UVBB VIII. — GRANDE ORDONNANCE DE RÉFORME
la bande d’Armagnac et la croix de Bourgogne. f4 sept. 1414].
La réaction ne fut point arrêtée par celte paix. Les modérés, qui avaient si imprudemment abandonné la réforme, curent sujet de s’en repentir. Les princes traitèrent Paris en ville conquise. Les tailles devinrent énormes, et l’argent était gaspillé, donné, jeté. Juvénal, alors chancelier, ayant refusé de signer je ne sais quelle folie de prince, on lui retira les sceaux Toute modération déplut. La violence gagna les meilleures tètes. Au service funèbre qui fut célébré pour le duc d’Orléans, Gerson prêcha devant le roi cl les princes, il attaqua le duc de Bourgogne , avec qui l'on venait de faire la paix , et déclama contre le gouvernement populaire [8 janvier 1415],
« Tout le mal est venu , dit Gerson , de ce que le roi et la bonne bourgeoisie ont été en servitude par l’outrageuse entreprise de gens de petit étal... Dieu l’a permis afin que nous connussions la différence qui est entre la domination royale et celle d’aucuns populaires ; car la royale a communément et doit avoir douceur ; celle du vilain est domination tyrannique, et qui se détruit elle-même. Aussi Aristote enseignoit-il à Alexandre : « M’élève pas ceux que la nature fait pour obéir. » — Le prédicateur croit reconnaître les divers ordres de l’État dans les métaux divers dont se composait la statue de Nabuchodonosor : « L’état de bourgeoisie , des marchands et laboureurs, est figuré par les jambes qui sont de fer cl partie de terre, pour leur labeur et humilité à servir et obéir... ; en leur état doit être le fer de labeur et la terre d’humilité3. »
Le même homme qui condamnait le gouvernement populaire dans l’État, le demandait dans l’Église. Donnons-nous ce curieux spectacle. Il peut sembler humiliant pour l’esprit humain; il ne l’est pas pour Gerson même. Dans chaque siècle, c'est le plus grand homme qui a mission d’exprimer les contradictions, apparentes ou réelles, de notre
nature; pendant ce temps-là, les médiocres, les j esprits bornés qui ne voient qn’nn cêlé des choses, s’y établissent fièrement, s’enferment dans un coin,
1 et là, triomphent de dire...
Dès qu’il s'agit de l’Église, Gerson est républicain, partisan du gouvernement de tous. Il définit le concile : « Une réunion de toute l’Église catholique, comprenant tout ordre hiérarchique, tans i exclure aucun fidèle qui voudra se faire entendre.»
Il ajoute, il est vrai, que cette assemblée doit être j convoquée «par une autorité légitime; » mais cette autorité n'est pas supérieure à celle du concile, puisque le concile a droit de la déposer. Gerson ne s’en tint pas à la théorie du républicanisme ecclé- | siastique; il fit donner suffrage aux simples prêtres dans le concile de Constance, et coopéra puissamment à déposer Jean XXII *.
Reprenons d’un peu plus haut. Avant que les griefs de l’État fussent signalés par la remontrance de l'université et la grande ordonnance de 1413, ceux de l'Église l’avaient etc par un violent pamphlet universitaire, qui eut un bien autre retentissement. La remontrance, l’ordonnance, ces actes 5' mort-nés, furent à peine connus hors de Paris.
Mais le terrible petit livre de Clémengis : Sur la \ corruption de VÉglite , éclata dans toute la chré- | tienté. Peut-être n’est-ce pas exagérer que d’en J comparer l’effet à celui de la Captivité de Babylone . i écrite un siècle après par Luther.
De tout temps, on avait fait des satires contre I les gens d’Église. L’une des premières, et certaine* ment l’une des plus piquantes, se trouve dans un \ des capitulaires de Charlemagne. Ces attaques, généralement, avaient été indirectes, timides, le plus souvent sous forme allégorique. L’organe de ; la satire, c’était le renard , la bète plus sage que j l’homme ; c’était le bouffon , le fol plus sage que les sages; ou bien enfin, le diable, c’est-à-dire la \ malignité clairvoyante. Ces trois formes où la satire,
I pour se faire pardonner, s’exprime par les organes
parloil en s'esbalant avec un de scs valets de chambre, en soy farsant et divertissant. El ledit seigneur vint prendre par dessous la couverture le roy tout doucement par le pied , en disant : Monseigneur, vous ne dormez pas? Non, beau cousin , luy dit le roy, vous soyez le bien venu, voulez - vous rien? y a-t-il aucune chose de nouveau? Nenny , monseigneur, luy respondit-il, sinon que vos gens qui sont en ce siège , disent que tel jour qu’il vous plaira, verrez assaillir la ville, où sont vos ennemis et ont espérance d'y entrer. Lora le roi dit. que son cousin le duc de Bourgogne vouloit venir à raison, et mettre la ville eu sa main, sans assaut, et qu'il falloit avoir paix. A qunv ledit seigneur respondit : Comment, monseigneur, voulez vous avoir paix avec ce mauvais , faux , traistre et desloyal . qui
si faussement et mauvaisement a faict tuer vostre frère. Lors le roy, aucunement desplaisant, luy dit : Du consentement de beau fils d'Orléans, tout lui a esté pardonné. Hélas, sire, répliqua ledit seigneur, vous ne le verrez jamais vostre frère... Mais le roy lui respondit assez chaudement : Beau cousin , allez-vous-en ; je le verray au jour du Jugement. Juvénal, p. 283.
• Id., p. 285.
3 Joh. Cersonii opéra, ed. Du Pin, t. IV, p. 058-678.
8 f'oy. les oeuvres de Gerson (éd. Du Pin), surtout au tome IV; et les travaux estimables que viennent de publier M.H.de Fougère, Schmidt etThomassy. Je parlerai ailleurs de ceux de MM. Gêner, Oregon, Daunou. Onésinie Leroy, et en général des écrivain* qui ont débattu la question de l'Imitation.