‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 281 sur 398 · vir.nFi.rT · texte numérisé non relu

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ment le génie anglais. Avant qu’elles aient eu lieu, rien n’annonce dans les Anglais cette patience industrieuse que nous leur voyons aujourd'hui. Le roi de France , en s’efforçant de séparer la Flandre et l’Angleterre, ne fit autre chose que provoquer les émigrations flamandes, et fonder l'industrie anglaise.

Cependant la Flandre ne sc résigna pas. Les villes éclatèrent. Elles haïssaient le comte de longue date, soit parce qu’il soutenait les cam|>agncs contre le monopole des villes * , soit parce qu’il admettait les etrangers, les Français, au partage de leur commerce 7.

Les Gantois , qui sans doute sc repentaient de n’avoir pas soutenu ceux d’Ypres cl de Bruges à la bataille de Cassel , prirent pour chef en 1337 le brasseur Jacquemart Artcvclde. Soutenu par les corps de métiers, principalement par les foulons et ouvriers en draps , Artevelde organisa une vigoureuse tyrannie B. Il fit assembler à Gand les gens des trois grandes villes: « El leur montra que

mander partout Flandre, de l’un des côtés jusques à l'outre ; et n’y avoit aucun , comme grand qu’il fût, qui de rien osât trépasser son commandement, ni contredire. Il avoit toujours après lui allant aval (en bas) la ville de Gand soixante ou quatre-vingts varlcts aimés, mire lesquels il y en avoit deux ou trois qui savoient aucuns de scs secrets ; et quand il encontrnit un homme qu’il heoit (haïssoit)ou qu’il avoit eu soupçon, il étoit tantôt tué ; car il avoit commandé à ses secrets varlets et dit : «Sitôt que j’cncontrerai un homme , et je vous fais un tel sigue , si le tuez sans déport (delai), comme grand , ni comme haut qu'il soit , sans attendre autre parole. » Ainsi avenoit souvent ; et en fit en cette manière plusieurs grands maitres tuer : par quoi il étoit si douté (redouté) que nul n'osoit parler contre chose qu'il voulut faire , ni à peine penser de le contredire. El tantôt que ces soixante varlets l’avoieut reconduit en son hôtel , chacun alloit dîner en sa maison ; et sitôt après dîner ils reveuoient devant son hôtel, et béoient (attendoient) en la rue, jusques adonc qu'il vouloit aller aval (en bas) la rue, jouer et ébatre parmi la ville; et ainsi le conduisoient jusques au souper. Et sachez que chacun de ces soudoyés { soldats ) avoit chacun jour quatre compagnons ou gros de Flandre pour ses frais et pour ses gages; et les faisoit bien payer de semaine en semaine. Et aussi avoit-il par toutes les villes de Flandre et les châtellcries, sergens et soudoyés à ses gages , pour faire tous ses comroandemena et épier s'il avoit nulle part persounequi fut rebelle à lui , ni qui dit ou informât aucun contre ses volontés. Et sitôt qu'il en savoit aucun en une ville , il ne ccssoit jamais tant qu'il l’eut banni ou fait tuer sans déport (délai); jacil (celui-ci) ne s'en put garder. Et mémement tous les plus puissants de Flandre, chevaliers, écuyers et les bourgeois des bonnes villes qu’il pensoit qui fussent favorables au comte de Flandre en aucune

» sans le roi d'Angleterre ils ne pouvaient vivre. » Car toute Flandre csloit fondée sur draperie , » et sans laine on ne pouvoil draper. Et pour ce, » louoit qu’on teinst le roi d’Angleterre à amy i»

Édouard était un bien petit prince pour s’opposer à cette grande puissance de Philippe de Valois. Mais il avait pour lui les vœux de la Flandre et l'unanimité des Anglais. Les seigneurs, vendeurs des laiucs, et les marchands qui en trafiquaient, tous demandaient la guerre. Pour la rendre plus populaire encore, il fil lire dans les paroisses une circulaire au peuple , l'informant de ses griefs contre Philippe et des avances qu’il avait faites inutilement pour la paix a.

Il est curieux de comparer l’administration des deux rois au commencement de celte guerre. Les actes du roi d’Angleterre deviennent alors infiniment nombreux. Il ordonne que tout homme prenne les armes de seize ans à soixante s. Pour mettre le pays à l’abri des flottes françaises et des incursions écossaises , il organise des signaux sur toutes les côtes 4. Il loue des Callois et leur donne un uniforme \ Il sc procure de l’artillerie *, il profile le premier de cette grande et terrible invention. Il pourvoit à la marine, aux vivres. II écrit des menaces aux comtes qui doivent préparer le passage, à l’archevêque de Canlorbéry des consolations et des flatteries pour le peuple : « Le peuple île notre royaume, nous en convenons avecdouleur, est chargé jusqu'ici de divers fardeaux, taillages et impositions. La nécessité de nos aiïaires nous empêche de le soulager. Que votre grâce soutienne donc ce peuple dans la bénignité, l'humilité et la patience, etc.

