le roi croyait avoir tout à craindre de celle famille. Robert en effet avait envoyé des assassins pour tuer le duc de Bourgogne , le chancelier, le grand trésorier et quelques autres de ses ennemis *. Contre l'assassinat du moins on pouvait sc garder; mais que faire contre la sorcellerie? Robert essayait il'encoûter la reine et son fils 7.
4 Mcra. de l'Acail., X, 016-G21.
* ... Il resta assez longtemps eu Brabant ; le duc lui avait conseillé de quitter Bruxelles pour Louvaiu, et avait promis dans le contrat de mariage de son fils avec Marie de Franco, que Robert sortirait de ses États. Cependant il se tint encore quelque temps sur ces frontières, allant «le château en château; « et bien le savoit le duc de Brabant. » L’avoué de Huy lui avait donné son cbapclain , frère Henri, pour le guider et * aller a ses besognes en ce sauvage pays. *• Réfugié au château d’Argenteau , et forcé d’en sortir • pour la ribauderie de son valet, » il se dirigea vers Namur, et dut parlementer longtemps pour y cire reçu ; il lui fallut attendre dans une pauvre maison , que le comte , son cousin , fût parti pour aller rejoindre le roi de Bohême. Ibid., 631-033.
6 • Les assassins vinrent jusqu'à Reims, ou ils cuidoient trouver le comte de Bar a une feate qu’il y devoit tenir pour dames; » mais on riait sur leurs traces, ils «lurent revenir; ce coup manqué, Robert d’Artois se décida à venir lui-même en France. Il y passa quinze jours, et revint convaincu par les insinuations de sa femme que tout Paris serait pour lui, s'il tuait le roi. Ibid., 025 0.
7 Entre la Saint- Remy et la Toussaint de la même année 1355, frère Henry fut mandé par Robert, qui, oprès beaucoup de caresses, débuta par luy faire derechef une fausse confidence , et luy dit que ses amis luy avoient envoyé de France un volt ou voust, que la Reine avait fait contre luy. Frère Henry luy dt'maudn •Que est ce que voust ? — C'est une image de cire, répondit Robert , que l’en fait pour baptiser, pour grever ceux que l'on wclt grever. L'en uc les appelle pas en ces pays voulz , répliqua le moine , l'en les appelle manies. » Robert ne soutint pas longtemps cette inqiosturc : il avoua à frère Henry que ce qu'il venoit de luy dire de la Reine n'rsloit pas vray , mais qu'il avoit un secret important k luy communiquer; qu’il ne le lui dirait qu’après qu’il aurait juré qu’il le prenoit sous le sceau de la confession. La moine jura , • la maiu mise au piz.» Alors Robert ouvrit un petit escrin, et en tira » une image de cire enveloppée en un quevre-cliief crcspé, laquelle image estoit à la semblance d'une figure «l'un jueunc homme, et estoit bien de la longueur «l'un pied et demi ,cc li semble, et si le vit bien clercrornl
Cet acharnement du roi à poursuivre l'un des premiers barons du royaume, à le couvrir d'une honte qui rejaillissait sur tous les seigneurs, était de nature à affaiblir leurs bonnes dispositions pour le fils de Charles de Valois. Les bourgeois , les marchands, devaient être encore bien plus mécontents. Le roi avait ordonné à scs baillis de taxer dans les marchés les denrées et les salaires , de manière à les faire baisser de moitié. Il voulait ainsi payer toutes choses à moitié prix , tandis qu'il doublait l'impôt, refusant de rien recevoir autrement qu'en forte monnaie
L’un des sujets du roi de France, et celui peut- I être qui souffrait le plus, c’était le pape. Le roi le ! traitait moi ns en sujclqu'en esclave. Il avait menacé Jean XXII de le faire poursuivre comme hérétique f par Funiversilé de Paris. Sa conduite à l'égard de l'Empereur était singulièrement machiavélique; tout en négociant avec lui, il forçait le pape de lui faire une guerre de bulles; il aurait voulu se faire lui-même Empereur. Reiiotl XII avoua eu pleurant aux ambassadeurs impériaux, que le roi de France l’avait menacé de le traiter plus mal que ne l’avait , été Boni fa Ce VIII 3, s'il absolvait l'Empereur. Le ' même pape se défendit avec peine contre une nouvelle demande de Philippe, qui eût assuré sa toutepuissance et raidissement de la papauté. Il voulait que le pape lui donnât pour trois ans la disposition de tous les bénéfices de France, et pour dix le droit de lever les décimes de la croisade par toute la chrétienté3. Devenu collecteur de ccl impôt ,
