‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 301 sur 398 · LIVRE VI. - CHAULES V. I3G4-1380. — EXPULSION DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LIVRE VI. - CHAULES V. I3G4-1380. — EXPULSION DES ANGLAIS

serrer, de la rendre efficace. Le duc de Lancastre, dans son ambition extravagante, épousa la tille atnée de don Pèdrc ; le coude de Cambridge épousa sa seconde tille. C'était une infatuation inouïe, incroyable. L’Angleterre, qui n’avait pu conquérir la France, entreprenait de plus la conquête de l’Espagne.

Le résultat de celte nouvelle imprudence fut de donner une flotte aux Français. Le roi de Castille, menacé par ce mariage, envoya une armée navale à Charles V. Les gros vaisseaux espagnols, chargés d’artillerie, accablèrent devant la Rochelle les petits vaisseaux des Anglais, leurs archers *. La Rochelle applaudit, et chassa les vaincus. Elle se donna , mais avec bonnes réserves cl sous condition, de manière à rester une république sous le roi a.

Ce grand événement entraîna tout le Poitou. Edouard cl le prince de Galles, le vieillard et le malade , montèrent pourtant en mer et essayèrent de venir au secours. La mer ne voulait (dus d'eux. Elle les ramena, bon gré, mal gré , en Angleterre. Tbouars succomba. Üugucsclin battit ce qui restait d’Anglais à Chizey. La Bretagne suivit : ce fut l'affaire de quelques sièges3. Le seul capitaine qui restât aux Anglais était un Gascon , le captai de Uuch; l'un des meilleurs qu’cusscul les Français était un Gallois, un descendant des princes de Galles qui vengeait scs aïeux en servant la France. Le Gallois prit le Gascon : Charles V garda précieusement à la tour du Temple cet important prisonnier, sans lui permettre de sc racheter jamais.

Le second fils d'Édouard III, le duc de Laucaslrc. lige de celle ambitieuse branche de Lancastre qui lit la gloire et le malheur de l’Angleterre au quinzième siècle, avait pris le titre de roi de Castille. 11 sclit nommer capitaine général du roi d’Angleterre en France, son lieulcnaul dans l’Aquitaine , où les Anglais n'avaient presque plus rien. Il y a une telle force d’orgueil dans le caractère anglais , une passion si opiniâtre, qu’après tant d'hommes et d’argent joues et perdus, ils firent une mise nouvelle pour regagner tout. Ils trouvèrent encore une grande armée à donner à leur capitaine d'Aquitaine. Débarqué à Calais, Lancastre traversa la France, sans trouver rien à faire, ni bataille à livrer, ni ville à prendre : tout était ferme, en

> Froissart, V, ch. 058, p. 373-0.

* ... Et auroient en leurs villes coins pour forger florins cl tnonnoie blanche et noire, de telle forme rt aloi comme ont crus de Paris. Id., VI . ch. 670, V- 1»

3 lil., cl». 078, p. 43-44.

défense. Les Anglais ne purent rançonner que quelques villages. Tant qu'ils furent dans le Nord. ! les vivres abondaient : » Ils dînaient tous les jours splendidement. >• Mais, dès qu'ils furent dans l'Auvergne, ils ne trouvèrent plus ni vivres, ni fourrages. La faim, les maladies firent dans l'armée des ravages terribles. Ils étaient partis de Calais avec trente mille chevaux; ils arrivèrent à pied en Guiennc 4 : c'était une armée de mendiants; ils ' demandaient de porte en porte leur pain aux Français 5.