Le roi de France n'a pas, à beaucoup près, autant de détails à embrasser. La guerre est encore pour lui une affaire féodale. Les seigneurs du Midi obtiennent qu’il leur rende le droit de guerre privée et qu’il respecte leurs justices7. Mais eu même temps, les nobles veulent être payés pour servir le roi; ils demandent une solde, iïHClWcnt la main,

manière, il les bannissoit de Flandre et levoit la moitié de leurs revenues, et laissoil l'autre moitié pour le douaire et le gouvernement de leurs femmes et de leurs enfans, Froissart, t. 1, c. G5, p. 184.

* Sauvage, p. 143. Ejus foederis pnecipui auctorcs Caere Jacob Artrvclda, et Sigerus Curlracensis eques Flandrus nobîlissimus. Scd hnne Ludovicns... jussu Pliilippi régis, Brugis dccollavit. Meyer, p. 158,comp. Froissart, p. 187.

,J Rymcr, t. IV, p. 804. De même avant la campagne qui se termina par la bataille de Crécy, il écrivit aux ilcux chefs des dominicains et des auguslins, prédicateurs populaires : Rex dilcetn sibi in Christo... ad informandum intrlligcntias et animandum noslrorum

ces fiers barons. Le chevalier banneret aura vingt sols par jour, le chevalier dix , etc. *. C'était le pire des systèmes, système tout à la fois féodal cl mercenaire, cl qui réunissait les inconvénients des deux autres.

Taudis que le roi d’Angleterre renouvelle la charte commerciale qui assure la liberté du négoce aux marchands étrangers, le roi de France ordonne aux Lombards de venir à scs foires de Champagne et prétend leur tracer la route par laquelle ils y viendront *.

Les Anglais partirent pleins d’espérance (1338). Ils se sentaient appelés par toute la chrétienté. Leurs amis des Pays-Bas leur promettaient une puissante assistance. Les seigneurs leur étaient ^ favorables, et Arlevelde leur répondait des trois grandes villes. Les Anglais, qui ont toujours cru qu'on pouvait tout faire avec de l’argent, se montrèrent à leur arrivée magnifiques et prodigues. « Et n'éparguoient ni or ni argent, non plus que s’il leur plût des nues, etdonnoienl grands joyaux aux seigneurs et daines et demoiselles, pour acquérir la louange de ceux cl de celles entre qui ils convcrsoitftil; et tant faisoienl qu'ils l’avoicnt et éloient prisés de tous et de toutes, cl mémemeut du commun peuple h qui ils ne donnoient rien , pour le bel étal qu’ils incnoient l0. «

Quelle que fût l'admiration des gens des Pays- Bas pour leurs graifds amis d'Angleterre, Édouard trouva chez eux plus d'hésitation qu’il ne s'y attendait. Les seigneurs dirent d’abord qu’ils étaient prêts à le seconder, mais qu'il était juste que le plus considérable, le duc de Brabant, sc déclarât le premier. Le duc de Brabant demanda un délai , et finit par consentir. Alors ils dirent au roi d’Angleterre qu’il ne leur fallait plus qu’une chose pour sc décider : c'était que l’Empereur déliât le roi de France; car enfin, disaient-ils, nous sommes sujets de l'Empire. Au reste, l’Empereur avait un trop juste sujet de guerre, puisque le Cainbrésis, terre d'Empirc, était envahi par Philippe de Valois

corda fidelium... specialiter vos quibus expedire vidcretis clero et populo velitis patenter eiponere. .. Rymcr, Acta public., V, 490 .

5 Rymer, II, p. 910. Édit. 1821.

4 Signa per ignem. Ibid., p. 990; campanæ , ibid.,

8 Ibid., p. 003, Unâ seclâ vestiti.

4 Ibid., p. 1025, ann. 1338.

7 Ord., Il, p. 61, ann. 1330; p. 95, anu. 1333.

8 Ord., Il, p. 120-130, ann. 1338.

9 Aigues-Mortes, Carcassonne, Beaucaire , Mâcon. Ibid., p. 305.

Fraisa., I, 212.

" Ibid., p. 198-205.

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