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les plus récusa b les, comprennent toutes les attaques indirectes du moyen âge. Quant aux attaques directes, elles n'avaient guère été hasardées jusqu'au treizième siècle que par les hérétiques déclarés, Albigeois, Yaudois, etc. Au quatorzième siècle, les laïques, Dante, Pétrarque, Chaucer. lancèrent contre Rome, contre Avignon , des traits pénétrants. Mais enfin , c’étaient des laïques; l’Église leur contestait le droit de la juger. Ici, vers 1400, ce sont les universités, ce sont les plus grands docteurs, c’est l’Église, dans ce qu’elle a de plus autorisé, qui censure, qui frappe l'Église. Ce sont les papes eux-mêmes qui se jettent au visage les plus tristes accusations.
Ce dialogue, qui se prolongea entre Avignon et Rome pendant tout le temps du schisme, n’en apprit que trop sur toutes les deux. La fiscalité surtout des deux sièges, qui vendaient les bénéfices longtemps avant qu’ils ne vaquassent, celle vénalité famélique, est caractérisée par des mots terribles:
« N‘a-t-on pas vu, disent les uns, les courtiers du pape de Rome courir toute l’Italie, pour s’informer s’il n’y avait pas quelque bénéficier malade, puis bien vite dire à Rome qu'il était mort 1 ? N’a-l-on pas vu ce pape, ce marchand de mauvaise foi, vendre à plusieurs le même bénéfice, cl la marchandise déjà livrée, la proclamer encore et la revendre au second, au troisième, au quatrième acheteur?» — « Et vous, répondaient les autres, vous qui | réclamez pour le pape la succession des prêtres , i ne venez-vous pas, au chevet de l'agonisant, rafler i toute sa dépouille? Un prêtre déjà inhumé a clé tiré du sépulcre, et le cadavre déterré pour le mettre à nu *. »
Ces furieuses invectives furent ramassées, comme en une masse, dans le pamphlet de Clcmengis, et celte masse lancée de façon à écraser l'Église. Le pamphlet n’était pas seulement dirigé contre la tête, tous les membres étaient frappés. Pape, cardinaux, évêques, chanoines, moines, tous avaient leur part . jusqu’au dernier mendiant. Certainement le dcclamateur lit bien plus qu'il ne voulait. Si l’Église était vraiment telle, il n’y avait pas à la réformer;
1 Et si aliquos invenerunt agrotaotes, lune carrebsnt ad curiam Romanam, et mortem lalium intimabant. Theodor. a Kiem de schism., apud II , Goldast., c.7.
1 Ut inhumatus evalso monamento atque corrupto corpore suis spoliis rflbssus privaretur. Appellatio Univers. Paris, à I). Bvncdictn, apud Marlène , Thés, anecdot., t. II, p. 1395.
* Nie. Clemcng. de corrupto Ecclesix statu, t. !,p.15.
4 Cum non suis uxoribus, licet s*pè cum suis porvu-
lis. Id., ibid., p. 30.
* foy. plus haut , p. 007, note 3.
il fallait prendre ce corps pourri, et le jeter tout entier au feu.
D'abord, l'effroyable cumul, jusqu'à réunir en une main quatre cents , cinq cents bénéfices ; l’insouciance des pasteurs qui souvent n’ont jamais vu leur église; l'ignorance insolente des gros bonnets, qui rougissent de prêcher; l’arbitraire tyrannique de leur juridiction, au point que tout le monde fuit maintenant le jugement de l’Église; la confession vénale, l'absolution mercenaire : « Que si, dit-il, on leur rappelle le précepte de l’Évangile : Donnes gratuitement , ainsi que tous ares reçu, ils répondent sans sourciller : « Nous n'avons pas reçu gratis; nous avons acheté, nous pouvons revendre *. »
Dans l'ardeur de l'invective , ce violent prêtre aborde hardiment mille choses que nous autres laïques nous craindrions d’expliquer : l’étrange vie des chanoines, leurs quasi - mariages , leurs orgies parmi les cartes et les pots, la prostitution des religieuses , la corruption hypocrite des mendiants qui sc vantent de faire la besogne de tous les autres , de porter seuls le poids de l’Église , tandis qu'ils vont de maison en maison boire arec les femmes : « Les femmes sont celles des autres , mais les enfants sont bien d'eux 4. »
En repassant froidement ces virulentes accusations, que la pureté actuelle de l'Église rend presque incroyables, on remarque qu’il y a dans le factum ecclésiastique de l'uiiiversité, comme dans son factum politique de 1413 5, plus d’un grief mal fondé, plus d’un abus qui n'en est pas un. Il était injuste de reprocher d'une manière absolue au pape , aux grands dignitaires de l'Église, l'aug- | mentation des dépenses. Celte augmentation ne l tenait pas seulement à la prodigalité, au gaspillage,
| au mauvais mode de perception , mais bien aussi j à Variasse ment progressif du prix de l'argent, ce grand phénomène économique que le moyen âge n’a pas compris; de plus, à la multiplicité croissante des besoins de la civilisation, au développement de l’administration , au progrès des arts, etc. 6. La dépense avait augmenté, et quoique
4 Clémcngis s’étonne i tort de et qu'un monastère 1 qui nourrissait primitivement cent moines u'en nourrit plus que dix (p. 19). Qui ne sait combien eu deux ou trois siècles changent et le prix des choses et le nombre ! de celles qu'on juge nécessaires? Pour ne parler que j d’un siècle, quelle grande maison poorreit être défrayée 1 aujourd’hui d’après le calcul que madame de Maintenon fait pour celle de son frère? Voir, entre nôtres ouvrages, une brochure de M. le comte d’Haulerirc : Faits cl observations sur la dépense d’une des grandes administrations, etc.; deux autres brochures de H. Ec : kard : Dépenses effectives de Louis XIV en bâtiments