L’arrivée de cette armée à Bordeaux eut pour- ' tant un effet. Les Gascons, qui n'étaient plus Anglais et qui notaient pas presses de devenir Français, s'enhardirent , et déclarèrent au connétable de France qu’ils feraient hommage à celui des deux partis qui battrait l’autre. Il fut convenu qu’une bataille serait livrée le 13 avril à Moissac. Fuis les Anglais l’ajournèrent au 13 août; puis ils demandèrent qu’elle eût lieu près de Calais. Les actes n’ayant pas été conservés, on ne sait ; trop ce qui fut convenu. Au 13 août, les Français se rendirent à Moissac, s’y rangèrent en bataille, attendirent, et ne virent personne. Alors ils forcèrent les Gascons de tenir parole. Il ne resta aux Anglais en France que Calais, Bayonne et Bordeaux (1374) *.

Cet effort qui n’avait abouti à rien, ce coup donné en l’air, leur fil beaucoup de mal. L’épuisement qui suivit fut tel, qu’Édouard accepta la médiation du pape qu’il avait tant de fois refusée.

; Le grondement du peuple devenait formidable au roi. Ce rude dogue qu’on avait mené si longtemps par l’appât d’une proie qui reculait toujours, commençait à faire mine de se jeter sur son mailrc. On avait eu une peine incroyable à faire aimer la guerre à l'Angleterre. Elle était déjà lasse à la bataille de Crécy. Lorsque le chancelier demandait aux gensdes communes, pourles piquer d'honneur: •i Quoi donc? voudriez- vous d’une paix perpétuelle?» ils répondaient naïvement : «Oui, certes, nous l’accepterions7. » — On leur fil croire ensuite que tout serait fini avec la prise de Calais. Puis vint la victoire de Poitiers, qui leur tourna la tête. Ils : se figuraient que la rançon du roi de France les dispenserait à jamais de payer l’impôt. Après, ou ! les amusa avec l'Espagne , avec les fameux trésors

I 4 Vis quadraginta cakallos vivo* sccom dacens. Walt., p. 539.

4 Milites lamosos et nobiles , delicalos quoudam et divites... ostiatim mrndicando, pancm petrre, uec cral qui eis daret. ld., p. 187.

4 Id., p. 187 8. Froisa., VI, cl». 688, p. 78.

7 Hallam, p. 217 («an. 1350).

cachés de dnuPèdrc. L'argent d'Espagne ne venant j pas, on leur persuada qu'on prendrait l'Espagne , elle-même.

En 1376,11s firent leurs comptes, cl virent qu'ils n'avaient rien, ni argent, ni Espagne, ni France. Leur mauvaise humeur fut extrême. Ilss'cn prirent au roi, au duc de Lancastre qui avait alors la principale influence. Son frère aine, le prince de Galles, tout malade qu’il était , se montrait favorable à l'opposition. Le parlement de 1576, appelé le Aon parlement , ne se laissa plus mener par des mots.

Il demanda ce qu'était devenu tant d'arpent, ces subsides, ces rançons de France et d’Ecosse. Il attaqua brutalement Édouard , dévoila sans pitié 1 * 3 les faiblesses royales, le poursuivit dans son intérieur, dans sa chambre à coucher.

I.c vieux roi était gouverné parunejeune femme ; mariée , Alice Perrers , femme de chambre de la ! reine, belle, hardie, impudente1. La pauvre reine, 1 qui voyait tout, avait fait en mourant cette prière I au roi : « Qu’il voulut bien se faire enterre/ prés ; d’elle à Westminster, n espérant l’avoir à elle, au moins dans la mort.

Les joyaux de la reine furent donnés à Alice. La créature se faisait donner, prenait ou volait. Elle vendait des places, des jugements même. Fille allait de sa personne au Banc du roi solliciter des causes. Les juges d’Église, les docteurs en droit canon, étaient exposés , dans leurs jugements, à voir la belle Alice venir hardiment leur parler à l’oreille a. ! Le parlement somma le roi d'éloigner celte femme. : et d’autres mauvais conseillers.

