‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 305 sur 398 · V UK VI. — CIIARI.ES V. 1501-1380. ~ EXPULSION DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

V UK VI. — CIIARI.ES V. 1501-1380. ~ EXPULSION DES ANGLAIS

terre, avait fait d'un de ses frères une sorte de roi du Languedoc. Il avait conlié celte province au duc d’Anjou. Par le duc d’Anjou, il semblait près d’atteindre l’Aragon et Naples, taudis que, par son autre frère le duc de Bourgogne, il allait occuper la Flandre. Mais la France, misérablement ruinée, n’était guère capable de conquêtes lointaines. La fiscalité, si dure alors dans tout le royaume, devint en Languedoc une atroce tyrannie. Ces riches inunicipes du Midi, qui ne prospéraient que par le commerce cL la liberté, furent taillé» sans merci , rumine l’eùl été un fief du Nord. Le prince féodal ne voulait rien comprendre à leurs privilèges. Il lui fallait au plus vite de l'argent pour envahir l’Espagne et l’Italie, pour recommencer les fameuses victoires de Charles d’Anjou.

Mmes se souleva (1578) , mais se voyant seule, elle se soumit '. Le duc d’Anjou aggrava encore les impôts. Il mit, au mois de mars 1579, un monstrueux droit de cinq francs et dix gros sur chaque feu. Au mois d’octobre, nouvelle taxe de douze francs d’or par an, d’un franc par mois 1 * 3. Pour celle-ci , la levée en était impossible. La province était tellement ruinée, qu’en trente ans, la population se trouvait réduite de cent mille familles à trente mille. Les consuls de Montpellier refusèrent de percevoir le dernier impôt. Le peuple massacra les gens du duc d’Anjou. Clermont-Lodève en fit autant. Mais les autres villes ne bougèrent. Les gens de Montpellier effrayés reçurent le prince à genoux , et attendirent ce qu’il déciderait de leur sort. I.a sentence fut effroyable. Deux cents citoyens devaient être brûlés vifs , deux cents (tendus , deux cents décapités, dix-huit cents notés d’infamie cl privés de tous leurs biens. Tous les autres étaient frappés d’amendes ruineuses s.

On obtint avec peine du duc d’Anjou qu’il adoucit la sentence. Charles V sentit la nécessité de lui ôter le Languedoc. Il euvoya des commissaires pour y réformer les abus. Au reste, dans les instructions qu’il leur donne, il n’y a pas trace d’un sentiment d’homme ou de roi. Il n’est préoccupé que des intérêts du fisc et du domaine : « Comme nous avons audit pays plusieurs terres labourables , vignes, forêts, moulins et autres héritages qui nous étaient ordinairement de grand revenu et profil ; lesquelles terres sont demeurées désertes , parce que le peuple est si diminué par les mortalités, les guerres et autrement , qu’il n'est nul qui les puisse ou vruille labourer, ni tenir aux charges et rede-

1 llisl. du Languedoc, I. XXXII, ch. 01, p. 305.

3 Ibid., ch. 95, p. 368.

5 Ibid., ch. 06, p. 360.

4 Ord., VI, p. 463 et 467.

va nres anciennes, nous voulons que nos conseillers puissent donner nos héritages à nouvelle charge, croître et diminuer l'ancienne. » Us doivent aussi révoquer tous les dons, et s'informer de la conduite de tous les sénéchaux, capitaines, viguiers, etc. 4.

La politique étroite qui ne parait que trop dans ces instructions , fit faire au roi une grande faute, la plus grande de son régne. Il arma contre lui la Bretagne. Scs meilleurs hommes de guerre étaient Rretons; il les avait comblés de biens; il croyait tenir en eux tout le pays. Ces mercenaires pourtant n’étaient pas In Bretagne. Eux-mcmcs n’étaient plus aussi contents du roi. Il avait ordonné aux gens de guerre de payer désormais tout ce qu’ils payeraient. Il avait crée une maréchaussée pour réprimer leurs brigandages; des prévôts qui couraient le pays, jugeaient et pendaient.

Il n’aimait pas Clisson. Quoiqu’il l'ail désigné pour être connétable à la mort de Duguesclin, il eût préféré le sire de Goucy 4.

