CHAPITRE II
JF.l'lTESSE DE CHARI.ES Tl. IHI-IStl.
La Flandre, qu’on disait vaincue, domptée, l’était | si peu, qu’il y fallut encore deux campagnes, el pour finir par accorder aux Flamands tout ce qu'on leur avait refusé d’abord.
Celle pauvre Flandre était pillée à la fois par les Français, ses ennemis, et par les Anglais, scs amis. Ceux-ci, irrités du succès des Français à Roosebeke. préparèrent une croisade contre eux, comme schismatiques et partisans du pape d’Avignon. Cette croisade, dirigée, disait-on, contre la Picardie, tomba sur la Flandre. Les Flamands eurent beau représenter au chef de la croisade, à l’évèquc de Norwich, qu’ils étaient amis des Anglais, point schismatiques, mais, comme eux, partisans du pape de Rome; l’évéque, qui, sous ce titre épiscopal, n’était qu’un rude homme d'armes el grand pillard, s’obstina à croire que la Flandre était conquise par les Français cl devenue toute française. Il prit d'assaut Gravelines, une ville amie, sans défense, qui ne s’attendait à rien. Casse), pillée par les Anglais, fut ensuite brûlée par les Français. Rergues eut beau ouvrir ses portes au roi de France; le jeune roi. qui n’avait pas encore pris de ville, s'obstina | à donner l’assaut; il escalada les murs dégarnis, força les portes ouvertes.
Le comte de Flandre insistait pour qu'on agit
cloche qui soulloit e.stre en la mairie de Rouen , nommée Rebel, laquelle fut! confisquée k Rouen quand la commotion du peuple fust dernièrement en ladicte ville... Archives de Rouen, Registre ms. coté A, folio 267.
1 Nec indè regale xrarium dilatum est. Religieux de Saint-Denis, I, 23...
* Froissartdit qu’il mourut de maladie, t. IX, p. 10, éd. Buclion.— Le Religieux de Saint-Denis, ce grave et sévère historien, qui ne déguise aucun crime des princes de ce temps, n'accuse point le duc de Berri. — Meyer ( lib. xin, fol. 300) ne rapporte l’assassinat que d’après
sérieusement et qu'on terminât la guerre. Mais tout le inonde était las. Le pays commençait h être bien appauvri; il n'y avait plus rien à prendre sans combat. Ce qu’il fallait prendre, si on pouvait, c’était cette grosse ville de Gand; à quoi il fallait un siège, un long efrude siège; personne ne s’en souciait. Le duc de Rerri surtout se désolait d’étre tenu si longtemps loin de son beau Midi, de passer tous ses hivers dans la houe et le brouillard, à faire les affaires du duc de bourgogne et du comte de ' Flandre. Heureusement celui-ci mourut. Les Flamands, dans leur haine contre les Français, prétendirent que le duc de Berri l’avait poignardé *. Si j ce prince , naturellement doux , et plutôt homme de plaisir, eût fait ce mauvais coup, ce qui est peu 1 croyable, il eût servi mieux qu'il ne voulait le duc de Bourgogne, gendre et héritier du mort. Ce gendre ne fut pas difficile sur les conditions de la paix; il n’avait contre les Flamands ni haine, ni rancune; l’essentiel pour lui était d’hériter. Il leur accorda tout ce qu’ils voulurent, jura toutes les chartes qu’ils lui donnèrent à jurer. Il les dispensa même de parler à genoux, cérémonial qui pourtant était d’usage du vassal au seigneur, elqui n’avait rien d’humiliant dans les idées féodales [18 dcc. 1384].
{ Le duc de Bourgogne était la seule tête politique de cette famille. Il s'affermit dans les Pays-Bas par I un double mariage de scs enfants avec ceux de la maison de Bavière, laquelle, possédant à la fois le Unifiant, la Hollande cl la Zélande, entourait ainsi la Flandre au nord et au midi. Il eut encore l'a- I dresse de marier le jeune roi, el de le marier dans j cette même maison de Bavière. On proposait les ! filles des ducs de Bavière, de Lorraine eld’A ut riche.
I Un peintre fut envoyé pour faire le portrait des trois princesses. La Bavaroise ne manqua pas d'étre la plus belle, comme il convenait aux intérêts du duc de Bourgogne. On la fit venir en grande pompe à Amiens 3. Le mariage devait se faire h Arras. Mais le roi déclara qu'il voulait avoir tout de suite sa petite femme 4; il fallut la lui donner. C’étaient pourtant deux enfants; il avait seize ans, elle quatorze.
une chronique flamande du quinzième siècle, laquelle se réfute elle-même par la cause qu'elle assigne au fait. Le duc de Berri aurait pris querelle avec le comte de Fland re pour l'hommage du comté de Boulogne, héritage de sa femme. Or le «lue de Berri n'épousa l’hériticre de Boulogne que cinq ans après. Art «le vérifier les dates, Comtes de Flandre, ann. 1384, t. III,
* La jeune dame, en estant debout, se tenoit coie el ne mouvoit ni .cil ni bouche ; et aussi à ce jour ne ••voit point de français. Froissarl, t. IX. c. 227, p. 99.
* ld.. ibid.. p. 101-102.