LIVRE VI. - L'ANGLETERRE. PHILIPPE DE VALOIS
les Flamands en Angleterre '. Le commerce, sans lequel les deux pays ne pouvaient vivre, se trouva rompu tout d’un coup.
Attaquer les Anglais par la Guicnnc et par la Flandre , c'était les blesser par leurs côtés les plus sensibles, leur ôter le drap cl le vin. Ils vendaient leurs laines à Rrugcs pour acheter du vin à Bordeaux. D’autre part, sans laine anglaise, les Flamands ne savaient que faire. Édouard, ayant défendu l’exportation des laines3, réduisit la Flandre au désespoir, et la força de se jeter dans ses bras*.
D’abord une foule d’ouvriers flamands passèrent en Angleterre. On les y attirail à tout prix4. Il n'y a sorte de flatterie, de caresse, qu’on n’emplovâl auprès d’eux. H est curieux de voir dès ce temps-là jusqu’où ce peuple si lier descend dans l’occasion, lorsque son intérêt le demande. » Leurs habits seront beaux, écrivaient les Anglais en Flandre, leurs compagnes de lit encore plus belles *. » Ces émigrations qui continuent pendant tout le quatorzième siècle , ont, je crois , modifié singulière-
1 Hais en même temps il écrivit au comte et aux bourgmestres des trois grandes villes pour se plaindre de cette violence. Oudcghcrst, c. 136, f. 362; Meyer, f. 136 ; ap. Sism., X, 103.
3 Statut urn fuit quod nulla lana crcscrus in Anglié excat , sed quod ex câ lièrent parmi in Angliâ. Walsingh., Hist. Angl.
* Vidisses tùm multos per Flandriam textorcs, fullones, ali&quc qui laniûcio vitam tolérant, aut inopià mendicantes , aut præ pudore et gravamine teris alicui solura vertentes. Meyer, p. 137.
4 Quod oraues operatores paunorum , undicunquc in Angiiam venientes reciperentur, et quod loca opportun» assignarentur cisdem , cum multis libertatibus et privilegiis, et quod haberent... — On leur rendait la nécessité d’émigrer plus pressante, non-seulement en leur refusant les laines, mais de plus en prohibant les produits de leur industrie... Item stalutum fuit quôd nullus uteretur pauno extra Angiiam operato. Walsingham, 1335, 1336. — Voy. Rymcr, passim, l'Hist. du commerce d’Anderson , etc.
8 Walsingham dit pourtant qu’on leur interdit pendant trois ans encore l’entrée de l’Angleterre, « üt sic retiinderclur superbia Flandritorum , qui plu* tacco* quant Angloa venerabantur. Anno 1337.
e Meyer, p. 125, anno 1322.
7 Mcrcatoribus S. Jnannis Angcliaci et Rupellæ dédit ut liceret illis... frequentare portum Flamlrensem apud Slusam adfcrentcs quascuroque mercaturas constituentesque stabilem sibi sedem vinorum suoruro in oppido Dummensi... cAquc in mercaturA orone monopolium prohibens. Meyer, p. 135.
* Et avoit adonc à Gand un homme qui avoit été brasseur de miel; celui étoit entré eu si grand fortune et en si grand grâce à tous les Flamands, que c’étoit tout fait et bien fait quant il vouloit deviser et coro-