Un cousin de Duguesclin , le Breton Séveslrc Budes, qui avait acquis beaucoup de réputation dans les guerres d'Italie, fut arrêté sur un soupçon par le pape français Clément VII, cl livré par lui au bailli de Mâcon, qui le fil mourir, au grand chagrin de Duguesclin6. Les parents du Breton étant venus se plaindre et affirmant son innocence, le roi dit froidement : «S’il est mort innocent, la chose est moins fâcheuse pour vous autres ; c’est tant mieux pour son âme cl pour votre honneur 7. »

Les Bretons étaient Français contre l’Angleterre, mais Bretons avant tout. Leur duc voulait les livrer aux Anglais, ils l’avaient chassé. Le roi voulant les réunir à la couronne, ils chassèrent le roi.

Le 3 avril 1578, Montfort s’était engagé à ouvrir aux Anglais le château de Brest. Le 20 juin, le roi l’ajourna à comparaître en parlement, puis le fit condamner par défaut s. La procédure fut étrange. On assigna le duc à Bennes et à Nantes taudis qu’il était en Flandre. Un ne lui donna pas de saufconduit. Plusieurs pairs ne voulurent point siéger au jugement. Le roi parla lui -même contre sou vassal, et conclut à la confiscation. Si le duché était enlevé à Montfort, il aurait drt revenir à la maison de Blois , conformément au traité de Guérande que le roi avait garanti.

Dire à la vieille Bretagne que désormais elle ne serait plus qu’une province de France , une dépendance du domaine, c’était une chose hardie . et aussi une ingratitude, après ce que les Bretons

4 F rois*., Vit, ch. 04, p. 309.

6 ht., ibul,, p. 214.

7 Christ, de Pisau, t. VI, p. 3H.

1 Lobmeaii. Hist. de Brrt., I. XII, cli. 07, p. 418.

avaient Tait pour chasser l'Anglais. Le froid cl | égoïste prince ne connaissait pas évidemment le j peuple auquel il avait affaire, et il ne pouvait le connaître; il y a des ignorances sans remède, celles du cœur.

Les Bretons, nobles et paysans, étaient déjà mal disposes. Le connétable Duguesclin, dansse* guerres de Bretagne , n'avait pas ménagé ses compatriotes.

Il les avait frappés d'un fouage de vingt sols par feu ; il avait défendu les affranchissements et rétabli la servitude de mainmorte , abolie par le duc *. Le premier acte du gouvernement royal fut rétablissement de la gabelle. La Bretagne arma.

Les bourgeois armèrent, comme les nobles. Ceux de Rennes s'associèrent expressément aux barons , et jurèrent de vivre et mourir pour la défense commune. Le duc , revenant d'Angleterre , fut accueilli avec transport, par ceux mêmes qui l’avaient chassé. On ne sc souvint plus s'il était Blois ou Monlfort; c’clait le duc de Bretagne. Lorsqu’il débarqua près de Saint-Malo , tous les barons, tout le peuple l'attendaient sur le rivage; plusieurs entrèrent dans l'eau et s'y mirent à genoux. Jeanne de Blois, cllc-mémc, vint lo féliciter à Dinan. la veuve de Charles de Blois, de celui qu'il avait tué 3.

Les meilleurs capitaines que le roi pouvait employer contre la Bretagne, étaient des Bretons. Clisson parut devant Nantes ; mais il ne put s’empêcher de dire aux gens de la ville qu'ils feraient sagement de ne laisser entrer chez eux personne qui fût plus fort qu’eux. Duguesclin et Clisson se rendirent à l'armée que le ducd'Anjou rassemblait. Mais à la première approche d’une troupe bretonne, celle armée se dissipa 3. Le duc d’Anjou fut réduit à demander une trêve.

Le roi voyait ses Bretons passer l’un après l'autre à l’ennemi. Ceux qui ne voulurent le quitter qu'avec son autorisation , l’obtinrent sans difficulté ; mais à la frontière on les arrêtait pour les mettre à mort comine traîtres. Duguesclin lui-méme , en

* Daru, Hist. de Bretagne, IV.

3 Sismomli, Hist. de France, XI, 285. Lobincau,

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