Eussions requis les Prélats, Chevaliers, Écuyers
Bourgeois de nos citez et bonnes villes, et mestnemt lit
noire trèschière et 1res a niée fd le l'université de Paris...
De tout ceci , nous pouvons conclure qu'une réforme aussi impartiale de tous les ordres de l’État, ne s'est faite sous l'influence exclusive d'aucun d'eux, mais que tous y ont pris part.
Les violents ont exigé et quelquefois dicté; les modérés ont écrit; ils ont transformé les violences passagères en réformes sages cl durables, (.es docteurs, Pavilly, Gentien. Courtecuisse; les légistes, Henri de Marie, Aruaud de Corbie , Juvénal des Crains, tous vraisemblablement auront etc consultés. Toutes les ordonnances antérieures sont venues se fondre ici. C’est la sagesse de la France d’alors, son grand monument, qu’on a pu condamner un moment avec la révolution qui l'avait élevé, mais qui n'en est pas moins resté comme un fonds où la législation venait puiser, comme un point de départ pour les améliorations nouvelles.
Quelque sévère que nous puissons être, nous autres modernes, pour ces essais gothiques, convenons pourtant qu’on y voit poindre les vrais principes de l'organisme administratif, principes qui ne sont autres que ceux de tout organisme , centralisation de l'ensemble, subordination mutuelle des parties. La séparation des pouvoirs administratif et judiciaire, des pouvoirs judiciaire et municipal, quoique impossible encore, n'en est pas moins indiquée dans quelques articles.
La confusion des pouvoirs judiciaire et militaire, ce fléau des sociétés barbares , y subsiste en droit dans les sénéchaux et les baillis. Eu fait, ces juges 1 d'épée ne sont plus déjà les vrais juges ; ils ont la représentation et les bénéfices de la justice plus ! qu’ils n’en ont le pouvoir même. Les vrais juges sont leurs lieutenants, et ceux-ci sont élus par les avocats et les conseillers, par les sages, comme dit l'ordonnance.
Elle accorde beaucoup à ces sages , aux gens de loi , beaucoup trop , ce semble. Les compagnies se recrutant elles-mêmes se recruteront probablement en famille; les juges s’associeront, malgré toutes les précautions de la loi , leurs fils, leurs neveux , leurs gendres. Les élections couvriront des arranj gemenls d’intérêt ou de parenté. Une charge sera | souvent une dot; étrange apport d’une jeune ; épousée , le droit de faire rompre et pendre... Ces gens se respecteront , je le crois, en proportion même des droits immenses qui sont en leurs mains. Le pouvoir judiciaire , transmis comme propriété, n’en sera que plus fixe, plus digne peut-être4. Ne sera-t-il pas trop fixe? Ces familles, ne se mariant
que nous baillàssent leur bon avis... Ordonn., p. 71 .
* Ordonnances, p. 137.
4 Je parlerai ailleurs de la vénalité des charges et de ses effets.
guère qu'cuire elles, ne vont-elles pas constituer une sorte de féodalité judiciaire ? immense inconvénient... Mais alors c'était un avantage. Celte féodalité était nécessaire contre la féodalité militaire , qu'il s'agissait d'annuler. La noblesse avait la force de cohésion et de parenté ; il fallait qu'il y eût aussi parenté dans la judicature ; à ces époques, matérielles encore, il n'y a d'association solide que par la chair cl le sang.
Deux choses manquaient pour que la belle réforme administrative et judiciaire de 1-113 fût viable 1 2 * : d'abord d’être appuyée sur une réforme législative et politique; celle-ci avait été essayée isolément en 1337. Mais ce qui manquait surtout, c'étaient des hommes , et les mœurs qui font les hommes : sans les mœurs, que peuvent les lois?... Ces mœurs ue pouvaient se former qu'à la longue , et d'abord dans certaines familles , dont l'exemple pût donner à la nation ce qu'elle a le moins, il faut le dire, ce qu'elle acquiert lentement, le sérieux , l’esprit de suite, le respect des précédents. Tout cela se trouva dans les familles parlementaires.
Cette ordonnance des ordonnances fut déclarée solennellement par le roi obligatoire, inviolable. Les princes et les prélats qui étaient à ses côtés, en levèrent la main. L'aumônier du roi , maître Jean Courlecuissc, célèbre docteur de l'université, prêcha ensuite à Saint- Paul sur l'excellence de l'ordonnance. Dans son discours, généralement j faible et traînant, il y a néanmoins une figure pathétique ; il y représente l'université comme un 1 pauvre affamé qui a faim et soif des lois *.
