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CHAPITRE PREMIER

JEUNESSE DE CBABI.E9 VI. IIM-IMS.

Si le grave abbé Suger et son dévot roi Louis VII s'étaienl éveillés, du fond de leurs caveaux, au bruit des étranges fêtes que Charles VI donna dans j l’abbaye de Saint-Denis, s’ils étaient revenus un moment pourvoir la nouvelle France, certes, ils ; auraient été éblouis, mais aussi surpris cruelle- | ment; ils se seraient signés de la tête aux pieds et bien volontiers recouchés dans leur linceul.

El en effet, que pouvaient-ils comprendre à ce spectacle? En vain ces hommes des temps féodaux, studieux contemplateurs 1 des signes héraldiques, auraient parcouru des yeux la prodigieuse bigarrure des écussons appendus aux murailles; en vain ils auraient cherché les familles des barons de la croisade qui suivirent Godefroy ou Louis le Jeune; la plupart étaient éteintes. Qu'étaient devenus les grands fiefs souverains des ducs de Normandie, rois d’Angleterre, des comtes d'Anjou, rois de Jérusalem, des comtes de Toulouse et de Poitiers? On en aurait trouvé les armes à grand’peine, rétrécies qu’elles étaient ou effacées par les Oeursde lis dans les quarante-six écussons royaux a. En récompense, un peuple de noblesse avait surgi avec un chaos de douteux blasons. Simples autrefois comme emblèmes des fiefs, mais devenus alors les insignes des familles , ces blasons allaient s'embrouillant de mariages, d’héritages, de généalogies vraies ou i fausses. Les animaux héraldiques s’élaicnt prèles aux plus étranges accouplements. L’ensemble présentait une bizarre mascarade. Les devises, pauvre j

1 Voy, tome 111, livre IV, chapitre 5, sur Godefroy 1 3 «le Bouillon.

* Le Laboureur, Hist. «le Charles VI , introduction , p. 41.

3 Moderne, c'est-à-dire renouvelée alors récemment.

Les anciens avaient eu aussi des devises. Voxf. Spener, et mes Origines «lu droit.

* Litteris aul bestiis inlcxtas. Nicolai Clcmang. rpistol., t. II, p. 149.

a Ordonnance de Charles, duc d’Orléans, pour payer

invention moderne s, essayaient d'expliquer ces noblesses d’hier.

Tels blasons, telles personnes. Nos morts du douzième siècle n'auraient pas vu sans humiliation, que dis-je! sans horreur, leurs successeurs du quatorzième. Grand cùlétc leur scandale, quand la salle se serait remplie des monstrueux costumes de ce temps, des immorales cl fantastiques parures qu’on ne craignait pas de porter. D’abord des hommesfemmes, gracieusement attifés, et traînant mollement des robes de douze aunes ; d’autres se dessinant dans leurs jaquettes de Bohême avec des chausses collantes, mais leurs manches flottaient jusqu’à terre. Ici , des hommes-bêtes brodés de toute espèce d’animaux 4 * ;là des hommes-musique, historiés de notes 6 qu’on chantait devant ou derrière, tandis que d’autres s'affichaient d'un grimoire de lettres cl de caractères * qui sans doute ne disaient rien de bon.

Celle foule tourbillonnait dans une espèce d'église; l'immense salle de bois qu'on avait construite en avait l’aspect. Les arts de Dieu étaient descendus complaisamment aux plaisirs de l'homme. Les ornements tes plus mondains avaient pris les formes sacrées. Les sièges des belles dames semblaient de petites cathédrales d'ébène, des châsses d’or. Les voiles précieux que Tout n’eût jadis tirés du trésor de la cathédrale que pour parer le chef de Notre-Dame au jour de l’Assomption . voltigeaient sur de jolies têtes mondaines. Dieu, la Vierge et les Saints avaient l’air d'avoir été mis à contribution pour la fête. Mais le diable fournissait davantage. Les formes sataniques, bestiales, qui grimacent aux gargouilles des églises, des créatures

270 livres, 7 sols, 0 deniers tournois, pour 960 perles destinées à orner une robe : » Sur les manches est » cscript de broderie tout au long le dit de la chanson « Ma dame , je suis plus joyeulr , et nntté tout au long

* sur chacune desdites deux manches, 508 perles pour « servir à former les nottes de ladite chanson, ou il y a » I -liant tes, c’est assavoir pour chacune notte 4 perles

• en ijuarrée.ctc. » Catalogue imprimé des titres de la collection de 31. «te Courcelles, vendue le 91 mai 1834.

* Nie. Clcmang., epist. II, 149.

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