‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 328 sur 398 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

IE DIX d'oRLÉSNS, I.E DOC DE BOl ÜUOGIVE. — M ITRTRE DC DOC D’oRLtAX$. 1400-1107.

Il y a, ilans la personne humaine, deux personnes, deux ennemis qui guerroient à nos dépens, jusqu'à ce que la mort y mette ordre. Ces deux ennemis, l'orgueil et le désir, nous les avons vus aux prises dans celle pauvre âme de roi. L’un a prévalu d'abord, puis l’autre; puis, dans ce long combat, cette âme s’est éclipsée, et il n’y a plus eu où combattre. La guerre finie dans le roi, elle éclate dans le royaume; les deux principes vont agir en deux hommes et deux factions, jusqu'à ce que celte guerre ait produit son acte frénétique, le meurtre; jusqu’à ce que les deux hommes ayant été tués l’un par l'autre, les deux factions, pour se tuer, s’accordent à tuer la France.

Cela dit, au fond tout est dit. Si pourtant on veut savoir le nom des deux hommes, nommons l'homme du plaisir, le duc d’Orléans, frère du roi; l’homme de l’orgueil, du brutal et sanguinaire orgueil, Jean sans Peur, duc de Bourgogne.

Les deux hommes et les deux partis doivent se choquer dans Paris. Deux partis, deux paroisses; nous les avons nommées déjà, celle de la cour, celle des bouchers, la folie de Saint-Paul, la brutalité de Saint-Jacques. La scène de l’histoire dit d'avance {'histoire même.

Louis d'Orléans, ce jeune homme qui mourut si jeune, qui fut tant aimé et regretté toujours, qu'avait-il fait pour mériter de tels regrets? Il fut pleuré des femmes, et c'est tout simple, il était

1 yoy. le Religieux de Saiul-Dcnis à l'année 1405, et le portrait qu'il fait du duc d'Orléans, année 1407, ms.

Baluze, folio 553. — f 'oy. aussi les complaintes et autres pièces sur la mort de Louis d'Orléans. Bibl. royale, mss. Colbert, 2403, ftegiua, 9081-5.

3 Si on me presse de dire pourquoy je l'aymois , je sens que cela ne se peut exprimer qu'eu respoudaut :

« Parcequc c’estoit luy, parccque c'est oit moy. * Montaigne, Essais, livre 1, cii. 97.

beau, avenant, gracieux * ; mais non moins regrette de l’Église, pleuré des saints... C’était pourtant un grand pécheur. Il avait, dans ses emportements de jeunesse, terriblement vexé le peuple; il fut maudit du peuple, pleuré du peuple... Vivant il coûta bien des larmes; mais combien plus, mort!

Si vous eussiez demandé à la France si ce jeune homme était bien digne de tant d'amour, elle eût répondu : Je l’aimais*. Ce n’est pas seulement pour le bien qu'on aime; qui aime, aime tout, les défauts aussi. Celui-ci plut comme il était, mélé de bien et de mal. La France n’oublia jamais qu’en ses défauts même, elle avait vu poindre l’aimable et brillant esprit, l’esprit léger, peu sévère, mais gracieux et doux, de la renaissance; tel il sc continua dans son fils, Charles d’Orléans, l’exilé, le poêle*, dans son bâtard Dunois, dans son petitfils, le bon et clément Louis XII.

Cet esprit, louez-! e, blâmcz-lc. ce n’est pas celui d’un temps, d'un âge, c’est celui de la France même. Tour la première fois, au sortir du roide et gothique moyen âge, clic se vit ce qu’elle est, mobilité, élégance légère, fantaisie gracieuse. Elle se vil, elle s’adora. Celui-ci fut le dernier enfant, le plus jeune et le plus cher, celui à qui tout est permis, celui qui peut gâter, briser; la mère gronde, mais elle sourit... Elle aimait cette jolie tête qui tournait celles des femmes; elle aimait cet esprit hardi qui déconcertait les docteurs : c’était plaisir de voir les vieilles barbes de l’université, au milieu de leurs lourdes harangues, sc troubler à ses vives saillies et balbutier 1 * 3 4. Il n’en était pas moins bon pour les doctes, les clercs et les prêtres, pour les pauvres aumônier et charitable. L’Église était faible

3 Louis d'Orléans était poêle aussi, s'il est vrai qu'il avait célébré dan» de» vers les secrètes beautés de la duchesse de Bourgogne. Barantc, I, III, p, OU, 3* édit.

4 / oy. plus bas la réponse qu'il leur fit en 1405. Toutefois ordinairement il leur parlait avec douceur : Ipsum vidi clegauliorem respondendo... quatn tuera ni propouendo... milissimè alloqui , et ai us|>iatn errassent , Icnitcr ndmoucre. Religieux de Saint-Denis , tas., 553, verso.

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