Il s'agissait d'appliquer ce grand code. Là, devait j apparaître la terrible disproportion entre les lois et , les hommes. Les modérés , les capables se tenant à l’écart, restaient pour commencer l'application de : ces belles lois, les gens les moins propres à mettre en mouvement une telle machine, les scolastiques j et les bouchers, ceux-ci trop grossiers, ceux-là i trop subtils , trop étrangers aux réalités.
Quelle qu'ait été leur gaucherie brutale dans un
1 La seule garantie qu’on lui donue, c’est la publicité, l'insuffisante publicité de ce temps. Elle doit être lue et affichée une fois au siège de chaque sénéchaussée et bailliage, le premier jour des assises. Ordonnances, t. X, p. 113.
2 Du Boulay rapporte à tort cc sermon à l’an née 1403. Cependant le titre qu'il lui donne lui-méme devait l'a- | vertir qu’il est de 1413. Aura- t- il craint, pour Thon- : neur de l'université, d'avouer les liaisons d'un de ses plus grands docteurs avec les Cabocbiens?
* Jusqu'à Montercau..., ils ne rencontrèrent pas l’un l’autre. Monstrelet, I. IV, p. 54.
4 Cedit jour fut nommé le pont de la Planche de
Jlibray le Pont N outre - Dame t et le nomma le roi de
métier si nouveau pour eux , l’histoire doit dire qu'ils ne se montrèrent pas aussi indignes du pouvoir qu'on l'eut attendu. Ces gens de la commune de Paris , délaisses du royaume, essayèrent tout à la fois de le réformer et de le défendre. Ils envoyèrent leur prévôt contre les Anglais, en même temps que leur capitaine Jacqueville allait bravement à la rencontre des princes5. Dans Paris meme, ils commencèrent un grand monument d’utilité publique, qui complétait la triple unité de celte ville; je parle du ponl Notre-Dame, grand ouvrage, fondé 1 héroïquement dans des circonstances si difficiles et avec si peu de ressources 4.
Le fait est que ce gouvernement ne fut soutenu de personne. Les Anglais étaient à Dieppe, si près de Paris5; personne ne voulut donner d'argent. Gerson refusa de payer et laissa plutôt piller sa maison *. L'avocat général, Juvénal, refusa aussi, aimant mieux être emprisonné.
En donnant ainsi l’exemple d’annuler par une résistance d’inertie cc gouvernement irrégulier, les modérés n’en prirent pas moins une responsabilité bien grave. Ils abandonnaient tout à la fois et la défense du pays et la belle reforme qu’on avait obtenue avec tant de peine. Ce n'est pas la seule fois que les honnêtes gens ont ainsi trahi l'intérêt public, et puni la liberté ducrimedeson parti. Les cabochicns ne purent faire contribuer ni l’Église, ni le parlement. Ayant saisi l'argent de la foire du Landil, qui appartenait aux moines de Saint- Denis, ils virent s’élever une clameur générale. Leurs amis, les universitaires, refusèrent de les aider, et les obligèrent de rapporter l'argent qu'ils avaient levé sur quelques suppôts de l'université 7.
Sc voyant ainsi entravés de toute part et ne trouvant que des obstacles , les cabocbiens entrèrent en fureur. Ils poursuivirent Gerson, qui fut obligé de se cacher dans les voûtes de Notre-Dame. Le jugement des prisonniers fut hâté; la commission eut peur, et signa des condamnations. D'abord on fil mourir des gens qui l’avaient mérité, par
France Charles, et frappa de la Irie sur le premier pieu, et le duc de Guienne son fils après, et le doc de Berry, et le duc de Bourgogne, et le sire de la Trémoaille. Journal du bourgeois de Paris, 10 mai 1413, cd. Buchou, t. XV, p. 182.
6 ê'oy. Vitet, Hist. de Dieppe, 1. 1.
6 Cependant le nouveau gouvernement avait essayé de s’assurer de l’université en enjoignant au prévôt de Paris et aux autres justiciers de faire jouir l'université des avantages que le pape Jean XXIII lui avait accordés dans la répartition des bénéfices. Ordonnances, t. X, p. 155, 6 juillet 1413.
7 Religieux, ms., folio 701.