VAE VIII. - SUITE. - C A BO CHIENS DF. PARIS
singulièrement abattus, et ne savaient quel parti prendre. Ces pauvres docteurs , ne trouvant dans leur science aucune lumière qui pùt les guider, se décidèrent humblement à consulter les simplcsd’cs- J prit. Ils s’enquirenl des personnes dévotes et contemplatives. des religieux, des saintes femmes qui avaient des visions. Pavilly, plein de confiance, s'offrit d'aller les consulter. Mais les visions de ces femmes n'avaient rien de rassurant. L'une avait vu trois soleils dans le ciel. Une autre voyait sur Paris flotter des nuées sombres, tandis qu'il faisait beau au midi . vers les marches de Borri et d'Orléans.
•< Moi, disait la troisième, j’ai vu le roi d’Angleterre en grand orgueil au haut des tours de Notre-Dame; il excommuniait notre sire le roi de France; et le roi, entouré de gens en noir, était assis humblement sur une pierre dans le parvis '.
La terreur de ces visions ébranla les plus intrépides. Ils voulurent consulter un honnête homme du parti opposé, le modéré des modérés, Juvénal des Ursins. Ils le firent venir; mais ils n'en purent tirer rien de praticable. Il ne voyait rien à faire, sinon prier les princes de se réconcilier et de rompre les négociions qu'ils avaient entamées avec l’Anglais2. Celait simplement se soumettre cl renoncer aux réformes. Cependant l'abattement était tel, le désir de la paix si fort, que cet avis entraînait tout le monde. Le seul Pavilly s’obstina; il soutint que tout ce qui s’était fait, était bien fait, et qu'il fallait aller jusqu’au bout s.
Ces divisions, dont les princes étaient instruits, les encouragèrent sans doute à différer la publication de la grande ordonnance de réforme que l’université avait d'abord si vivement sollicitée. Alors, sans plus s'inquiéter des docteurs qui l'abandonnaient, le moine, entraînant après lui le prévôt des
sente cependant de pins quelques détail» importants qu’il avait appris de son père.
1 Quelques-uns disaient qu'il fallait s'attendre à tous les maux, depuis la malédiction prononcée par Bouiface, et depuis renouvelée par Benoit XIII. Juvénal des Urs.
3 II savait que les princes faisaient venir le duc île Clarence, le duc de Bourgogne , et le comte d’Arundel. Id., p. 251, 252.
* Juvénal affirme, avec une légèreté malveillante, que le carme tirait de l’argent de tout cela. Quelqu'un, dit-il, parla pour sauver Desessarts qui était au Châtelet, en grand danger : • Mais le dit de Pavilly qui tendoit fort ou profil rie ta bourse, et s’iutéressoit fort avec IcsGois, Saintyous et leurs alliez, voulust montrer que la prise des personnes estoit dûment faite et qu’il fallait ordonner commissaires pour faire leurs procès. Id., p. 252.
4 Et dans le* trois tours dudit boslel mirent et ordonnèrent leurs gens d’armes. Monslrelet , t. IV, p. 9.
— ... Ont esté à Saint-Pol... t et après une collation I
I marchand*, les échcvins, une foule de petit peuple, j et bon nombre de bourgeois intimidés, s’en alla hardiment prêcher le roi à Saint-Paul 4 [2à mai] : « Il y a encore, dit- il. de mauvaises herbes au jardin du roi cl de la reine; il faut sarcler et nettoyer; la bonne ville de Paris, comme un sage jardinier, i doit ôter ces herbes funestes, qui étoufferaient les lis *... » Quand il cul fini ccttc sinistre harangue,
I cl accepté la collation qu'on offrit, selon l'usage, au | prédicateur, le chancelier lui demanda au nom de 1 qui il parlait. Le carme sc tourna vers le prévôt et les échevins, qui l'avouèrent de ce qu'il avait dit. Mais le chancelier objectant que celte députation était peu nombreuse pour représenter la ville de Paris, ils appelèrent quelques bourgeois des plus considérables qui étaient dans la cour; ceux-ci montèrent, à contre-cœur, et se mettant à genoux devant le roi, protestèrent de leur bonne intention. Cependant la foule augmentait; toutes sortes de gens entraient sans qu’on osât leur interdire la porte, l'hôtel s'emplissait. Le duc de Bourgogne luimême commençait à avoir peur de scs amis; pour 1 les décider à s’en aller, il s'avisa de leur dire que : le roi était à peine rétabli *, que ce tumulte allait lui faire mal, lui causerune rechute. Mais ils criaient de plus belle qu’ils étaient venus justement pour le bien du roi.
Alors le chirurgien Jean de Troyes exhiba une nouvelle liste de traîtres. En tête, sc trouvait le propre frère de la reine, Louis de Bavière. Le duc I de Bourgogne eut beau prier, la reine verser des J larmes 7; Louis de Bavière, qui allait se marier, | demandait au moins huit jours, promettant de se. constituer prisonnier la semaine d'après; ils furent inflexibles. Pour abréger, le capitaine de la milice, Jacquevillc, monta avec ses gens, et brutalement,
faite par M. Eostace de Pavilly, raaitre en théologie, «le l’ordre de N.-D. des Carmes, tendant à fin d'oster les bons des mauvais... Archives , Registres du parlei ment, Couseil, anu. 1413, lundi 22 mai.
4 Très-mauvaises herbes et périlleuses, c’est à savoir «piclques serviteurs et servantes, qu'il falloit sarcler et oster. Juvénal des Orsins, p. 253. Jean de Troyes avait déjà employé la même métaphore : Eradiccntur herbîe maire, ne impediant florera juventutis vestrse vjrtutum fructus odoriferos produccrc. Religieux, ms., 785 verso. — Cette poésie de jardinage plaisait fort au peuple des villes, toujours enfermé et d’autant plus amoureux de la campagne qu’il ne voyait pas. On la retrouve partout dans les meislersænger , dans Uans Sachs, etc. Il est vrai qu’elle n'y est pas mise à l’usage du meurtre, comme ici.
* Lequel n'avoit guèTes qu’il estoit retourné de sa maladie. Monslrelet, t. IV, p. 11.
7 Le Dauphin * s’abstint de pleurer, ec qu’il pût, en torchant ses larmes.» Ibid., p. 12.