par le quevre-chicf qui csloil moult déliez, et avoit entour le chief semblante de cheveux aussi comme un ; jeune homme qui porte chief. « Le moine voulut y tou- 1 cher. ■ N'y touchiez, frère Ucnry, luy dit Robert, il est tout fait , iccsluy est tout baptisiez, l’en le m'a envoyé de France tout fait et tout baptisiê; il n’y faut riens à cestuy, et est fait contre Jehan de France et en son nom, et pour le grever : ce vous dis-je bien en confession , mais je en vouldroye avoir un autre que je vouldroye que il Ait baptisiê. Et pour qui est-ce , dit frère Henry ? — C’est contre une dyablesse. dit Robert, c’est contre la royne , non pas roync , c'est une dyablcsse ; ja tant comme elle vive , elle ne fera bien ne ne j fera que moy grever, ne ja que elle vive je n'auray ma paix , mais se clic estoit morte et son fds mort , je aui oie ma paix tantos au roy , quar de luy ferois-je tout . ce qu'il me plairoit, je ne m'en double mie, si vous prie que vous le me baptisiez, quar il est tout fait, il n'y faut que le baptesrae , je ay tout prest les parrains et les maraines et quant que il y a mrstier, fors de bap- i tisemeut... il n'y fault h faire fors aussi comme à un cufanl baptiser, et dire les nous qui y appartiennent. • Le moine refusa son ministère pour de pareilles operations, remoutraque c’estoit mal fait d'y avoir créance, | que cela ne convcuoit point » à si hnult homme comme I
universel , Philippe eût partout envoyé scs agents, ut peut-être enveloppé l'Europe dans le réseau de l'administration et de la fiscalité française.
Philippe de Valois , en quelques années , avait su mécontenter tout le monde . les seigneurs par l'affaire de Robert d’Artois, les bourgeois et marchands par son maximum et scs monnaies, le pape par ses menaces, la chrétienté entière par sa duplicité à l'égard de l'Empereur et par sa demande de lever dans tous les États les décimes de la croisade.
Tandis que cette grande puissance se minait ainsi elle- mémo, l’Angleterre se relevait. Le jeune Édouard 111 avait vengé son père, fait mourir Mortimer, enfermé sa rnére Isabeau. 11 avait accueilli Robert d’Artois , et refusait de le livrer. Il commençait à chicaner sur i'hommage qu'il avait rendu à la France. Les deux puissances sc firent d'abord la guerre eu Écosse. Philippe secourut les Écossais, qui n'en furent pas moins battus. Kn-Guienne, l'attaque fut plus directe. Le sénéchal du roi de France expulsa les Anglais des possessions contestées.
Mais le grand mouvement partit de la Flandre, de la ville de Garni. Les Flamands sc trouvaient alors sous un comte tout français, Louis de Ncvers, qui u'était comte que par la bataille de Casscl et l'humiliation de son pays. Louis ne vivait qu'à Paris, i\ la cour de Philippe de Valois. Sans consulter scs sujets, il ordonna que les Anglais fussent arrêtés dans toutes les villes de Flandre. Édouard fil arrêter
il estoit , vous le voulez faire sur le roy et sur la royne qui sont les personnes du monde qui plus vous peuvent ranimer h honneur. Monsieur Robert répondit: Je amcroic mieux estrangler le dyable que ledvable m’eslranglasl. • Mém. Ac., X, p. 027.
• Nov. 1550. Ord., II, p. 49, 30, 58.
3 In aurem nuutiis, quasi (lens conqurrebatur, qund ad principem esset inclinatus, et quod rex Francise sibi scripserit errtis titteris, si Bavarum sine ejus voluntate absolveret , pejora sibi fièrent , quara papas Bouifacio a suis pnedecessoribus esseut facta. Albertus Argent., p. 127.
5 11 attachait à son départ pour la croisade vingtsept conditions , entre autres le rétablissement du royaume d’Arles en faveur de son fils , la concession de la couronne d'Italie à Charles, comte d’Alençon , son frère; la libre disposition du fameux trésor de JeauXXlI. Il ajournaità trois ans son départ, et comme il pouvait survenir dans l’intervalle quelque obstacle qui le forçât à renoncer h son expédition ,1e droit d'en juger la validité devait cire remis à deux prélats de son royaume. Villani , I. X , c. 19G, p. 719 ; Sism., X, p. 09.
Apres bien de» négociations , le pape lui accorda pour six ans les décimes du royaume de Fraucc.