‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 347 sur 398 · LIVRE VIII. — GRANDE ORDONNANCE DE RÉFORME · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — GRANDE ORDONNANCE DE RÉFORME

six maîtres, et l'on pourra appeler de leurs tribunaux au parlement. Les usages des bonnes gens seront respectés. Les louveliers n'empêcheront plus le paysan de tuer les loups. Il pourra détruire les nouvelles garennes que les seigneurs ont faites, «en dépeuplant le pays voisin des hommes et habitants, et le peuplant de bêles sauvages *. »

Dans la lecture de ce grand acte, une chose inspire l'admiration cl le respect, c'est une impartialité qui ne se dénient nulle part. Quels en ont été les véritables rédacteurs? De quel ordre de l’État estelle plus particulièrement émanée? Ou ne saurait le dire.

L'université elle-mèrac, à qui elle est principalement attribuée dans le préambule 1 * 3 , ne pouvait avoir cet esprit d'application , celte sagesse pratique. La remontrance de l’université, telle qu’on la lit dans Moustrelet, n'est guère qu’une violente accusation de tel abus, de tel fonctionnaire.

Les parlementaires, auquel l'ordonnance accorde lanl de pouvoir, ne semblent pourtant pas avoir dominé dans la rédaction. On leur reproche l’ignorance de quelques-uns d'entre eux , leur facilité à recevoir des présents ; on leur défend d'élre plusieurs membres du parlement d’une même famille.

Les avocats, notaires, grefiiers, sont tancés pour l'esprit fiscal , pour la paperasserie ruineuse qui déjà dévorait les plaideurs.

Les gens des comptes sont traités avec défiance. Ils ne doivent rien décider isolément , mais par délibération commune » et en plein bureau, »

Les prévôts et sénéchaux doivent être nés dans une autre province que dans celle où ils jugent. Ils ne peuvent y rien acquérir, ni s'y marier, ni y marier leors filles. Quand ils vont quitter la province, ils doivent y rester quarante jours pour répondre de ce qu’ils ont fait.

Les gens d'Églisc n’inspirent pas plus de confiance au rédacteur de l’ordonnance. Il ue veut pas que des prêtres puissent être avocats. Il accuse les présidents clercs du parlement de négligence ou de connivence. Je ne reconnais pas ici la main ecclésiastique.

Cette ordonnance n’émane pas non plus exclusivement de l'esprit bourgeois et communal. Elle protège les habitants des campagnes. Elle leur accorde le droit de chasse dans les garennes que les seigneurs ont faites sans droit. Elle leur permet de prendre les armes pour seconder les sénéchaux et courir sus aux pillards s.

1 Ordonnances, t. X, p. 165.

Page 1