LIVRE VI. - CHARLES V. 1501-1380. - EXPULSION DES ANGLAIS
Saquenville. l'ui» «les principaux conseillers du Navarrais. Il ne traitait pas mieux les Français qui se trouvaient parmi les gens des compagnies On commença k se souvenir que le brigandage était un crime.
La guerre de Bretagne finit l'anncc suivante. Charles de Blois sc^ésiguait au partage de la Bretagne; mais sa femme n'y consentit pas J. Le roi de France prêta Duguesclin et mille lances à Charles. Le prince de Galles envoya à Mont fort le brave Chandos, deux cents lances, autant d'archers, auxquels se joignirent beaucoup de chevaliers anglais s.
Montfort et les Anglais étaient sur une hauteur, comme le prince de Galles à Poitiers. Charles de Blois ne s'en inquiéta pas. Ce prince dévot, qui croyait aux miracles et qui en faisait, avait refusé au siège de Quimpcr de se retirer «levant le flux. •« Si c'est la volonté de Dieu, disait- il. la inarce ne nous fera aucun mal. » Il ne s'arrêta pas plus devant la montagne à Auray que devant le flux à Quimper.
Charles de Blois était le plus fort. Beaucoup de Bretons . même de la Bretagne bretounanlc , se joignirent à lui, sans doute eu haine des Anglais 4. Duguesclin avait rangé celte armée dans un ordre admirable. Chaque homme d'armes, dit Froissart, portait sa lance droit devant lui, taillée k la mesure de cinq pieds, et une hache forte, dure, et bien acérée, à petit manche... « Et s'en renoient ainsi tout bellement le pas. Ils chcvauchoienl si serrés, qu’on n’eût pu jeter une halle de paume qu'elle ne tombât sur les pointes des lances s. Jean Chandos regarda longtemps l'ordonnance des Français, * laquelle en soi-même il prisoit durement. » Il ne
châtelet, Hist. de Duguesclin, p. 207. — En 1565, le roi reprit ce comté , en payant une partie de la rançon «le Duguesclin. Archives, J, 381.
1 Si furent pris à mercy tous les soudoyer* étrangers; mais aucuns pillards «le la nation de France, qui là s'étoient bontés furent tous morts. Froiss., IV, ch. 498. p. 230.
7 Dam, II. st. de Bret., t. Il, I. IV, p. 122.
5 Chandos... pria plusieurs chevaliers et écuyers de la duché (('Aquitaine; mais trop petit en y allèrent avec lui, si ils n'étoient Aoglois. Froiss., IV,ch. 501, p. 241.
4 Le vicomte de Rohan , le lire «le Léon , le sire de Kargoule ( Krrgorlay ) , le sire de Lohrac... et moult d'autres que je ne puis mie tous nommer. I«l., ibid., ch. 502, p. 242.
* Id., ibid., ch. 503, p.240.
4 Id., ibid., ch. 505, p. 240.
7 Étoit messirc Jean Chandos auques (presque) sur b* point de larmovrr. Si dit encore moult doucement :
; s’en put taire, et dit : « Que Dieu m'aide, comme i il est vrai qu’il y a ici fleur de chevalerie, grand sens et bonne ordonnance4. »
Chandos s’était ménagé une réserve, pour sou- 1 tenir chaque corps qui faiblissait. Ce ne fut pas sans peine qu’il obtint d'un de scs chevaliers qu'il voulût bien rester sur les derrières pour commander cette réserve. Il y fallut des prières, et presque des larmes 7. Le préjugé féodal faisait considérer le premier rang comme la seule place honorable. Duguesclin n'aurait pu obtenir pareille chose dans l'autre armée.
Lesdeux prétendants combattaient en tête. C’était un duel sans quartier. Les Bretons étaient las de celte guerre, et voulaient en finir par la mort de j l'un ou de l'autre 8. 1.a réserve de Chandos lui donna l'avanlage sur Duguesclin, qui fut porté par terre et pris. Tout retomba sur Charles de Blois : sa bannière fut arrachée, renversée, lui -même tué. Les plus grands seigneurs de la Bretagne s'obstinèrent, et se firent tuer aussi 9.
