DU SEPTIÈME, DU HUITIÈME ET DU NEUVIÈME LIVRE
Ces trois livres et les suivants ont pour sujet commun la grande crise du quinzième siècle, les deux phases de cette crise où la France sembla , s’abîmer. Ceux-ci raconteront la mort, les suivants j la résurrection.
La première des deux périodes, celle dont on va lire l’histoire, dure près d’un demi-siècle; elle part du schisme pontifical, et traverse le schisme politique d'Orléans et de Bourgogne, de Valois et de Lancaslrc.
Notre faible unité nationale du quatorzième siècle était toute dans la royauté; au quinzième, la royauté même se divisant, il faut bien que le peuple essaye d’y suppléer. Le peuple des villes y échoue en 1 4 1 3, et de cette tentative, il ne reste qu’un code, le premier code administratif qu'ait eu la France. Le peuple des campagnes fera par inspiration ce que la sagesse des villes n’a pu faire; il relèvera la royauté, rétablira l’unité, et de cette épreuve où le pays faillit périr, sortira, confuse encore, mais vivace et forte, l’idée même de la patrie.
Avant d’en venir là, il faut que ce pays descende dans la ruine, dans la mort, à une profondeur dont rien peut-être ni avant, ni après, n’a donné l’idée. Celui qui par l’étude a traversé les siècles pour se replacer dans les misères de cette époque funèbre, qui, pour mieux les comprendre, a voulu y vivre et eu prendre sa part, ne pourra encore qu’à grandpeine en faire entrevoir l'horreur.
L’histoire est grave ici par le sujet; elle ne l’est pas moins par le caractère tout nouveau d’autorité qu’elle lire des monuments de l’époque. Pour la première fois peut-être elle marche sur un terrain ferme. La chronique, jusque-là enfantine et conteuse , commence à déposer avec le sérieux d’un témoin. Mais à côté de ce témoignage, nous en trouvons un autre plus sùr. Les grandes collections d’actes publics, imprimés ou manuscrits, devien- I
nent plus complètes et plus instructives. Elles forment dans leur suite, désormais peu interrompue, d’authentiques annales, au moyen desquelles nous pouvons dater, suppléer, souvent démentir, les on dit des chroniqueurs. Sans accorder aux actes une confiance illimitée , sans oublier que les actes les plus graves, les lois même, restent souvent sur le papier et sans application, on ne peut nier que ces témoignages officiels et nationaux n’aient généralement une autorité supérieure aux témoignages individuels.
Les ordonnances de nos rois, le trésor des chartes, les registres du parlement , les actes des conciles , telles ont été nos sources pour les faits les plus importants. Joignez-y, quant à l’Angleterre, le Recueil de Rymer et celui des Statuts du royaume. Ces collections nous ont donné , particulièrement au livre IX4, l’histoire tout entière d'importantes périodes sur lesquelles la chronique se taisait.
L’étude de ces documents de plus en plus nombreux , l’interprétation, le contrôle des chroniques par les actes, des actes par les chroniques, tout cela exige des travaux préalables, des tâtonnements, des discussions critiques dont nous épargnons à nos lecteurs le laborieux spectacle. Une histoire étant une œuvre d’art autant que de science, elle doit paraître dégagée des machines et des échafaudages qui en ont préparé la construction. Nous n'en parlerions même pas, si nous ne croyions devoir expliquer et In lenteur avec laquelle se succèdent les volumes de cet ouvrage et le développement qu'il a pris. Il ne pouvait rester dans les formes d’un abrégé, sans laisser dans l'obscurité beaucoup de choses essentielles, et sans exclure les éléments nouveaux auxquels l'histoire des temps modernes doit ce qu'elle a de fécondité et de certitude.
8 lévrier 1840.