Le prince de Galles mourut, laissant un fils tout jeune. Le duc de Lancastre, entre ce neveu 1 enfant et son vieux père, se trouvait effectivement roi. Les conseillers revinrent. Le vole d’une grosse taxe fut extorqué au parlement. Le duc, qui avait besoin de bien d'autres ressources pour sa future conquête d’Espagne , se préparait à mettre la main sur les biens du clergé. Déjà il avait lancé contre les prêtres le fameux prédicateur WiclefT; il le ! soutenait, avec tous les grands seigneurs, contre l'évêque de Londres. Les gens de Londres , sur un i mot insolent de Lancastre contre leur évêque , se soulevèrent, et faillirent mettre le duc en pièces *.

Pendant tout ce bruit, le vieil Édouard III se mourait à Eilham , abandonné à la merci de son Alice. Elle le trompait jusqu’au bout, restant près ,

1 Milites pArlintnenlalcs graviter conc|ue«ti sont de quAdatu Alicià Pries appel la là, femini procaciasirai,

Walsingham, p. 189.

3 Ilia nunc juxta just il iarios regis residendo, mine in foro ecclcftiaalico juxta doctorca sc collocando... pro defeuaione rauearnm l.suadere ne ctiam contra

de son lit, le flattant d’un prochain rétablissement, l’empêchant de songer à son salut. Dès qu’il perdit la parole, clic lui arracha scs anneaux des doigts, et le laissa là 4.

Le fils elle père étaient morts à un an de distance. Ces deux noms, auxquels sc rattachent de tels événements, sont peut-être encore les plus chers souvenirs de l’Angleterre. Quoique le prince ait dû en grande partie à Jean Chandos ses victoires de Poitiers cl de Najara , quoique son orgueil ail soulevé les Gascons et armé la Castille contre l'Angleterre , peu d'hommes iiiéritèreul mieux la reconnaissance de leur pays. Nous -mêmes, à qui il a fait tant de mal , nous ne pouvons voir saus respect à Cantorbéry , la cotte d’armes du grand ennemi de la France. Ce mauvais haillon de peau piquée des vers , éclate entre tous les riches écussons dont l’église est parée. 11 a survécu cinq cents ans nu nohlc cœur qu'il couvrait.

Dès que le roi dcF'rance apprit la mort d’Édouard, il dit que c'était là un glorieux règne et qu'un tel prince méritait mémoire entre les preux. Il assembla nombre de prélats cl de seigneurs , cl fil faire un service à la Sainte-Chapelle b. En Angleterre les funérailles furent troublées. Quatre jours après la mort d'Édouard , la flotte de Castille chargée des troupes de France, courut toute la côte en brûlant des villes : Wighl, Rye, Yannoulh, Dannouth , Plymouth et Winchelsoa 6. Jamais du vivant d'Édouard et du prince de Galles, l'Angleterre n'avait éprouvé un pareil désastre.

De toutes parts le roi de France faisait une guerre de négociations. Depuis cinq ans il empochait b* mariage d'un fils d’Édouard avec l'héritière de Flandre, par défaut de dispense papale; il obtint sans difficulté celle dispense pour son frère, le duc de Bourgogne, parent de la jeune comtesse au mémo degré. Le père ne voulait pas de ce mariage, non plus que les villes de Flandre. Mais la grand’mère, comtesse d’Artois et de Franche-Comté, fit dire à son fils, le comte de Flandre, qu’elle le déshéritait s’il ne donnait sa fille au prince français. !<c mariage se fil pour le désespoir du roi d’Angleterre, qui voyait celte immense succession prête à échoira la maison de France. La France, mutilée à l’ouest, se formait sa vaste ceinture de l’est et du nord.

Cet échec cl ceux que les Anglais éprouvèrent

postulare minime verehatur. Walaiugbnm , p. 189.

a Id., p. 192.

4 luverccunda pellex delraxit anuuloa à a«îa digitis et receasit. Id., ibid.

5 Froiaa., ch. 692, p. 105.

« Id., cli. 693, p. K»7.

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