Lorsque les Anglais vinrent k grande joie montrer à Montfort son ennemi qu’ils lui avaient tué, l«* sang français se réveilla en lui , ou peut-être la parenté; les larmes lui vinrent aux yeux ,Q. On trouva un cilicc sous la cuirasse du mort. Sa piété , ses belles qualités revinrent en mémoire. Il n'avait recommencé la guerre que par déférence pour sa femme dont la Bretagne était l’héritage. Ce saint 11 était aussi un homme. Il faisait des vers, composait des lai a dans l'intervalle des batailles. Il avait été amoureux ; un sien bâtard fut tué à côté de lui , en voulant venger sa mort ,a.
Monlfort reçut en peu de jours les plus fortes places du pays. Les enfants de Charles de Blois
Messire Hue, ou il faut <|uc vous le lassiez ou que je le fasse. Froissart, IV, eh. 505, p. 251.
8 Que si on venoit au-dessus de la bataille que messirc Charles de Blois fut trouvé en la place, on ne le
i devoit point prendre à nulle rançon , mais occire. Et ainsi en cas semblable, les François et les Brelous en ; avoient ordonné de messire Jean de Montfort; car en ce jour ils vouloient avoir fin de la bataille et de guerre. Id., ibid., ch. 510, p. 204.
9 Id., ibid.
"> Id., ibid., ch. 511, p. 268.
11 Et l'app«‘llo-t-o!i Saint Charles. Id. , ibid. Urbain V, bon Franco û , ordonna , ii est vrai , une enquête pour , la canonisation de Charles de Blois, mais il mourut j avant qu'elle fut laite, et sou successeur Grégoire II ,
. sous lequel elle eut lieu , n'en fit aucun usage pour ne pas offenser le doc de Bretagne. Hist. de Bret., p. 336.
17 Un sien (ils hàtar«l,qui s'appelait messire Jean de ; Blois, appert hommes d'armes durement. Froiss.. IV, eh. 510. p. 264.
MSTOIIIK DE FRANCE.
étaient prisonniers en Angleterre. De roi de France . qui ne portait nulle passion dans la guerre, s’arrangea avec le vainqueur, et décida la veuve de Charles de Blois à sc contenter du comté de Pcnthièvre, de la vicomté de Limoges et d’une rente de dix mille livres*. Le roi Al sagement. L’essentiel était d’cnipécher que la Bretagne ne Ht hommage à l'Anglais.
Il y avait à parier qu'elle se lasserait tôt ou tard du protégé de l’Angleterre.
C’était quelque chose d’avoir fini la guerre de Bretagne et celle du roi de Navarre. Mais il fallait du temps pour que la France sc remit. La simple énumération des ordonnances de Charles V suffît à découvrir quelles plaies effroyables la guerre avait faites. La plupart sont destinées à constater des diminutions de feux, à reconnaître que les communes dépeuplées ne peuvent plus payer les impôts *. D’autres sont les sauvegardes que les villes, les abbayes , les hôpitaux . les chapitres obtiennent du roi. La protection publique était si faible, qu'on en réclamait une toute spéciale. Les villes, les corporations, les universités, demandent que l’on consacre leurs privilèges. Plusieurs villes sont déclarées inséparables de la couronne. Les marchands italiens à Nîmes, les Castillans et Portugais à Bailleur cl à Caen, obtiennent des privilèges. Au total , peu ou point de mesure générale ; tout est spécial , individuel : on sent combien le royaume est loi» de l’unité, combien il est faible et malade 1 encore.
