‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 321 sur 398 · LIVRE VII. FOLIE I)E CHARLES VI. 1392-liOO · texte numérisé non relu

LIVRE VII. FOLIE I)E CHARLES VI. 1392-liOO

désir, et résout l’amour et l'amaul dans l’éternelle chimie.

Oue si la vie ne manque point, mais que seule- | ment l'âme défaille , alors c’est Lien pis. L'homme n’a plus de la vie que la conscience de sa mort. > Ayant éteint son dieu intérieur , il se sent délaissé ; de Dieu , cl comme excepté seul de l'universelle | providence.

Seul... Mais au moyeu âge on u'élail pas longtemps seul. Le Diable vient vile, dans ces moments, à la place de Dieu. Lame gisante est pour lui un | jouet qu'il tourne el pelote... El celte pauvre âme est si malade, qu’elle veut rester malade, creusant son mal et fouillant les mauvaises jouissances : Atala mentis gaudia. Leurrée de croyances folles, amusée de lueurs sombres, menée dccôté et d'autre par la vaine curiosité, elle cherche à tâtons daus la nuit; elle a peur et elle cherche...

Ce sont d'étranges époques. On nie, on croit tout. Une fiévreuse atmosphère de superstition sceptique enveloppe les villes sombres. L'ombre augmente dans leurs rues étroites; leur brouillard vas'épaississaulaux fumées d'alchimie et desabbat. Les croisées obliques ont des regards louches. La boue noire des carrefours grouille en mauvaises paroles. Les portes sont fermées tout le jour; mais elles savent bien s'ouvrir le soir, pour recevoir j l'homme du mal , le juif, le sorcier, l’assassin.

Ou s’attend alors à quelque chose. A quoi ? On j l'ignore. Mais la nature avertit, les éléments sem- J blent changés. Le bruit courut un moment, sous j Charles VI, qu’on avait empoisonné les rivières *. Dans tous les esprits, flottait d’avance une vague pensée de crime.

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