La plus grande misère de la France , c’était le brigandage des compagnies. Licenciées par l’Anglais, repoussées de l’Ile-de-France, de la Normandie, de la Bretagne, de 1’Aquitaine, ces bandes refluaient sur le centre; elles se promenaient par le Berri , le Limousin , etc. Les brigands étaient i là comme chez eux. C’était leur chambre, disaientils insolemment 8. Ils étaient de toule nation, mais la plupart Anglais et Gascons, Bretons encore; mais ceux-ci étaient eu petit nombre. Le peuple les regardait tous comme Anglais; rien n’a plus contribué à cxaspérerla Franceconlre l’Angleterre. On proposait aux compagnies d’aller à la croisade. L’Empereur leur avait obtenu le passage par la Hongrie , et il offrait de les défrayer en Allemagne.
• Froiss., IV, ch. 515, p. 275-280.
a Ord., IV, 617, 051.
» Froiss,, IV, ch. 517, p. 285.
< IdM ibid., p. 384-5.
8 La cour dut plus d'une fois donner satisfaction au peuple.
En 1530, pour apaiser 1rs mécontents, on força le juif Joseph à rendre compte de son administration dans 1rs finances, et on fit un nouvran règlement qui ! excluait de res fonctions quiconque nVlait pas chrr-
Mais la plupart ne se souciaient pas d'aller si loin4. Ceux qui s’y décidèrent, dans l’espoir de piller l’Allemagne chemin faisant, y parvinrent à peine. Menés par l'Archiprélrc jusqu'en Alsace, ils y trouvèrent des populations serrées, hostiles, qui de toutes parts tombèrent sur eux. Il n’en réchappa guère. D’autres passèrent en Italie.
Mais le principal écoulement s'opéra vers l’F.spagne, vers la Castille, dans la guerre du bâtard don Enriquc de Traustaniare contre sou frère don Pèdre te Cruel. Tous les rois d’Espagne d'alors méritaient ce surnom. En Navarre régnait Charles le Mauvais, le meurtrier, l'empoisonneur. En Portugal, don Pèdre le Juslicicier, celui qui fit une si atroce justice de la mort d'Inès de Castro; en Aragon , don Pèdre le Cérémonieux qui , sans forme de procès, fil pendre par les pieds un légal chargé de l'excommunier. De même, D. Pèdre le Cruel avait fait brûler vif un moine qui lui prédisait que sou frère le tuerait. 11 faut voir dans la chronique d'Ayala ce qu'était l'Espagne, depuis qu’ayant moins à craindre les Mores, ellecédaità leur influence, devenait moresque, juive, tout, plutôt que chrétienne. Les guerres sans quartier contre les mécréants avaient rendu les mœurs féroces ; elles le devenaient encore plus sous la dure fiscalité juive8.
Ce Pèdre le Cruel était une espèce de fou furieux. Les deux éléments discordants de l'Espagne sc combattaient en lui et en faisaient un monstre. Il sc piquait de chevalerie, comme tout Castillan, et en même temps il ne régnait que par les juifs, il ne sc fiait qu'à eux cl aux Sarrasins 6. On le disait fils d’une juive. Sans cette partialité pour les juifs, les communes lui auraient su grc de sa cruauté à l'égard des nobles.
Cet homme sanguinaire aimait pourtant. Il avait pour maîtresse la doua Maria de Padilla , « petite, jolie et spirituelle,» dit le contemporain 7. Pour ' lui plaire, il enferma sa femme Blanche, belle-sœur de Charles V, cl finit par l'empoisonner. Il avait déjà fait périr je ne sais combien des siens. Son frère, don Enriquc de Translaniare, qui avait tout à craindre, se sauva et vint solliciter le roi de France de venger sa belle-sœur.
Le roi lui donna de hou cœur les compagnies
, tien. En 1300, D. Pèdre fit mourir le juif Samuel Lêvi que dou Juan Alphonse lui avait donné pour trésorier dix ans auparavaot. Il avait amassé une fortune ) énorme. Ayala, c. XXII.
6 En 1358, voulant faire la guerre au roi d’Aragon : • E cuviô cl rey D. Pedro a regard al rcy Mahomad de Grenada , que le ayuda se cou algunas galeas. Id., c. XI.
7 E tbrinosa, e pcquéna de cucrpa, e de buen euteudimento. Id., c. VI.
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